LONGUE
Docteur Le Dentu 275
Professeur M. Letulle. . . 283 1
Docteur Lucas-Champion-
NiÈRE 291 !
Docteur Monod 297
Professeur Pajot 303 |
Docteur Péan 313 ^
Professeur Peter 323 ]
Docteur Peyron 333
Professeur A. Pitres. • • 341
Pages
Professeur Potain 351
Docteur Sam. Pozzi. . . . 361 Professeur Renaut .... 371 Professeur Richet Père . 377 Professeur Ch. Richet . 379 Docteur Pii. Ricord. . . ^ 389
Docteur A. Robin 399
Professeur Germain Sée. 409 Docteur Paul Second. . . 421
Professeur Straus 431
Professeur Tarnier .... 439
Docteur Terrillon 453
Professeur Paul Tillaux. 461 Professeur Trélat .... 469 Professeur Verneuil ... 477
PREFACE
«.... Et subitement leur apparaissait la Il puissance du médecin dans les temps « modernes, dernier prêtre, croyance U suprême, invincible superstition... »
uiSQUE VOUS me laites l’honneur,
mon très cher confrère et ami, de
me demander une préface pour vos Grands Médecins d' au jour d' hui , pardonnez-moi de commencer par une citation, comme un prêche.
Cette phrase, que je retrouve dans le chef-d’œuvre de Daudet, dans Sapho, je la crois tout à fait juste et caractéristique de ce temps. Et je voudrais que votre ouvrage, en dépit des satires et des malices qu’il renferme, contribuât, par la multiplicité des exemples, à vulgariser cette idée
PRÉFACE
que le médecin d’à présent s’est placé tout en haut de notre échelle sociale, en un rang qu’il mérite, parce qu’il est l’un de nos grands éducateurs et l’un des dirigeants actifs de notre civilisation.
Dernier prêtre, croyance suprême, excellente superstition en laquelle il est tout de même bon de croire. Daudet lui-même l’a si bien compris qu’il a fait un médecin de son fils aîné, l’un des hommes les plus heureusement doués que je sache.
Rappelez-vous ce rêve du philosophe, ce rêve d’un monde à venir où l’Artiste serait le Noble, où le Savant serait le Prêtre et le Soldat en même temps : voyez ce que nos médecins ont fait, depuis vingt ans, pour le réaliser.
Bien qu’ils soient allés à Berlin, ils sont de fort bons patriotes, car ils nous ont couverts de la meilleure gloire, car ils ont placé leur patrie au premier rang des peuples créateurs.
Inventifs, ingénieux, intelligents à toute époque, nos savants, depuis nos malheurs, ont appris à devenir patients, sages et obs-
PRÉKACE
ünùs. Ils ont su vaincre, avec une rare vaillance, les défauts de leurs qualités, remballement facile, la vanité satisfaite de peu.
A Paris et même dans les facultés de province, i\ Bordeaux, à Lyon surtout, nous avons des physiologistes, des chirurgiens, des bactériologistes, des accoucheurs, des anatomistes, des cliniciens admirables, égaux, parfois supérieurs à ceux des nations rivales. Comme disait un affreux journaliste, “ tout ce qui tue est ti hauteur, en France: l'armée et le corps médical ”. A elle seule, l’école de Charcot — car c’est lui le rénovateur, le grand initiateur à la méthode moderne — compte par centaines ses victoires scientifiques ; et les meilleurs, en Allemagne, dérivent de Charcot ou de notre Pasteur.
Ce sont nos médecins, vous ne l’avez pas assez dit, qui dirigent le mouvement philosophique moderne. C’est à l’école de la Salpétrière que M. Ribot, pour ne citer qu’un nom, a appris à décrire /es Maladies de la Mémoire, de la Volonté, de la Person-
nalité. Ce sont un peu les médecins qui ont substitué la méthode modeste à l’orgueilleuse rêverie, l’observation rigoureuse aux simples vues de l’esprit, la psychologie d’hôpital à la métaphysique de cabinet. Ce ne sont même pas des physiologistes, mais des cliniciens, des soigneurs de malades, qui ont appris à l’homme — après combien de siècles de dissertations vaines ! — la raison d’être de son cerveau, dévoilé les secrets de la Mémoire et du Langage.
C’est merveilleux, d’avoir fait çà.
Songez aussi que les voilà maîtres des questions pratiques de libre arbitre et de responsabilités. Ce sont eux, maintenant, nos grands criminalistes : qu’on le veuille ou non, il n’est plus possible aujourd’hui de condamner un assassin sans le secours du médecin légiste ; c’est lui le plus souvent qui, sans en avoir l’air, impose au jury son verdict.
Nos savants sont en train de nous refaire une morale — on dit que le besoin s’en fait un peu sentir — une morale indépen-
PRÉI ACE V
dante des questions rie responsabilité, et qui vaut bien les morales d’antan. C’est une sorte d'esthétique où l’on aime le Bien parce qu’il est Beau, ou l’on combat le Mal parce qu’il est Laid ; et jîersonne n’y perd, la sanction restant la même.
Nos savants sont aussi de curieux historiens, puisque leurs recherches sur l’hystérie ont éclairé d’un nouveau jour le coin le plus mystérieux de l’antiquité païenne et du moyen-ùge chrétien , augures, p3dhonisses, sorcières, démoniaques, belles-au-bois-dormant.
On pourrait même soutenir qu’ils sont de fort bons politiques, puisqu’il parait que Gambetta n’a fait qu’appliquer leur méthode, progressive et prudente, à l’art de gouverner les peuples — en l’appelant Opportunisme.
