HOMMAGE
parlé de ces générations de femmes admirables et vénérées dont tu es à mes yeux la plus vénérée et la plus admirable.
N. BOURASSA. t
§ A vous, Mesdames, que la cha-
* rité amène ici, et qui avez si gracieusement réussi à y entraîner vos maris et ceux qui désirent être vos gendres ; à vous qui, outre les enfants que le bon Dieu vous a donnés, avez adopté une grande famille d'orphelins pour exercer ce surplus de vertus de mères
resté dans vos cœurs; je viens vous parler de celles où vous avez puisé ce trésor surabondant qui, après avoir fécondé vos foyers, s'épanche encore au dehors en v ^ œuvres bienfaisantes. ^
* On parle beaucoup dans le w
f public, aujourd'hui, et les jour- et
k naux se font les échos empressés, ^ de tout ce qui tient à l'histoire intime de nos foyers : révolutions et guerres intestines, mariages probables, mariages manqués, mariages conclus, mariages dépris. On décrit les réceptions
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de Madame X, les toilettes de Madame XX, les grâces de Madame XXX, les talents d'agrément de Madame XXXX. On
^ sait que le Champagne a coulé à *f ♦ ", i flots à cette table, que le trousseau i
$ d'une fiancée a coûté un petit mil- ^
i lion, que ses amis l'ont comblée à t X qui mieux mieux de cadeaux dis- h pendieux, que le cercueil d'une épouse de gros financier s'en est allé en terre couvert de fleurs rares.
L'on nous apprend tous les détails qui ont accompagné la sé-
duction d'une pauvre servante et son suicide ensuite ; que d'intéressantes héritières ont ravi le cœur de leur cocher pour s'en faire *% ravir après, corps et biens ; que ^
des créatures s'entre-jettent du 1
§ vitriol pour des raisons très ordi- $
i naires. t On annonce pompeusement i* que des demoiselles se font recevoir médecins, avocats, docteurs ès-sciences, notaires, etc.
On nous prône les noms de toutes ces héroïnes du théâtre portées en triomphe parce qu'elles
nous amusent beaucoup de leur voix et de leurs gestes, parce quelles disent admirablement de superbes tirades quelles n'ont pas inventées sur des vertus quelles pratiquent souvent trop peu, et des vi-
& ces quelles donnent envie de prati- W
quer, souvent beaucoup trop. On t & nous récite les discours de toutes 4* les viragos qui réclament des droits méconnus et menacent le tyran homme de faire mettre, un de ces jours, tout le beau sexe en grève.
Mais Ton entend dire peu de
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choses, il me semble, de ces héroïnes du foyer domestique qui pratiquent simplement et admirablement les vertus de tous les
^ jours et de toutes les circonstances,
vertus les moins aisées, peut-être ;
J qui accomplissent sans ostentation, \ sans murmures, sans dégoûts t ^ l'œuvre sainte de la famille ; qui J> fécondent et cultivent avec soin, avec grâce, avec? orgueil, avec intelligence, avec amour toujours, les fruits humains ; qui composent le bien-être, la satisfaction, la quiétude, tout cet ensemble har-
monieux des mille douces choses du toit paternel dont le parfum nous accompagne à travers toute la vie.
Est-ce parce que ces héroïnes ^ sont si nombreuses parmi nous
que nous les laissons passer et disparaître dans le silence et j ^ l'oubli ? . . . . Je crois, Dieu merci, que c'est là la principale raison ; mais je crois aussi que dans un temps et dans des conditions sociales extraordinairement mobiles, où tant de ces grands caractères de l'humanité se transforment en
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s'améliorant peu, il serait bon de dire quelquefois à nos mères et à nos épouses que nous sommes fiers et heureux d'elles, moins *f parce qu'elles sont gracieuses et
* belles, parce qu'elles s'habillent 1
k ¥ ^ bien et beaucoup, parce qu'elles ^
chantent - merveilleusement, pei- \ ^ gnent adorablement, jouent divù nementy que parce qu'elles sont encore la tendre et active Providence de nos demeures, les meilleures gardiennes des nobles traditions et des croyances de nos aïeux, la sécurité du berceau de
nos enfants et de l'honneur de leur père, le foyer généreux d'où rayonne toute la joie saine de nos familles, toute la sève et la vigueur de notre vie nationale, *f comme Tétaient si admirablement nos grand'mères. ^ Je laisse à la génération ac- | tuelle le soin délicat de remplir 4% près des mères de notre temps ce devoir filial ; quant à moi, comme j'occupe un point de vue d'où l'on aperçoit mieux le passé que le présent, hélas! je me bornerai à parler de l'œuvre de nos
grancTmères. Si ma tâche a moins de charme que celle que je laisse à mes cadets, elle n'en est pas moins considérable.
