‹ Nos grand'mères [microforme]Chapitre 4 sur 39 · CS · texte numérisé non relu

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resté dans vos cœurs; je viens vous parler de celles où vous avez puisé ce trésor surabondant qui, après avoir fécondé vos foyers, s'épanche encore au dehors en œuvres bienfaisantes.

On parle beaucoup dans le public, aujourd'hui, et les journaux se font les échos empressés, de tout ce qui tient à l’histoire intime de nos foyers: révolutions et guerres intestines, mariages probables, mariages manqués, mariages conclus, mariages dé-

pris On décrit les réceptions

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de Madame X, les toilettes de Madame XX, les grâces de Madame XXX, les talents d'agrément de Madame XXXX. On sait que le champagne a coulé à flots à cette table, que le trousseau d’une fiancée a coûté un petit million, que ses amis l'ont comblée à

qui mieux mieux de cadeaux dis-

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pendieux, que le cercueil a’une épouse de gros financier s’en est allé en terre couvert de fleurs rares.

L'on nous apprend tous les dé-

tails qui ont accompagné la sé-

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duction d’une pauvre servante et son suicide ensuite ; que d'intéressantes héritières ont ravi le cœur de leur cocher pour s'en faire ravir après, corps et biens ; que des créatures s’entre-jettent du vitriol pour des raisons très ordinaires.

On annonce pompeusernent que des demoiselles se font recevoir médecins, avocats, docteurs ès-sciences, notaires, etc.

On nous prône les noms de toutes ces héroïnes du théâtre

portées en triomphe parce qu'elles

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nous amusent beaucoup de leur voix et de leurs gestes, parce qu'elles disent admirablement de superbestirades qu'elles n'ont pas inventées sur des vertus qu'elles pratiquent souvent trop peu, et des vices qu'elles donnent envie de prati-

quer, souvent beaucoup trop. On

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nous récite les discours de toutes les viragos qui réclament des droits méconnus et menacent le tyran Lomme de faire mettre, un de ces jours, tout le beau sexe en grève.

Mais l'on entend dire peu de

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choses, il me semble, de ces héroïnes du foyer domestique qui pratiquent simplement et admirablement les vertus de tous les jours et de toutes les circonstances, vertus les moins aisées, peut-être ; qui accomplissent sans ostentation, sans murmures, sans dégoûts l'œuvre sainte de la famille ; qui fécondent et cCultivent avec soin, avec grâce, avec orgueil, avec intellisence, avec amour toujours, les fruits humains ; qui composent le bien-être, la satisfaction, la

quiétude, tout cet ensemble har-

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du toit paternel dont le parfum nous accompagne à travers toute la vie.

Est-ce parce que ces héroïnes sont si nombreuses parmi nous que nous les laissons passer et

disparaître dans le silence et

l'oubli ?.... Jecrois, Dieu merci,

que c’est là la principale raison ;

mais je crois aussi que dans un

temps et dans des conditions sociales extraordinairement mobiles, où tant de ces grands caractères

de l'humanité se transforment en

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s'améliorant peu, il serait bon de dire quelquefois à nos mères et à nos épouses que nous sommes fiers et heureux d'elles, moins parce qu'elles sont gracieuses et belles, parce qu'elles s’habillent bien et beaucoup, parce qu’elles chantent werveilleusement, peignent adorablement, jouent divtnement, que parce qu'elles sont encore la tendre et active Providence de nos demeures, les meilleures gardiennes des nobles traditions et des croyances de nos

aïeux, la sécurité du berceau de

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nos enfants et de l’honneur de leur père, le foyer généreux d’où rayonne toute la joie saine de nos familles, toute la sève tet la vigueur de notre vie nationale, comme l’étaient si admirablement nos grand'mères.

