DOCTEUR CH. ABADIE
ABADIE (Char les), UC à St-Gaudens le mars 1S42. Interne des hôpitaux, en 1S6S.
Docteur en Médecine, en 1S70.
Chevalier de la Légion iP Honneur , en 18S1.
UN spécialiste pour commencer. Spécialiste intègre, hâtons-nous de le dire, universellement estimé, ophtalmologiste savant, clinicien habile, galant homme. L’un des méridionaux conquérants de Paris, et méridional de Toulouse, il doit à son pays natal un accent qui gasconne encore, une voix de ténor cultivée, une cave garnie d’excellent Villaudric, son fauteuil de médecin de l’Opéra, l’amitié de S. Exc. Monsieur le baryton directeur. Dilettante éclairé, par lui-même artiste, il protège les arts et patronne en haut lieu les chanteurs qui débutent et les compositeurs qui voudraient débuter.
Après une opération de cataracte délicatement parachevée, il lui arrive d’entonner, brandissant encore un ophtalmostat, l’un de ses grands airs favoris :
Je suis Sigurd, fils du roi Sigemond !
On affirme que cet heureux homme, sympathique à tous, savant estimé de ses confrères, praticien payé de ses clients, serait tenté de renoncer à tout cela pour faire... de la politique — naturellement, sous prétexte d’ouvrir les yeux* (au figuré) à ses contemporains sur leurs erreurs, et de s’essayer à guérir de leur aveuglement ses incurables futurs collègues de la Chambre !
M’est avis que ce serait peine perdue, et que mieux vaut se contenter d’opérer dans la clientèle, lorsque l’on a la chance d’en posséder une superbe!...
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Traité des maladies des yeux, z"- édition, 1876.
Leçons de clinique ophtalmologique, 1881.
Nombreux mémoires originaux in Annales d’oculistique et Archives d’ophtalmologie.
Nouveau traitement de l’ophtalmie sj’mpathique (communication à l’Académie), 1890.
Docteur AUVARD
DOCTEUR AUVARD
AüVARD (Pierre-Victor- Alfred), ne le S août à Piivval (Corrèze).
Interne des liôpitau.x, le 2ç décembre iSjg. Accoucheur des hôpitau.v, le juillet 1886.
IL appartient à l’aristocratique famille médicale des Beaumetz, et c’est un jeune accoucheur de talent.
Pas rien qu’un accoucheur, mais un gynécologue aussi, à la mode allemande. Au cours de ses nombreux voyages à l’étranger — en 1882, il est resté cinq mois à Leipsig, Dresde et Berlin — le !)'■ Auvard a pu se rendre compte de la manière de nos voisins, et c’est là qu’il a pris l’idée, fort heureuse à mon sens, d’amplifier son domaine scientifique.
Il s’est dit : “ Le métier d’accoucheur est dur dans la vieillesse; la science obstétricale est forcément restreinte, et les admirables progrès
de l’asepsie moderne permettent à un homme actif d’y joindre la science plus générale, plus vaste des maladies des femmes. „ Et il s’est fait en même temps chirurgien pour dames.
Par exemple, s’il a pris aux allemands l’idée de ce cumul, il ne leur a pas pris leur manière toujours un peu nébuleuse, théoricienne et mystique d’écrire. Je ne sais pas d’esprit plus net, plus limpide, plus clair. A sa clinique libre — où il a pour chef de clinique et aide principal mon charmant et distingué confrère le D'" Edmond Caubet — il enseigne de la façon la plus lucide, la plus pratique. Et il écrit de même : son Traité d’accouchements, que doit suivre prochainement un Traité de gynécologie, est tout ce que l’on peut rêver de plus facilement intelligible, de mieux fait en vue de former des praticiens quasiment infaillibles. Peut-être même peut-on faire à cette œuvre d’excellente vulgarisation le reproche d’être un peu trop simplifiée, un peu trop réduite au schéma. Tel que, ce livre n’en est pas moins un de ceux que les étudiants consulteront avec le plus de profit, un de ceux qui les guideront le plus sûrement dans l’exercice de leur profession, un de ceux qui leur vaudront de bonnes notes aux
examens.
Le D’’ Auvard commence à avoir une des clientèles importantes de Paris. Il est généralement aimé de ses clientes, pour sa grande douceur, son calme imperturbable et son extrême correction. Une seule chose en lui peut leur déplaire, la persistante odeur d’iodoforme dont sa chirurgicale personne est imprégnée. Il n’en demeure pas moins tout à fait sympathique au monde, en dépit d’une allure grave qui lui a valu le surnom de “ ténébreux „ ou “ taciturne „, et en dépit d’une calvitie accusée qui l’avait fait baptiser “ le Carme „ par ses camarades d’internat, et qui, dit-on, lui aurait fait manquer un mariage!...
Une anecdote donnera la mesure de cet esprit sagace, lucide et froid.
En 1886, il fut nommé aux hôpitaux dans les circonstances suivantes : il avait pour principal concurrent, pour menaçant rival, un candidat ancien déjà, et, comme on dit, très " pistonné „, très soutenu par le jury. Le concours allait être clos à points égaux, lorsque, à l’épreuve suprême, on donna à M. Auvard une femme à examiner, laquelle, de l’avis des juges, avait simplement des varices. M. Auvard eut l’inspiration de l’examiner de plus près, s’aperçut qu’elle était enceinte, fait