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Disons de suite que nos mères ont accompli, comme toujours, dans la fondation et le développe-
i ment de notre nationalité au Ca- i
* nada, la part de la foi, du cœur &
| et du dévouement, le plus pur t 4 acte d'amour dû à Dieu, à la pa- 4 trie, à la famille ; et elles ont accompli cette part comme nulle mère ne lavait fait avant elles.
Les compagnies commerciales qui avaient entrepris de coloniser ce pays n'avaient écouté que leurs
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intérêts égoïstes : quoique pourvues de privilèges exorbitants et exclusifs, elles avaient frustré toutes les espérances que les souve- ^ rains fondaient sur ces entreprises.
Elles devaient y conduire des co- * # Ions, elles n'y transportèrent que |; des commis ; elles devaient fa- et voriser l'œuvre civilisatrice des ^ missionnaires, et elles les abandonnèrent au soin de la Providence, une fois arrivés sur cette terre, les laissant aller là où leur zèle et leur charité les poussaient, avec les seules ressources qu'ils avaient
mendiées en partant. Elles ne
leur demandaient que d être leurs
interprètes, et le plus souvent, les
intermédiaires influents dans les
♦ négociations ou les traités avan- *|
tageux qu'elles voulaient conclure ^ avec les indigènes, et quelles eurent parfois l'indélicatesse de :
^ dénaturer les premières pour en 4 tirer plus d'avantages. Elles devaient pourvoir aux besoins du culte, élever des sanctuaires au Dieu qu elles avaient mission de faire adorer sur cette terre ; enseigner, par des agents honnêtes, les
mœurs chrétiennes, l'agriculture et les arts utiles à ces peuples nomades qui venaient, émerveillés et confiants, les accueillir com-
me des personnages divins, leur *f demander des oracles et des pro-
<| diges. Et ces agents, toujours «ï> plus avides que leurs mandataires, et & au lieu d'autels n'élevèrent ici que & des comptoirs, des palissades et des forts : des comptoirs où ils ne laissèrent voir que leur cupidité, échangeant des verroteries contre des fourrures qu'ils vendaient le centuple ; des fortifications où leurs
injustices et leurs turpitudes leur donnaient le besoin de se cacher.
Au lieu d'oracles, ils n'enseignèrent que leurs vices ; au lieu de la
f parole de vie ils donnèrent Veau *f
I • ■ t k de vie. Loin d'apprendre l'agri- i
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$ culture aux indigènes, ils défen-
| daient même à leurs employés de ^ défricher la terre, afin de les tenir dans le servage, et les obliger à acheter d'eux les denrées qu'ils tiraient toutes de France ; leur but aussi était d'éloigner les sauvages d'un travail qui les aurait détournés de la chasse et
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de la traite et rendus à une «vie indépendante et fructueuse. Ce calcul honteux, qui faillit plusieurs fois faire périr par la famine même ces agents que l'avarice rendait imprévoyants, aurait tou-
* jours paralysé ou anéanti tous *j>
les efforts que faisait la France et
pour établir son domaine sur ce ^ continent.
Il fallut qu'une noble femme vînt leur apprendre qu'on ne fonde pas une société sans Dieu, sans abnégation, sans famille et
sans lois morales ; que toute terre qui doit devenir une patrie, doit être consacrée par un culte, fécondée par les sueurs et *) le travail, et rivée au cœur par £ le triple et indissoluble lien de
4» l'amour d'une femme, d'une mère g»
T et d'un enfant. Les Grecs qui ♦
^ ont laissé une si impérissable tra- \%
ce dans l'histoire de l'humanité,
et fait naître tant de glorieuses
colonies, emportaient avec eux,
au sein de la famille, leurs dieux
pénates, pour les déposer dans
leur nouveau berceau ; et les
Juifs s'en allaient vers la terre promise avec un législateur, un prêtre et l'arche de leur alliance avec Dieu.
