‹ Nos grand'mèresChapitre 4 sur 4 · JÉ · texte numérisé non relu

JÉ

poser en arrivant ici une société t

complète. On les triait en France ^ comme les bons fruits, parmi ce qu'il y avait de plus pur en mœurs, en noblesse et en croyance. En relisant les pages de l'histoire de ce temps, on croirait que rétablissement du Canada fait suite

aux croisades tant les beaux noms abondent, tant la foi et le courage se montrent dans les travaux et les périls de ces der- ^ niers preux de la France cheva- ^ Jl leresque. i

« Si

t Le rôle de nos grand'mères t 1 dans ce travail de fondation est aussi digne des plus beaux temps des âges héroïques. Partout à côté de leurs maris, on les voit exposées à tous leurs dangers, surprises par les Iroquois pendant qu elles recueillent au champ la

moisson, ou préparent, à la cabane provisoire, le berceau des générations qui se précipitent : elles portent des armes à ceux que ^ l'ennemi assaille à Timproviste, l elles défendent victorieusement j

*l* nos forts et nos palissades pen- * ? dant que les hommes courent V

1 vers d'autres points menacés, elles ^ subissent la torture à côté de nos martyrs, elles sont ravies et retenues en captivité pendant des années, en captivité chez les Iroquois, sous des huttes d ecorce d'où elles reviennent plus intrépi-

des encore et plus respectées !

A Ville- Marie, un jour, on voit surgir tout autour de l'enceinte, au milieu des éclaircies formées ^ par les nouveaux défrichements, ^ des bandes d'Iroquois ; ils se pré- ^ 4* cipitent sur les colons occupés # j aux travaux des champs. Ceux-ci, t À désarmés, ne voient de salut que ^ dans la retraite. Mais les sauvages peuvent entrer avec eux dans les retranchements : il n'y a plus d'hommes à l'intérieur pour les défendre. Une femme, Mme Duclos, voyant le danger, charge sur

ses épaules un faisceau d'armes et court le porter aux fuyards que rejoint déjà l'ennemi. Armés ils se retournent, ils combattent, ils vainquent, et Ville - Marie est JL sauvée.

4» A Verchères, deux fois, le fort r complètement vide d'hommes va- 4 lides, surpris par des bandes sau- ^ vages, fut sauvé par le sang-froid, l'intrépidité et l'intelligence des châtelaines du lieu : par Mme de Verchères, d'abord, et par sa fille deux ans plus tard. Ces femmes, assaillies à l'improviste, armèrent

tous les enfants de fusils, déchargèrent les canons, et couvertes d'uniformes de soldats, se présentant à toutes les meurtrières, f sur tous les points menacés, elles ♦ J, semblèrent légion aux yeux de

4» l'ennemi, et ils s'enfuirent effrayés & ♦ et vaincus, t

Après cette vaillante lutte soutenue contre les sauvages, vint la lutte acharnée avec les Anglais, notre guerre des géants! Elle absorba tous les bras, toutes les forces, toutes les substances de

2r. ÀSf1

notre colonie : enfants, vieillards, chevaux, tous étaient attelés sous les armes, et dispersés à des distances énormes. Pendant sept Y ans ce furent les femmes qui ^ i pourvurent en partie à la nourri- jf 4» ture de nos armées : leur tache w

i armées s'anéantissaient même ^ dans leurs triomphes : nos mères nourrissaient des soldats pour la victoire, et la victoire leur rendait

Cest dans cet état que les saisit la conquête : ruinées, sans pain,

ne s'allégeait que parce que nos

le deuil et le veuvage !

sans vêtements, sans enfants ! . .

quel courage elles prodiguent aussitôt leurs veilles, et centuplent ^ leurs forces pour réparer le vide ^

X ches, comme elles prodiguent les t douleurs dont elles n'ont pas épuisé la mesure, et les substances laissées dans leur flanc, afin de rendre à nos sillons déserts d autres bras qui devront les féconder encore, et donner à cette patrie mutilée qui n'était plus la Nou-

Et cependant, regardons avec

velle-France assez de nobles cœurs pour nous laisser espérer encore quelle revivrait un jour. Les dangers, les privations, les sacri- ^ fices, cette moisson d'enfants jetée ^ à la patrie agonisante, semblent I & avoir doublé l'énergie de nos mè- 4

res et ravivé leurs vertus, leurs 4* forces, leur amour inépuisable.

