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PROFESSEUR J.-M. CHARCOT

CHARCOT (Jeon-Martin), né à Paris le 2ç novembre 182^.

Interne des hôpitaux, le 18 décembre 1848.

Médecin des hôpitaux, le 21 avril 1846.

Agrégé, en 1860.

Professeur , en i8jj.

Membre de P Académie de Médecine, en i8yj . Membre de P Institut, le y novembre i88j.

UN connaisseur d’hommes a dit de lui :

“ Dans la voussure de son dos niche le même orgueil énorme que dans le gros ventre de Zola. „

Il y a du vrai dans ce rapprochement, ou du moins il y a eu du vrai au temps où M. Zola avait encore du ventre. Ce jugement ne suffit plus aujourd’hui.

Les photographies aux vitrines et les journaux illustrés à leur première page ont popularisé les traits du savant. On connaît l’homme au dos voûté

comme sous le poids de l’énorme tête trop chargée de pensées, la face glabre de médaille romaine, le profil césarien, le front puissant, la lèvre hautaine, les tempes rasées, les cheveux rares maintenant, longs et plats comme ceux du Corse, l’œil ordinairement morne et froid, si subitement aigu et profond dès que les lourdes paupières pâles daignent se relever pour scruter le malade ou dévisager l’interlocuteur.

On lit sur ce visage, qui tient à rester impénétrable et glacial, la volonté dominatrice, une volonté à la Gœthe, constante et réfléchie, la puissance créatrice, l’absence de toute sentimentalité vaine, et même, au premier abord, une dureté d’âme qu’on serait tenté de croire impitoyable, presque hiératique.

Il est évidemment ainsi depuis son adolescence; dès qu’il a eu l’âge de raison, il s’est collé sur la figure le masque olympien.

Pourtant, les familiers du maître ont vu se détendre souvent ces traits marmoréens : à l’hôpital d’abord, devant un fait scientifique trouvé par lui, et dont la vérité s’affirme ; il émet alors, pour dire s.on bonheur, certain petit ricanement très bref où il met tout l’enthousiasme qu’il puisse extérioriser'. chez lui encore, quand il embrasse ses deux

enfants qui sont beaux, intelligents et charitables, sa fille Jeanne et son fils Jean, il sait trouver pour ces deux choyés le plus charmant sourire tendre qui se puisse voir.

Hors ces deux cas, il est peu prodigue de manifestations affectueuses. Il n’aime et n’estime ses élèves qu’en proportion directe du travail produit par eux chez lui, et pour lui. On lui a reproché — comme on l’a reproché à Hugo — de tout absorber autour de lui, d’accaparer à son profit le travail de ses nombreux disciples. Pas de reproche plus injuste. On travaille pour lui, et il travaille pour vous. Il donne les idées, ses élèves apportent les gros matériaux scientifiques qu’il contrôle et centralise. Mais ne craignez point qu’il oublie un service rendu : quiconque a travaillé pour lui a été récompensé au centuple. Pas un de ses élèves qui ait à se plaindre de lui : tous au moins ont un renom honorable, quelques-uns sont glorieux. Il en fait des savants connus, à la manière dont Napoléon faisait des généraux, parfois des maîtres tout à fait illustres, comme Napoléon faisait des rois. Ceux-là éparpillés à Paris, en province et dans le monde entier s’appellent Bouchard, Cornil, Pitres, Lépine : ce sont ses "Bernadotte et ses Murat; d’autres, jeunes encore, ont affirmé dès maintenant leur ambition d’être illustres : Brissaud,

Gilbert Ballet et le Pierre Marie, celui de tous, peut-être, qui lui fera le plus d’honneur.

On pourra s’étonner, et trouver le parallèle trop flatteur. Toutes proportions gardées, dans le domaine scientifique, la comparaison n’est pas insoutenable. M. Charcot est un très grand esprit, bien plus universellement admiré, on le sait, à l’étranger que chez nous. En matière de critique scientifique, nous avons un critérium : les savants allemands mettent un véritable acharnement à abîmer toute gloire française dont l’œuvre pèche par un point. Quand ils admirent, c’est que c’est admirable, on peut en être sûr. Or, en Allemagne, la parole de Charcot est, médicalement parlant, parole d’évangile. C’est le cas ou jamais de reservir le vieux poncif, ici très véridique, de revanche pacifique sur l’ennemi héréditaire.

Je vais plus loin; le mot génie doit être prononcé. L’homme qui fit, en 1877, à la Société de biologie, la communication célèbre où fut révélée la méthode pour l’étude des localisations cérébrales, celui qui porta la clarté dans ce chaos où les plus grands maîtres avaient perdu leur latin, celui qui fit connaître presque toute la pathologie nerveuse entrevue à peine avant lui, celui qui, récemment encore, élucidait triomphalement les

phénomènes de la mémoire et de la parole humaine insoupçonnés après tant de siècles et tant de philosophes, celui-là est un homme de génie, il importe qu’on l’affirme.

Et qui ne se souvient des tâtonnements séculaires de l’humanité en face des questions si mystérieuses et si troublantes du magnétisme et de l’hystérie?... Que de savants et de philosophes se sont, en étudiant ces phénomènes, fourvoyés ou affolés !... Il a fallu que Charcot vînt, armé de sang-froid scientifique et de méthode pour réduire en lois déterminées les faits en apparence les plus incohérents.

Il est l’âme de l’école médicale moderne, l’initiateur de presque tous les philosophes contemporains, de M. Ribot en particulier.

Très épris de musique et de littérature, il est passionné de Beethoven et de Shakespeare qu’il cite à tout propos et dont il lit chaque jour quelques pages dans le vieux texte anglais qui lui est familier.

Il est enfin très ardent patriote, très fidèle républicain.

Il est vraiment fâcheux d’avoir à dire tant de bien de quelqu’un : on a l’air de lui faire de la réclame et de vouloir lui envoyer des clients. Voici le correctif.

Si j’avais à me faire soigner, j’aimerais mieux, je l’avoue, consulter un de ses élèves que luimême. Il a trop de malades à voir. Il est avec eux parfois trop bref, trop bousculé par l’heure, trop pressé. Il n’est ici question que de clientèle, bien entendu.

A l’hôpital, au contraire, dans cette Salpêtrière où il a fait école, il passe tous les matins de longues heures, même le dimanche, au chevet de ses malades et à l’amphithéâtre que lui a fait aménager Gambetta.

C’est là qu’il fait ses cours, des cours très travaillés, appris par cœur, d’une éloquence un peu lourde, mais solide, d’une merveilleuse lucidité ; toujours appuyés d’exemples, de malades présentés aux élèves, examinés devant eux, de figures dessinées, de projections à la lanterne magique. Cet homme, qui est surtout un chercheur, un observateur, un inventeur, est en même temps un professeur admirable, un démonstrateur hors pair.

On l’accuse d’orgueil; on lui reproche déposer, de se donner des attitudes géniales, de s’entourer pendant ses cours d’un appareil trop théâtral. A supposer que ce reproche soit fondé, qu’importe?.. De tels hommes ne sont pas si fréquents qu’on ne

leur puisse passer quelques travers et leur pays peut, il me semble, s’en glorifier à bon droit tout de même.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Leçons sur les maladies du système nerveux.

Leçons sur les maladies du foie, des voies biliaires et des reins.

Leçons sur les localisations dans les maladies du cerveau et de la moelle épinière.

Œuvres complètes, 6 volumes.

Les démoniaques dans l’art, 1887.

Leçons du mardi à la Salpêtrière, Polyclinique (1887-88).

Docteur Jules CHERON

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