Ce sont nos h^-^giénistes qui président à l’assainissement des villes, à l’éducation des enfants, au règlement de la police des... mauvaises mœurs.
Et leur influence est partout, même dans la littérature, puisque la grande épopée
tf'
PRliFACE
de ce temps, V Histoire des Roiigon-Macquart est le poème de rhérédité, conçu d’après le livre du Lucas : Y Hérédité naturelle. Si l’on a pu comparer le génie de Zola à celui des tragiques grecs, sH’on a pu vanter la farouche splendeur de son œuvre, c’est qu’il a merveilleusement compris la grandeur de l’esprit scientifique moderne, la magnifique ampleur du fatalisme contemporain.
Si la littérature de demain se dégage de l’obscur pessimisme néo-chrétien, si, comme on peut l’espérer, elle retourne à la vaillante joie de vivre, ce sera certes un peu à l’influence des savants qu’on le devra.
Et puis, ces docteurs guérissent bien, par ci, par là, quelques malades, et c’est encore de cela qu’il faut surtout leur faire compliment.
Certes, beaucoup de médecins, dont on trouvera le portrait dans ce livre, sont inconscients de leur œuvre. Ils ont parfois l’esprit mesquin, fermé aux idées générales, rebelle à telle ou telle manifestation
de l’esprit. Qu’importe, pourvu qu’ils travaillent, même sur un champ restreint, pouvLi qu’ils aient l’amour de leur art, et confiance en cette part de Vérité qui leur est accessible !
Vous n’avez pas, mon cher confrère, la prétention d’avoir été tout à fait équitable en ces portraits.
Mais je crois bien que vous n’avez voulu critiquer que ceux-là seuls qui vous semblaient vouloir s’opposer à ce beau courant de progrès, réactionnaires hostiles aux méthodes nouvelles, dilettantes prompts à critiquer, lents à créer.
Comme tous les historiens, vous avez été parfois trop indulgent et parfois trop sévère. On ne saurait vous en vouloir beaucoup. Tous ceux dont vous avez parlé, même avec peu d’éloges, sont des hommes de valeur, admirables au moins à un point de vue. Vous ne vous pardonneriez pas, j’imagine, d’avoir nui à l’un d’eux, de l’avoir privé d’un client. Tous se valent pour soigner des malades, et vous n’avez voulu combattre que des tendances de l’esprit.
PRÉFACE
Je vous reprocherai d’avoir omis plus d’un nom glorieux, bien que vous ayez ajouté un très grand nombre de silhouettes inédites^ aux " Profils ” que publia le Supplément littéraire du “ Figaro
Il s’est trouvé que dans le journal le suceès dépassait vos espérances. Vous étiez même, si je me souviens, un peu eonfus d’avoir fait tout ce bruit dans le monde de vos confrères. Vous avez reçu par centaines des lettres d’injures et de félicitations ; sans compter les vilaines révélations anonymes; vous avez fait plaisir à quelques-uns, vous avez fait beaucoup de mécontents, oeux-là surtout dont vous n’avez pas parlé, croyezmoi !
Dès le début, vous connaissiez votre sujet. Mais combien vous devez le mieux connaître maintenant, et quels portraits vous nous feriez, si vous aviez l’indiscrétion de révéler ce qu’on vous écrivait sur tel ou tel de ces messieurs !
Pourtant, vous me l’avez redit plus d’une fois, vous n’avez rien perdu de votre respect pour les Maîtres. Il y a eu quel-
PRÉFACE
ques praticiens très fortement émoustillés par Tespoir d’une retentissante réclame, gratuite ! dans un journal tirant à 80,000 exemplaires : hypocrites ou franches, vous avez lu bien des requêtes. Mais les grands médecins, les vrais sav'ants, les princes de la corporation, se sont montrés de vrais aristocrates, dédaigneux de publicité jusqu’à faire semblant d’ignorer vos articles, jusqu’à ne pas vous envoyer le plus discret merci, leur carte de visite.
L’un d’eux même, — et pourquoi ne pas le nommer ? — le professeur Potain, a très sincèrement souffert, dans sa profonde modestie, du grand éloge que vous en faisiez aux applaudissements de tous. D’autres, qui sont vos amis anciens, vous ont refusé les documents nécessaires à leur biographie, vous conjurant de ne point parler d’eux.
Ce sont là de nobles attitudes. Ils y avaient d’autant plus de mérite que le public parcourait ces articles, que le client guettait le nom de son docteur et pouvait bien douter de lui, s’il* ne le vo3’ait pas figurer à son tour alphabétique.
PREFACE
C’est une justice à leur rendre, presque tous nos savants d’aujourd’hui sont aussi fiers, aussi désintéressés que purent être les meilleurs gentilshommes.
Puisse votre volume avojr en librairie le même succès que lui ont fait les lecteurs du Figaro.
Vous avez eu la chance de rencontrer un éditeur qui est un savant, lui aussi, le distingué docteur Henry Labonne, explorateur de l’Islande, naturaliste de valeur, dont vous auriez pu dessiner le “ profil ” avec les autres. Il a illustré votre livre de portraits presque tous ressemblants ; il a complété votre texte par d’excellentes notices bibliographiques, et lui a donné de la sorte, avec plus de pittoresque, une utilité pratique..., dont il manquait peut-être un peu, soit dit sans vous fâcher.
Croyez, mon cher confrère, à mes sentiments d’amitié bien sincère,
Maurice de Fleury.
Paris, Avril 1891.
Docteur ABADIE