Toute autre source où pouvait s'alimenter ce qui nous restait de sang français nous était fermée pour toujours : tout notre espoir de revivre et de grandir après la défaite, tout ce que nous avions si

% as?

péniblement fondé et défendu par

notre travail et nos combats ; nos

terres, nos foyers, nos autels, notre

langue, nos traditions,notre amour,

notre orgueil, notre caractère na- y

tional, tout ce qui refait une pa- ^

^ trie quand la patrie est anéantie : g

eh bien ! le salut de tout cela re- *t

%r posait dans le sein valeureux de £ nos mères.

Il nous fallait des ftommes, plus que jamais ; des hommes de courage, de force, d'honneur, d'intelligence ; nos mères nous les prodiguèrent, te as?

L'heure et l'occasion des épousailles se présentant, elles ne s'informèrent pas au milieu de cette ruine générale, si Tépouseur aurait de quoi les sauver de la faim au lendemain de la noce ; elles X ne se demandèrent pas s'il pour- f»

rait leur donner assez de bijoux j y* et de brillantes toilettes pour faire ressortir leur beauté, assez de loisir pour mettre en relief leurs talents d'agrément, assez d'abondance pour donner des fêtes pompeuses à leurs amis éblouis.

La beauté de nos mères était

dans la fraîcheur de leur printemps, dans la grâce, la simplicité et le naturel de leur personne et de leur démarche, dans le rayon- & nement d'une âme sans voile, et & ^ l'épanouissement d'une santé ru- ^

tilante : des pierreries, de dis-

pendieux chiffons, tout ce ruineux

«jp attirail que recherche la coquette- f rie et dont s'enchâssent les femmes de peu de grâce, de goût et de valeur aurait bien gâté des charmes aussi réels.

Les talents d'agrément de nos mères consistaient surtout dans

leur humeur enjouée, leur amour universel du bien-faire, et ces délicatesses exquises du cœur et de l'esprit puisées aux meilleures f sources du savoir-vivre, se traduisant dans toutes leurs manières et 1

leurs procédés. Des gouverneurs # anglais qui les connurent, disaient X qu'elles auraient dignement figuré X à la cour de Louis XIV.

Et remarquons que ce n'était pas particulièrement de nos châtelaines que parlaient ces gouverneurs, mais de femmes que Ton rencontrait dans tous les états

de notre modeste bourgeoisie.

Est-il nécessaire maintenant, Mesdames, de demander à nos pères, si, avec ces dons-là et

très chansons qu'ils nous ont transmises et qui disent à peu près toutes la même chose, un hymne national où nous trouvons exprimée simplement, sans subtilité ni pâmoison, la juste mesure it if *£m*ês fr^gs

f Nous avons adopté entre au-

de leur appréciation : " Vive la Canadienne ! "

Ce cri naïf du cœur de nos pères n'est devenu spontanément le chant de la patrie que parce qu'il *f

4 révèle cette conviction imprimée A

k ^ * dans nos consciences et nos sen- ^

timents, que pour nous, ce qu'il y t

ii a de plus pur, de plus saint, de plus bienfaisant, de plus aimable dans la patrie, que toute la patrie, comme je le disais tout à l'heure :

c'est nos mères !

Mariées à quatorze et quinze ans, elles ne déterminaient pas

d'avance la mesure des devoirs quelles auraient à remplir, ni Theure, ni le nombre des couches qu elles allaient entreprendre :

*f elles partaient allègrement, sans soucis anticipés, s'en allant sur

# des rivages lointains, au fond des & ? forêts, confiantes en Dieu, dans t Jt leurs maris, dans leur courage :

c'était leur tour de noce ! " Mères après dix mois, elles Tétaient de nouveau, à peu près chaque année, jusqu'à l'âge de quarantecinq ans. Comptez. . . je ne mentionne pas les jumeaux : vous

as:

pouvez noter facilement, sans doute, le chiffre des rejetons, mais vous ne trouverez jamais le nombre des pensées d'amour, des heuf res sans sommeil,des soins coquets *f * donnés à tous les marmots ; vous J n additionnerez jamais les points w V d'aiguille, les tours de quenouille, ^ les allées et venues de la navette ; puis les fromages, puis les conserves, puis les produits du jardin, puis les milliers d'autres travaux d'économie domestique, accomplis avec joie pour vêtir et nourrir, pour fêter même cette postérité

as m

d'Abraham ! vous ne compterez jamais non plus les services rendus aux voisines, aux filles et aux brus, dans les temps de maf ladie ou pour leur faciliter le rui de apprentissage du mariage." ( i ) .

4* Voila comment nos mères ont

♦ réussi à refaire la patrie.