^ La Marquise de Guercheville comprit que c'était avec ces pro-
cédés primordiaux que Ton éta- &
;9 blissait des nations durables. Oh ! et
4 c'est que " c'était une dame plei- ^ ne d'honneur, " disait Henri IV en la présentant à Marie de Médicis, et il le savait mieux que personne Jugez-en, Mesdames : restée veuve à la cour, encore jeune, belle et très riche,,
le roi soldat et galant lui adressa des hommages, d'un caractère pour le moins douteux, auxquels elle répondit de cette manière :
" Sire, mon rang ne me permet ^ pas d'être votre femme ; et j'ai trop de cœur pour devenir moins S
; que cela. t \ h " Et sans plus de paroles la 4
Marquise se retira à son château de la Roche-Guyon, sur la Seine à dix lieues de Paris, où elle menait un train princier. Henri IV poussa un jour une partie de chasse de ce côté, et, sur la fin de
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la journée,il envoya un gentilhomme demander le couvert à madame de Guercheville pour lui et quelques-uns des siens. Madame
de Guercheville l'accueillit avec *f | ; t
^ empressement, fit illuminer le ^
<3 château, commanda un souper ^ somptueux, se rendit aimable et t prévenante comme une bonne et fidèle amie, lui déclara qu'il commandait absolument chez elle, puis lui abandonnant son château, elle se retira pour la nuit chez une de ses amies, à deux lieues de là." (i )
(i) B. Sulte. Histoire des Canadiens- Français.
Voilà quelle était cette première patronne de nos origines.
Connaissant toutes les menées intéressées, les luttes déshonnêtes $ et violentes de tous ces entrepre- 1 neurs de colonies, elle réussit à force d'influence et de sacrifices à £ se faire accepter, d'abord comme t JL actionnaire dans la compagnie de <!» la Nouvelle- France, et ensuite, substituer à ses associés dans leurs droits.
Deux fois cette femme fit équiper et charger des navires à ses frais, et transporter des colons à
la Nouvelle-France, conduits par des prêtres dévoués, accompagnés de quelques femmes courageuses, munis de grain et de bes- * tiaux. Grâce à l'intervention de *f i Madame de Guercheville, un es- A
prit plus généreux vint diriger | les entreprises de la Métropole : j
4 l'unité du lien religieux concentra «jb et harmonisa ces premiers et faibles efforts, un prêtre put librement élever un autel et offrir des sacrifices à Dieu pour la première fois, sans contestations, et avec des vêtements convenables au culte.
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Quoique l'œuvre de Madame de Guercheville ait été entravée par la mauvaise foi et l'ambition de ses aides, et ruinée ensuite f par les Anglais, elle produisit ce- ^ pendant les fruits de toute bonne
* œuvre. Puissante à la cour, cette # vertueuse et charmante marquise t 4<* avait su inspirer de l'intérêt pour le Canada à Marie de Médicis et à tout son entourage. Entraînées par son exemple et ses sollicitations, la reine et ses dames joignirent leur zèle et leurs largesses aux siennes et formèrent, dès
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lors, cette source féconde et intarissable que j'appellerais volontiers source et substance mères de notre vie nationale ; source qui n'a *f plus cessé d'épancher le bien et le salut delà Nouvelle- France, jaillis-
4* sant toujours plus abondante aux ^ * époques plus arides de notre his- \ 1 toire. C'est de cette source pro- Jj* digieuse et maternelle que devaient sortir nos premières églises, nos premiers hospices, nos premières écoles ; et c'est elle qui prépara la voie aux entreprises fructueuses de Champlain.
Il ne nous reste plus qu'à en suivre à travers notre histoire les féconds épanchements.
y Après Madame de Guercheville ^ t apparaît la duchesse d'Aiguillon.
Se ^
<r Nièce de Richelieu, cette femme # J de bien avait puisé dans les re- t ^ lations des Jésuites une grande sollicitude pour l'instruction et le bien-être des populations indigènes du Canada. Elle avait compris que la charité chrétienne seule pouvait faire des prosélytes parmi ces hommes rudes et bornés
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dont le sens naturel du juste n'éclairait que vaguement la conscience ; qu'il n'y avait qu'un moyen d'éteindre les haines déjà si profondément allumées dans ces ^ cœurs farouches, par les injustices
«J* et les vices des blancs : c'était * de leur témoigner du dévouement ct ^ et de l'amour, et d'expier devant ^ eux à force d'abnégation et de sacrifices, le mal produit par l'égoïsme.
