‹ Nos flamandsChapitre 10 sur 24 · DU PASSÉ · texte numérisé non relu

DU PASSÉ

En vérité, le siècle est grand et je l'admire; mais c'est une triste chose que les vieux mondes, en croulant sous l'effort des temps nouveaux, comme de vieilles ruines désormais inutiles à rœu\Te immense du temps, emportent avec eux les petites fleurs divines et les oiseaux chantants qu'ils abritaient de leur ombre. Ah! oui, la pensée n'est plus à la chaîne dans le cachot des inquisiteurs ; l'âme humaine, oppressée du fardeau de l'idée, ne gémit plus dans les in pace des moines romains. La tiare et la couronne, festoyant en de sanglantes amours, ne se baisent plus, comme au temps de Rome papale, par dessus les épaules meurtries des peuples écrasés dans la poussière. Les temps sont passés où la force, couronnée de roses et enivrée du sang des peuples, confondait de ses risées le droit des nations, où le poète voyait briser sa lyre entre ses mains par le caprice des tyrans, où l'on clouait aux lèvres du penseur, avec le bâillon et le carcan, l'immortelle idée des résurrections humaines, où des cavernes s'ouvraient dans l'ombre, béantes et pourtant gorgées, desquelles sortaient des râles, des blasphèmes et des malédictions, où la nuit régnait sur le monde, où tout était deuil.

2i NOS FLAMANDS.

agonie, proscription, où la croix de Jésus enfin, hissée comme un symbole de mort sur l'horizon du monde, enfermait aux bras de l'enfant des hommes l'espérance morte à jamais sur la terre. Le jour où le lion populaire, se souvenant qu'il est lion et regardant à ses pieds les griffes qu'on lui avait rognées, secoua tout à coup, au pied des trônes chancelants, sa crinière formidable et tordit en la secouant les entraves dont les tyrans l'avaient couvert, ce jour-là tout changea dans le monde : les grandes clartés, entrevues en rêve par les penseurs mourant sur les bûchers , surgirent, éblouissantes et sublimes , pour marquer les voies nouvelles; l'idée, s'affranchissant du pesant sommeil où les papes l'avaient tenue asservie, répondit aux rugissements du lion par des chants d'amour et de foi; les peuples, enivrés d'un triomphe si longtemps retardé, s'agenouillèrent devant l'aube qui se levait resplendissante : on entendit partout das murmures de lyres, des bruits de travail, des baisers fraternels.

Le génie humain, étouffé dans le néant, souleva la pierre du sépulcre et donna l'essor aux jeunes inventions. Les mondes s'unirent à travers la distance et communièrent dans le Verbe. Toutes les forges de l'esprit se mirent à ilambloyer en ce matin lumineux et chantant, mille flambleaux s'allumèrent aux clartés du hardi soleil qui venait de s'épanouir au ciel. Oui, le siècle est grand; oui, ce fut un merveilleux spectacle que la vieille bastille du moyen âge, où depuis des siècles pourrissaient dans l'ombre, marquées à l'épaule de la flétrissure divine, la raison, l'espérance et l'illusion, — sautant tout à coup sous la pioche des apôtres du vrai, et faisant à travers l'histoire un fracas qui alla réveiller en leur tombe la poussière des Brutus, des Cincinnatus, des Caton, des Savonarole, des Jean Huss,

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