Vingt-cinq ans après la con-

quête, l'Angleterre voyait encore

ici une phalange d'hommes forts,

sages et instruits qui se tenaient

debout devant elle, fermes et

attentifs, ne lui demandant pas

(I) Jacques et Marie par l'auteur.

il & NOS GRAND' MÈRES 85

de les délier d'un serment juré et de détruire la lettre d'un traité loyalement signé, mais exigeant que toutes les stipulations de ce y traité fussent rigoureusement rem- ^ £ plies.

Et ces hommes ils étaient ^ hommes dans toute la noble accep- t tion du mot, comme les voulait ^ Platon : généreux et désintéressés dans la lutte, puissants à la tribune, habiles au gouvernement comme à la charrue, honnêtes en tout, aimables au logis.

Car, nos mères ne se conten-

taient pas de mettre au jour des êtres humains, de leur faire une portion de lait abondante, de leur préparer une couche moelleuse, ^ de les vêtir pour le lendemain, les * abandonnant ensuite au bord du I

& chemin, sans frein, sans règle, ; sans exemples, comme un trouai peau qui n'a plus qu'à flairer le & sentier du pâturage. Elles ne pensaient pas que l'homme n'a qu'à s'en aller devant lui, courant après tout ce qu'il ambitionne, prenant tout ce qui lui plaît, détruisant tout ce qui l'entrave ;

te &

que le maître d école, le curé, le juge et le bourreau ont pour mission exclusive de dire aux enfants qui ont cessé de téter tout ce qu'un homme doit croire et prati-

i quer dans la vie ; que toute la j

| nir la tête haute et le chapeau sur \ du le haut de la tête devant tous ^ ses supérieurs, et devant tous ses subalternes ; qu'un citoyen a rempli tous ses devoirs vis-à-vis de ses semblables,quand il leur a passé le plat, après avoir pris tout ce qu'il y avait dedans.

Maîtresses supérieures comme elles étaient mères généreuses, gardant religieusement tous les préceptes dune forte éducation y chrétienne et toutes les traditions ^ d'une société d'élite, elles fai- t saient de la création d'une fa- ^ mille, non seulement une œuvre et 4* d'amour, mais aussi une œuvre $ de devoir et d'orgueil : persuadées que former des enfants est une chose sérieuse, grande et sainte, que des fils forts, probes, courageux, habiles, bienfaisants et honorés, que des filles, aimables et

•Sfê

vertueuses comme elles Tétaient elles-mêmes, forment autour d'un front de mère une couronne glorieuse qui vaut bien, devant Dieu et la patrie, les succès futiles *f ^ et les louanges passagères que ^

$ rapportent ces mille bagatelles $

de l'esprit et de la main qui occu- t pent tant de moments chez f quelques femmes, et sont toutes consacrées à l'amusement et à l'ornement des salons. Elles établissaient elles - mêmes dans le cœur, dans la conscience, l'esprit et les habitudes de leurs

enfants, avec ce simple rayonnement des choses bonnes et aimables qui reposaient dans leurs personnes : grâces, regards, pa- *f rôles, exemples, anecdotes et ^ ^ chansons morales, avec de tendres ^ «fc larmes aussi quelquefois, elles éta- ? blissaient, dis-je, ce sens du juste, et %* du droit et de l'honnête, cette dis- ^ tinction, cette aménité, cette bienveillance de langage, de manières et de procédés ; trésor qu'on ne puise jamais qu'au milieu des tendresses du berceau ; trésor dont tant de nos pères furent riches et

qui faisait l'admiration des étran-

un peuple de gentilshommes, " écrivaient les touristes américains *f en rentrant chez eux. Et plusieurs ^ s'empressaient d'envoyer leurs en- ^ $ fants dans nos familles, convain- ^ eus qu en y apprenant le français, t y* ils participeraient encore à une i* éducation bien favorable à développer leur distinction native.

Il faut bien le constater, malheureusement, ce peuple de gentilshommes, en grandissant perd peu à peu des qualités exquises

gers venus au milieu d'eux. " C'est

qui le faisait distinguer des étrangers ; les quelques figures qui survivent à ces beaux temps semblent briller au milieu de f nous comme d'inimitables reliques. On les admire encore sans i

^ doute, mais les imiter serait pour ^

un grand nombre accomplir un

ik anachronisme. Avec quels re- ^ grets nous avons vu disparaître dernièrement de notre société une de ces rares figures typiques de notre passé, celle de notre vénérable ami M. Cherrier. Beaucoup ont dit en voyant se voiler

cette image qui reflétait tous les charmes de l'esprit, de l'honnêteté, de la sociabilité, de la vertu et de la foi : " C'est le plus bel

exemplaire et peut-être le dernier *f

^ qui nous restait." ^ * Ah ! Mesdames, je me hâte de * t le dire : cette déperdition des f grandes qualités de notre race, ici, est due à des causes extérieures que vous ne pouvez malheureusement contrôler, et que je ne peux pas signaler ce soir.