M. de Champlain venait de jeter les bases d'une société civile à Québec. La duchesse d'Aiguil-
Ion y expédie aussitôt des ouvriers, à ses frais, pour défricher quelques arpents de terre et y établir les fondements d'un hôpital, où
elle veut que les sauvages mala- *f des et infirmes soient recueillis et
* soignés, et que leurs enfants y f T soient instruits dans la religion t «(s chrétienne. Et elle affecte im- i médiatement à cette fondation plus de soixante-trois mille livres de sa fortune.
Et, il faut bien se l'avouer entre nous, Messieurs, les généreuses intentions de Madame d'Ai-
guillon seraient peut-être restées aussi infructueuses que les sacri« fices de Madame de Guercheville si elle n'avait chargé que f des hommes de les exécuter.
^ Mais voilà que dans le même ^ * temps une jeune veuve, Madame $
\ de la Pelleterie, se résout à venir et
4* consacrer sa fortune et sa vie à
l'instruction des sauvages du Canada. Ces deux femmes se rencontrent, elles obéissaient à la même impulsion généreuse ; elles se lient et leur action unie devient une puissance.
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Madame d'Aiguillon avait obtenu des Hospitalières de Dieppe quelques religieuses de leur ordre, résolues à venir entreprendre *f son œuvre au Canada ; de son
côté, Madame de la Pelleterie A
* réussit à entraîner avec elle dans f V la même entreprise quelques ur- t ^ sulines parmi lesquelles se trouva f l'illustre Marie Guyard de l'Incarnation.
Et ces femmes quittèrent un jour le silence, les secrets et la sécurité du cloître pour entreprendre à travers les dangers des
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mers, et dans les solitudes redoutées d'un continent nouveau, leur généreuse aventure.
Madame de la Pelleterie n'é- *• tant liée par aucuns vœux et par * aucunes règles, se fait l'intermé-
4* diaire universel, l'agent général ^
T dans toutes les négociations qu'il \
| faut poursuivre avec les autorités \ et les corps civils, dans l'intérêt de l'entreprise de Madame d'Aiguillon et de ses mandataires.
Après Madame d'Aiguillon et Madame de la Pelleterie, se pré-
sentent Madame de Bouillon et Mademoiselle Mance : encore une dispensatrice généreuse des dons de la fortune et une femme d'acf tion qui doit leur faire produire *f ^ leurs fruits providentiels. ^ * Madame de Bouillon veut faire *>
à Montréal, dont M. de Maisonsp neuve vient de poser les bases, ce que Madame d'Aiguillon avait accompli à Québec : elle donne à diverses reprises plus de soixante mille livres, pour la construction et l'ameublement d'un Hôtel- Dieu, et elle affecte une annuité
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de deux mille livres à son entretien. Et comme elle désire que ses bienfaisantes largesses restent ignorées, elle en confie le dépôt et la distribution à Mademoiselle *|
i Mance- I
* Celle-ci, associée d'ailleurs à la §
♦ compagnie de Montréal, devient et ^ lame et la providence de la jeu- ^
ne colonie. On la trouve partout à côté de M. de Maisonneuve, mettant sa main virile à toutes les œuvres de bien, dans tous les dangers, dans tous les détails de l'organisation économique
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de cette société naissante. Elle traverse les mers à diverses reprises, va solliciter près des puissants et des riches de nouveaux secours ^ pour sauver la colonie épuisée et ^
JL menacée. Cette femme, partie fai- i
k "i û ble de France, semble être deve-
r 5 ? nue un colosse dans ce foyer de t
|t privations, de labeurs et de dan-
gers !
Bientôt vient se ranger à côté d'elle une autre héroïne. Celleci veut 'aussi consacrer ses forces, réserver sa fécondité, donner son
intelligence pour faire fructifier le berceau de Ville -Marie: c'est Mademoiselle Marguerite Bourgeoys.
^ Cette jeune fille n'avait pas de *f ^ fortune, et elle semble n'avoir pas ^ * compté sur celle des autres pour *> f venir se consacrer au bien de la et ^ Nouvelle- France. Elle distribua *i même aux mains des pauvres le peu quelle avait de patrimoine et deconomies ; et elle quitta Troyes, sa ville natale, ainsi quelle le dit elle-même : " sans deniers ni maille, n'ayant qu'un petit paquet
quelle pouvait porter sous son bras."
