LA SAINTE POÉSIE
C'était là, n'est-ce pas, une « énormité, » comme il n'en arrive plus des bourgades même les plus lointaines? Et. sans doute, cette quinzaine de gens de lettres parisiens, dont les plus nobles sont toujours vaudevillistes par quelque endroit et qui, poursuivis par l'idée fixe du ridicule, se moquent vite de tout de peur qu'on ne se moque d'eux, sans doute, Lousteau, Blondet et leurs amis durent bien rire! Erreur. Tous, Bixiou même, choquèrent avec émotion leur verre contre celui de ce paysan qui venait, en plein Paris, dans un salon de la Maison-Dorée, de porter un toast à la sainte poésie.
Tel est le privilège de la naïveté, telle est la puis-
sance des hommes simples qui, vivant finalement avec la Nature, gagnent à cette habitude des grands spectacles et des sensations saines une autorité devant laquelle demeurent étonnés, devant laquelle font silence les artificiels et les corrompus S
Un dernier mot.
Ce beau poëme de Calendau me semble une œuvre très-opportune et d'un excellent exemple. Nous lisons Mistral avec une sorte d'admiration honteuse. En face de son livre si plein et si riche, nous rougissons de nos pauvres volumes, où s'agitent misérablement des semblants de mœurs et des semblants de passions ; nous comprenons que ce Paris affaibli1, ce Paris effacé, sans caractère et sans relief, n'a plus rien qtii puisse tenter des imaginations un peu hautes — et que, décidément, il faut regarder ailleurs! Car l'inspiration littéraire est bien malade; sous peine de mourir, elle doit se déplacer au plus vite et chercher un air plus pur. Que les poètes, qui gardent un reste d'espérance, un reste de fierté, se retournent vers la Nature, toujours nouvelle, et vers le peuple rustique, chez qui persistent encore les mâles sentiments, les passions vigoureuses et le rude courage. Tout le monde s'en trouvera bien. Nous recevrons du paysan autant que nous lui donnerons : si nous lui révélons sa puissance, il rendra la santé à nos œuvres; en même temps que les talents se retremperont, l'énergie