Et ces mères qui aimaient d'un amour si dévoué, si fier, si intelli-

gent, elles aimaient sans faiblesses aussi. La femme de ce Joseph Papineau, le premier dans nos assemblées délibérantes, le pref mier à tous les devoirs de citoyen, cette sœur de la mère des Larti- | gue et des Viger, cette mère d'un & Gracque, qui allait déposer son f X suffrage en faveur de son fils, au ^ milieu du grondement d'une populace ameutée, écrivait à ce même fils, enfant, retenu au séminaire de Québec où il commençait ses études : — le futur tribun se regimbait sans doute déjà sous

fe

le frein dune règle qu'il trouvait trop rigoureuse et il avait mandé à sa mère que, si on ne se hâtait de le rappeler, il mourrait à Quéf bec. — " Si tu meurs à Québec, ré- ^ i pondait cette Spartiate, il y a là 1

* ce qu'il faut pour t'enterrer ; sois ^ | tranquille. " f y* Et sa fille, Madame Dessaulles, qui, après avoir passé volontiers six ou sept ans de sa joyeuse jeunesse dans les forêts de l'Outaouais, où son père voulait ouvrir un nouveau domaine, à la colonisation, vint, à l'époque de

te ti&

son mariage, s'établir dans le manoir de St-Hyacinthe pour y exercer pendant une longue vie toutes les vertus et les munificences de son grand cœur, tous $ ^ les charmes et les distinctions de ^ * son esprit et de ses royales ma-

nières. Voyons-la pendant les ra- V ^ vages de 1 épidémie de 1832, la ^ plus meurtrière qui ait jamais ravagé le Canada. Les familles étaient décimées dans le village et les champs, la frayeur aveuglait tout le monde, on ne connaissait ni remèdes ni soins pour

guérir ce terrible choléra jusqu'alors ignoré dans ce pays. Au milieu de l'épouvante générale, madame Dessaulles, un jour, claquemure ses enfants dans une *t * partie reculée de sa demeure, X

4* puis elle établit un hôpital dans *jj ? une de ses dépendances où elle t $ fait transporter les malades les & plus délaissés et les plus dénués, et elle s'installe au milieu d'eux, devenant leur médecin, leur servante, leur apothicaire, et à elle seule plus que tout un ôztreau de santé.

Pendant ce temps-là, sa mère était emportée par le fléau, à Montréal.

Mesdames, je m'épuiserais moi-

f même avant de pouvoir épuiser *f ♦

A ces traits généreux de la vie de ^ nos mères : j'ai saisi ceux-ci à la $ hâte, dans mon voisinage, n'ayant et f pas le temps d aller en chercher ^ plus loin ; mais quelle famille n'a pas connu parmi les siens, dans nos campagnes reculées, avant qu'elles ne fussent envahies par les gradués de nos nombreuses universités, de ces fem-

mes, médecins volontaires, qui, avec cette faculté exquise propre au cœur maternel de découvrir les secrets de toute souffrance, f trouvaient des remèdes que ne ^

^ rencontre pas toujours la science ^

j* intéressée ? «fr

i Elles allaient bravement au lit t

§ de toutes les douleurs, sans re- |* garder aux dangers, sans s'informer des règles si subtiles, si compliquées et souvent si contradictoires de notre hygiène moderne, sans penser même au mal qu'elles pouvaient rapporter à leurs en-

fants. Elles se disaient,ces femmes valeureuses : " si les hommes n'allaient plus à la guerre parce que l'on risque de s'y faire tuer, qui *f nous défendrait " ? et elles allaient ^ ^ à leurs combats généreux. Et ^ * Dieu qui a établit une loi de cha- *

t rité au foyer même de tous les * | / t

4» amours laissait à nos mères leurs enfants, pendant qu'elles obéissaient à cette loi, pour conserver à d'autres enfants leurs pères et leurs mères.