Arrivée à Ville- Marie, c'est dans une écurie quelle commence f sa mission d'institutrice des en- ^ fants sauvages ; et c'est dans un ^ ^ fenil qu'elle va dormir son pre- *fr j mier sommeil et se reposer des 4r fatigues du voyage. Là, logée dans cette habitation des chevaux, elle fait connaître, avec le sourire, avec les caresses, avec la mansuétude de la maternité chrétienne, à ces pauvres petits infidèles la religion du Dieu de la crèche.
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Pouvait-elle choisir un théâtre plus éloquent pour enseigner une pareille doctrine à ces enfants, et à leurs parents aussi, qui avaient y besoin de voir en Dieu tant de *f 4 miséricorde, ayant vu dans les X hommes, jusqu'alors, si peu de ^ charité ! et
Aussi, c'est de ce moment que datent, parmi eux, les plus sérieuses adhésions à la foi chrétienne :
ils avaient vu qu'il existait un principe de vie dans un culte où reposait et rayonnait tant d'amour; et ils crurent. Et c'est de ce
jour aussi que la France put compter sur quelques alliés fidèles parmi ces peuplades indomptées qui avaient entouré les colons jusqualors de défiance et de menaces.
^ Cest à cette époque que Ton 4» voit se grouper autour de Québec ^
et de Montréal ces premières fa- !* milles de néophytes désireux de participer aux bienfaits de la civilisation chrétienne, qu'ils avaient enfin compris, et qui partagèrent notre sort jusqu a la fin, dans nos succès et dans nos revers.
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Je ne puis allonger davantage la liste des femmes fortes qui ont fondé, honoré et sanctifié notre berceau, dans un dévouement *f absolu, dans le sacrifice complet *
de tout intérêt et de toutes jouis- «g* sances personnelles ; il ne me ?| resterait plus de temps pour faire et [s la part des mérites de ces autres A héroïnes qui portent à plus juste titre le nom de Grand' Mères.
Mais disons au moins à l'honneur de tant de femmes distinguées que je ne puis nommer, disons-le dans le sentiment da-
mour que nous devons à cette patrie quelles ont si puissamment aidé à fonder, que parmi toutes les femmes de France et toutes ces *f dames de la cour qui entouraient ^ et servaient nos rois, elles ont été * les plus vertueuses. La seule *
j française dont l'influence néfaste a t t ■ \ t r* précipité la perte de la Nouvelle- <|$
France était une femme sans vertu : toutes les autres avaient apporté la vie à la patrie naissante, elle seule aida à lui donner la mort ; nouveau témoignage dune vérité que révèle plus que
toute autre notre histoire, c'est qu'il n'y a qu une chose qui féconde, qui vivifie, qui éternise les œuvres humaines : la vertu.
f Après Mesdames d'Aiguillon et de Bouillon, Madame de la Pelle-
§ terie, Mlle Mance et Mlle Bour- S geoys, et les autres femmes qui ^ X secondèrent leur générosité et leurs efforts, la semence de bien jetée par elles sur cette terre du Canada se levait partout en brillante moisson : Dieu y avait ses autels ; les pauvres, déjà, une table mise ; les malades et les'
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infirmes, leur toit ; l'enfance, des institutrices ; les orphelines, des mères ; les mères, des aides pour les remplacer dans 1 éducation de t leurs enfants, pendant qu'elles *f ^ préparaient dans un labeur her- ^ * culéen le nid des autres Pfénéra- ^
Y tions. Tous les bons éléments t 4 de notre corps social germaient à la fois, toutes les sources de notre vie morale étaient en plein épanchement et allaient féconder partout d'autres germes de bien.