Je laisse à la génération ac-

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tuelle le soin délicat de remplir

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près des mères de notre temps ce devoir filial ; quant à moi, comme j'occupe un point de vue d’où l’on aperçoit mieux le passé que le présent, hélas ! je me bor-

nerai à parler de l'œuvre de nos

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grand’mères. Si ma tâche a moins de charme que celle que je laisse à mes cadets, elle nen est pas

moins considérable.

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Disons de suite que nos mères ont accompli, comme toujours, | ! dans la fondation etle développe- * : ment de notre nationalité au Ca- à # nada, la part de la foi, du cœur %# et du dévouement, le plus pur 1 . acte d'amour dû à Dieu, à la pa- à& trie, à la famille : et elles ont accompli cette part comme nulle mère ne l'avait fait avant elles.

Les compagnies commerciales qui avaient entrepris de coloniser

ce pays n'avaient écouté que leurs

intérêts égoîïstes : quoique pourvues de privilèges exorbitants et exclusifs, elles avaient frustré toutes les espérances que les souverains fondaient sur ces entreprises.

Elles devaient y conduire des colons, elles n’y transportèrent que

des commis ; elles devaient fa-

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voriser l'œuvre civilisatrice des

missionnaires, et elles les abandonnèrent au soin de la Providen-

ce, une fois arrivés sur cette terre, les laissant aller là où leur zèle et leur charité les poussaient, avec

les seules ressources qu'ils avaient

mendiées en partant. Elles ne leur demandaient que d’être leurs interprètes, et le plus souvent, les intermédiaires influents dans les négociations ou les traités avan- # tageux qu'elles voulaient conclure avec les indigènes, et qu'elles

eurent parfois l'indélicatesse de

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dénaturer les premières pour en

tirer plus d'avantages. Elles de-

vaient pourvoir aux besoins du

culte, élever des sanctuaires au

Dieu qu’elles avaient mission de faire adorer sur cette terre ; ensei-

gner, par des agents honnêtes, les

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mœurs chrétiennes, l’agriculture et les arts utiles à ces peuples nomades qui venaient, émerveil-

lés et confiants, les accueillir com-

me des personnages divins, leur demander des oracles et des prodiges. Et ces agents, toujours

plus avides que leurs mandataires,

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au lieu d’autels n’élevèrent ici que des comptoirs, des palissades et des forts : des comptoirs où ils ne laissèrent voir que leur cupidité, échangeant des verroteries contre des fourrures qu'ils vendaient le |

centuple ; des fortifications où leurs

injustices et leurs turpitudes leur donnaient le besoin de se cacher.

Au lieu d’oracles, ils n’enseignèrent que leurs vices ; au lieu de la parole de vie ils donnèrent l’eau de vie. Loin d'apprendre l'agri- { culture aux indigènes, ils défen-

daient même à leurs employés de

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défricher la terre, afin de les te-

nir dans le servage, et les obli-

ger à acheter d'eux les denrées qu'ils tiraient toutes de France ; leur but aussi était d’'éloigner les sauvages d’un travail qui les au-

rait détournés de la chasse et

de la traite et rendus à une vie indépendante et fructueuse. Ce calcul honteux, qui faillit plusieurs fois faire périr par la fami- ” ne même ces agents que l’avarice rendait imprévoyants, aurait tou- “ jours paralysé ou anéanti tous

les efforts que faisait la France

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pour établir son domaine sur ce

continent.

Il fallut qu'une noble femme vint leur apprendre qu’on ne fonde pas une société sans Dieu,

sans abnégation, sans famille et

sans lois morales ; que toute terre qui doit devenir une patrie, doit être consacrée par un culte, fécondée par les sueurs et

le travail, et rivée au cœur par

le triple et indissoluble lien de l'amour d’une femme, d’une mère

et d'un enfant. Les Grecs qui

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ont laissé une si impérissable trace dans l’histoire de l'humanité, et fait naître tant de glorieuses colonies, emportaient avec eux, au sein de la famille, leurs dieux pénates, pour les déposer dans

leur nouveau berceau ; et les

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