DOCTEUR JULES CHÉRON
CHERON ( Jules), né à Périgueitx, le j août iSj'j. Docteur ès-scicnces et docteur en Médecine, en iS66. Médecin de Saint-Lazare , en i8jo.
Officier de la Légion dé Honneur , depuis iSyS.
Les hommes sont faillibles, les journalistes pour le moins autant que les autres.
Au cours de ma série de “Profils de Médecins „ au Figaro, il m’est arrivé d’écrire sur le D”" Chéron, un très malicieux article, qui, je l’ai su depuis, fourmillait d’erreurs grossières. Erreurs, non d’appréciation, mais de faits. Par suite d’incidents trop longs à raconter, ma bonne foi avait été surprise. Je n’ai aucune honte à l’avouer très haut. En décrivant le type fantaisiste et falot du médecin pour dames, j’ai représenté mon confrère sous les dehors du faiseur effréné, et il se trouve qu’il est tout simplement un fort brave homme, infiniment aimable, vraiment
digne, dont la vie est toute de travail, et qui a l’estime de maîtres parmi les plus difficiles dans le choix de leurs amitiés.
Je lui dois donc une réparation : je la lui fais de très grand cœur, en souhaitant que cet article tombe sous les yeux de tous ceux qui ont lu le premier.
Craignant par-dessus tout d’être accusé de complaisance, je ne veux point le vanter en vaines phrases, mais simplement énumérer ce qu’il a fait dans sa carrière médicale. Cette fois, mes renseignements sont pris à bonne source.
Fils d’un chirurgien militaire qui a laissé des œuvres méritoires, M. Jules Chéron fit ses premières études à l’école — alors secondaire — de médecine de Bordeaux.
Puis, il vint à Paris, où, dans la même année, il fut reçu docteur en Médecine et docteur èssciences. A cette époque, la zoologie l’attirait. Sa thèse pour le doctorat ès-sciences : Du .^stcme nerveux des céphalopodes, fut couronnée à la Faculté et à l’Institut, et Milne-Edwards lui en fit des éloges.
En 1866, à l’instigation de Claude Bernard — il avait bien choisi ses maîtres — le ministre de l’Instruction publique offrit au D' Chéron la
chaire de zoologie et de physiologie à la faculté de Strasbourg, et plus tard, en 1869, la succession de Paul Bert à la faculté de Bordeaux.
Le jeune savant refusa, résolu désormais à se consacrer à la pratique médicale.
Sans fortune, obligé au début à donner des leçons pour vivre, il trouva moyen de se créer en même temps une des belles clientèles de Paris et un très honorable renom scientifique.
Sa clientèle, il l’a conquise par sa valeur de clinicien, par l’assiduité dans le dévouement, le charme des manières, et cette bonté souriante qui font de lui l’un des docteurs les plus aimés de leurs malades.
Sa renommée scientifique lui est venue de ses travaux de laboratoire auxquels ont succédé, depuis quelques années, de très nombreux travaux cliniques.
A l’époque où Remak fit connaître ses recherches sur le galvanisme appliqué à la médecine, M. Chéron s’empara de l’idée et nous donna toute une suite de bons travaux de ph}'siologie et de thérapeutique électrique.
Son mémoire sur la circulation cérébrale, observée à l’aide d’un nouvel instrument, X ophtalmo-
microscope, de Chéron et Nachet, est une œuvre vraiment originale, vraiment novatrice, qui d’ailleurs lui valut le prix Barbier à la Faculté de Médecine.
Médecin de Saint-Lazare, depuis 1870, il se spécialisa définitivement, et devint un gynécologue. Il fonda la Revue des maladies des femmes, fit à l’Ecole pratique des leçons très suivies, et se posa en excellent clinicien, en remarquable opérateur, contribuant pour sa part à mettre la science gynécologique au point où elle est aujourd’hui.
Il avait, ce qui manque souvent aux praticiens, l’habitude du laboratoire, le maniement du microscope, ce qui lui a permis de donner à toutes ses œuvres une allure à la fois pratique et scientifique. Il n’est pas de la Faculté, mais il y est bien vu, en dépit de ses grands succès de clientèle. Il a des ennemis, comme en ont tous ceux qui triomphent, et ces ennemis deviennent quelquefois ses amis, rien qu’à le mieux connaître.
C’est même pour cela que ce portrait de lui ressemble si peu à l’autre que je voudrais faire oublier.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Anatomie, histologie, physiologie du système nerveux des céphalopodes, 1866.
Des conditions anatomiques de la production des actes réflexes, 1867.
Du traitement de la phtisie par les vapeurs d’essences oxygénées, 1872.
De la paralysie agitante et de son traitement, 1869.
De la phosphaturie dans la paralysie agitante, 1876.
Applications à la thérapeutique des propriétés de l’acide picrique. Congrès de Bruxelles, 1875.
Divers travaux sur l’aclion physiologique et thérapeutique des courants électriques, 1870 à 1880, et spécialement sur le traitement des tumeurs fibreuses de l’utérus parles courants continus (intermittence rythmée), 1879.
Mémoire sur la circulation cérébrale (démonstration à l’aide d’un nouvel instrument, l’ophtalmo-microscope <le Chéron et Nachet), 1875.
Leçons sur les affections utérines, 1879, 1880, 1881.
Divers travaux de gjmécologie, in Revue des maladies des femmes, 1879 à 1890, notamment sur l’ulcération du col, sur l’origine spinale du vaginisme, sur le curage de la cavité utérine, sur l’évolution morbide de la muqueuse du canal cervical, sur les phlegmasies péri-utérines : salpingo-ovarites, pelvipéritonites et cellulite pelvienne, ■etc., etc.
BT
Docteur G. CLEMENCEAU