Et aujourd'hui, en regardant autour de nous ces germes mail 2$
gnifiquement développés dans nos villes, au-delà de nos frontières, sur tous les points du continent américain, partout où a pénétré
^ velle-France, n'est-ce pas que ^ nous pouvons nous arrêter à con- &
9» impérissable, et dire à celles qui l'ont entreprise : " Saintes femmes, votre dévouement a magnifiquement parlé. "
L'antiquité a vanté le courage de vierges héroïques qui, sur les décrets des oracles, se sont pré-
T if
une parole et un cœur de la Nou-
cipitées sur des bûchers ou dans des abîmes pour sauver leur patrie en péril ; mais combien le dévouement de nos vierges chréf tiennes leur est supérieur, elles ^ h gardent leur vie dans toute i
# sa vigueur pour la sacrifier tous $
; les jours et rendre tous les iours V
<t* ce sacrifice productif et sauveur ! j,
Parlons maintenant de ces autres femmes qui vinrent avec celles-ci, en Canada, y accomplir *>
i aussi une œuvre de force et d'à- i
& mour ; de ces épouses et de ces
♦ mères valeureuses qui, ayant lié Y |$ leur sort à celui des premiers co- $ Ions, ont voulu les suivre dans une entreprise qui ne devait leur offrir d'abord que des frayeurs, et ensuite, que des privations et des dangers.
Il fallait un sentiment bien puis-
?SK 18?
4ft g|
sant pour entraîner ces femmes dans un pays où rien de riant ne pouvait fasciner d'avance l'imagination, aiguillonner l'ambition ou l'amour des jouissances ; pas
* d'or, comme dans les colonies es- k | . % ë pagnoles ; pas de ciel clément, pas &
| de fruits succulents, pas d mdigè- j
* nés bienveillants ; mais au contraire, des froids inouïs, des forêts interminables, et ces terribles Iroquois toujours armés, toujours insatiables de sang ! Ces épouses vinrent donc ici simplement pour partager les travaux, les espé-
rances et les dangers de leurs maris, pour soulager et charmer leur exil, pour enfanter à la Fran-
La première et la seule dont l'histoire fasse mention avant le séjour de Madame de Champlain à Québec est la femme de Louis Hébert. Il convient de faire de suite à cette Ève du Canada la
part si bien méritée de notre admiration.
Elle était arrivée à Québec en 1 61 7 avec son mari, apothicaire f de Paris, que la compagnie de la ^ i Nouvelle- France avait sans doute i
| nistrerdes potions à ses commis, t 4 dans leurs indispositions. L'in- A telligent pharmacien pensa, après quelque temps, qu'il accomplirait probablement un travail aussi salutaire à §es patients et plus utile à sa postérité, s'il laissait là la fabrication des pilules pour la cul-
Stoj — ^ m?<i m
ture de la terre ; et forçant le mauvais vouloir de la compagnie, il réussit à en obtenir le droit de mettre en culture un terrain de *f dix arpents d'étendue sous la réser- j ^ ve qu'il ne pourrait vendre quà ses ^ |j patrons le surplus des produits * ♦ nécessaires à sa nourriture, aux \ <L prix qtiils voudraient bien fixer fa eux-mêmes.
Laisser cultiver, à de pareilles conditions, dix arpents de terre sur la surface de l'Amérique septentrionale que possédait alors la
France, quelle générosité ! Et ce
it ^
fait confirmé par un acte et le témoignage de Champlain, ne suffitil pas à caractériser ces compagnies vénales et rapaces qui étran- * glèrent durant tant d'années la co- *j* l lonie dans son berceau.
& Le pauvre apothicaire mourut quelque temps après, probable- Y ment comblé de déboires et de j& vexations. Et, c'est là, sur ces quelques arpents de chaume, que Madame de Champlain trouva sa veuve quand elle vint, trois ans après, tenter de séjourner au Canada.
Il faut bien que la veuve Hébert
soit restée plusieurs années sans compagnes, sur cette terre, pour que Madame de Champlain ait pu écrire après quatre ans de f séjour dans le gouvernement de * son mari : " quelle n'y avait vu
d'autres femmes que les trois *>
\ suivantes qu'elle avait emmenées \ ♦ t avec elle." $
Cinq ans après le départ de celle-ci, en 1624, Champlain, assiégé par Louis Kertk, était forcé de livrer le Canada à l'Angleterre; et il partit avec tout ce qui pouvait y représenter la France :
marchands, soldats, prêtres, drapeaux. Seule, la veuve Hébert demeura avec son gendre Couillard et quelques ouvriers, pilotes f ou interprètes restés pour la plu- *
* part au service de Kertk et dont
* quelques-uns n étaient que des \ transfuges huguenots ; elle demeu- ^ ra sur les dix arpents de terre que #
son mari avait fructifiés de son travail, arrosés de ses sueurs ; sur lesquels il avait fondé le repos de ses vieux jours, l'avenir de sa famille, la perpétuité de sa postérité. Qu'importe si les motifs de
TtïM^kZ- —
il £ 60 NOS GRAND' MÈRES
sa stabilité étaient intéressés : — Fhistoire dit quelle voulait recueillir les fruits de la semence déposée le printemps dans son petit
* domaine. — Mais ne cédait-elle pas *
i non plus au cri de ses entrailles ?