Voilà, encore une fois, comment nos mères ont refait la pa-

^4 $&&*FZ=- —

trie : elles ont aimé dans la pleine mesure que Dieu avait faite à leur cœur, et cet amour a produit tous ses germes de vie, à pleine mesure. C'est pour cela, nos no-

^ bles mères, que vous devez tenir $ dans notre respect et nos souvenirs une place exceptionnelle, une place souveraine. N'est-ce pas ^ la femme de Léonidas qui répondait un jour à quelque créature efféminée de son temps, esclave sans doute par ses charmes chez quelque peuple avili : " Vous me demandez pourquoi nous sommes

reines, à Sparte ? . . c'est parce que nous sommes les seules qui mettions au monde des hommes. " Eh bien ! nos mères, vous aus- ^ si, vous êtes reines, montez les * i marches de votre trône. X

l une littérature dévoyés et avilis \ \k qui confondent tous les mérites, J, oublient la place élevée qu'a toujours occupée la vertu dans la conscience et l'estime de tous les peuples forts, et l'influence qu'a eue sur leur stabilité et leur durée l'observance rigoureuse de toutes

Il y a de notre temps un art et

les lois et obligations qui protègent et honorent le berceau de la famille. Cet art et cette littérature concourent avec envie à

*f toutes les ivresses de nos appétits, f

i à la satisfaction de toutes nos i

♦ jouissances, au dédain de toute ^

♦ règle qui impose une gêne péni- Y 4 ble ; ils ont concouru particulière-

ment à la justification et à l'expansion du divorce, cette légalisation de l'adultère qui conduit aux accouplements d'occasion, fait de la famille un troupeau, dépose avec la loi une flétrissure et un

mépris sur le front et dans le cœur des enfants ! Cet art et cette littérature proclament aussi leurs reines, en face de vous, nos mères !

j Reines de salon, reines de théâ- $ i très, reines. . . • — pardonnez-moi,

il faut bien le dire, — reines du de- « . . . X

mi-monde. Et ces reines reçoivent et

leurs palmes, leurs hymnes, leurs couronnes, leurs triomphes, leur apothéose ; elles ont leurs images partout, leurs louanges remplissent certaines gazettes populaires.

Et vous passez, mères héroïques, vous passez modestes,silencieuses,

ignorées, pendant que Ton fait

tout ce tapage et tout cet éclat,

autour de ces royautés éphémères

du plaisir. Artistes ou actrices en

4* amour, ces reines d'un jour se

t contentent d'effeuiller les fleurs

4* de leur séduisante jeunesse sur $

tous les sentiers, de semer le sou- Y

rire et la joie sous leurs pas, de récolter des hommages,des désespoirs, et quelquefois des présents. . • • laissant la stérilité partout et le vide après elles.

Ah ! prenez votre couronne sans tache et montez bien au-des-

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sus de celles-ci : vous seules êtes dignes de régner, car vous seules avez accepté et porté tous les fardeaux, toutes les responsabilités, ^ toutes les souffrances, et quelque- * fois, les martyres de votre royau- 1 & té de femme, et vous seules avez 9 produit tous les fruits bénits de % votre sein. Votre règne ne s'étein- |, dra maintenant qu'avec notre histoire ; il s'étend déjà sur tout le nord de notre continent.

Vous avez reconquis dans votre noble labeur toutes ces solitudes que nous àvions abandonnées

pied à pied en y semant le sang de vos cœurs ; vos enfants dé- i bordent de toutes parts cette vas- | te frontière où la France avait planté son drapeau ; ils élèvent ^ leurs demeures tout près de ces ^ lieux où étaient jadis ces forts de ^ Frontenac, de Beauséjour, et de t St-Frédéric, qu'ils virent tomber 1 un à un, malgré leurs victoires ; ils sont des légions au sein même de cette Nouvelle-Angleterre qui enfantait les armées destinées à nous anéantir. Cinquante mille d'entre eux n'ont-ils pas prêté

leurs mains à leurs anciens ennemis pour rétablir le lien de leur empire ?

Ah ! oui, prenez votre couronne, nobles et saintes mères, et ré- *f gnez dans notre amour et notre orgueil à côté de ces héros, vos & époux et vos fils, tombés sur les et f plaines de Carillon, d'Abraham et «f* de Ste Foye, à côté de ces grands patriotes, vos époux et vos fils, qui ont assuré par leur talent, la force de leur parole, leur énergique persévérance, notre vie nationale et autonome sur ce con-

tinent. Cest à vous qu'appartient la dernière victoire, la plus féconde et la plus durable ; et nous la devons toute à votre *P amour.

E. Sénégal & Fils, Imp., 20, rue St-Vincent, Montréal.

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