i% son principal, ou plutôt, son uni- Tk . \
♦ que intérêt ne reposait-il pas aux et
J* sources les plus pures et les plus ^ généreuses de son cœur de femme ?. . . . Il y avait là le pain de ses enfants et les fruits de tant de sacrifices ! Il y avait là un foyer d'amour, un toit paternel, un sanctuaire de tous les souve-
nirs bénis de la famille ! car c'est là qu'avait été consacré le premier mariage et bénie la première naissance.
*> Non, cette pauvre veuve, en *f l regardant s'éloigner la France aié mée, dans son délaissement vo-
; lontaire, nous donnait un ex- Y h emple sublime que nous aurions à suivre plus tard, et nous révélait, en le résumant tout entier dans sa personne, le mystère de la survivance providentielle des nations sur le sol qu'elles ont baptisé de leurs sueurs et rendu
33*^ Z^^^S pafri
productif et bienfaisant. En semant son maïs et son froment, la veuve Hébert avait planté les germes de la patrie nouvelle, ^ elle avait contracté un pacte et 1 une union avec cette terre dont &
elle avait fécondé le sein, elle «>
? ^ ; voulut y rester fixée, malgré son V
^ aversion pour les Anglais, mal- $ gré la mauvaise fortune de la France. Aussi, quand, après trois ans d'abandon, cette France vint reprendre possession de son domaine rendu par l'Angleterre, ce fut sous le toit de la veuve Hé-
bert qu'elle chanta son Te Deum et offrit à Dieu son sacrifice d'action de grâces ; il n'y en avait pas d'autre resté intact au Canada, *f et certainement qu'on n'en aurait | pas trouvé de plus digne d'un ^ & pareil honneur. Car c'est sous ^ ce seul et humble chaume qu'a- V
^ vait survécu la parole, la foi, l'espérance de la France-mère, qu'avait palpité son amour, qu'avait reposé comme une immortelle relique le germe déjà indestructible de la France-Nouvelle.
Le roi récompensa plus tard
Il ^
ce courage viril : il créa un fief en faveur de Couillard, gendre de la veuve Hébert et lui conféra le titre et les privilèges de seif gneur. Et Dieu fit sortir de ce *
I bercenu des Hébert une légion
k ¥ ^ d'hommes forts et vertueux qui
allèrent propager et implanter \ sur toutes les rives du St- Laurent ce nom et les traditions de bien et d'honneur puisées au sein de leur première mère. " Sa postérité, dit le P. Le Clercq, a été si nombreuse, quelle a produit quantité d'officiers de robe et
d'épée, de marchands habiles, de très dignes ecclésiastiques, enfin, un grand nombre de chrétiens, dont plusieurs même ont beau- $ coup souffert, et d'autres ont été l tués par les sauvages, pour les ^ & intérêts du pays."
^ Autour de cette femme héroï- ^ que vinrent se grouper bientôt quelques autres épouses. Champlain était revenu au Canada revêtu de nouveaux pouvoirs ; les vieilles compagnies marchandes avaient été dissoutes, une nou-
velle venait de se former soumise à des conditions plus strictes, et animée d'intentions plus généreuses ; elle fit quelques efforts pour entraîner au Canada une ^
population honnête et industri- t
^ euse. C est a ce moment que &
Madame de la Pelleterie vint à V
Québec accomplir sa mission ^ bienfaisante ; elle ouvrit le chemin à la confiance.
Mais ce fut surtout quand M.
de Maisonneuve vint établir dans Tîle de Montréal, au centre des peuplades les plus turbulentes
du Canada, sa colonie de Ville- Marie, que la Nouvelle- France prit enfin des développements sérieux. Les colons arrivèrent *f* en famille ; ils étaient pris dans * £ les divers états et corps de 4% métiers de façon à pouvoir com-