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C/ost de lui, mais de lui seul, que Ton peut dire : « Rien d'humain ne lui est étranger. »
Ce qui pour l'espace est si visible n'est pas moins certain pour la durée. Quelles que soient de môme les barrières qu'il vous conviendra d'élever, non plus de peuple H peuple et de province à province, mais de siècle en siècle ou d'année en année, il sera vrai de constater qu'il y a d'abondantes et larges communications, de fréquentes et continuelles dations, des exemples, des enseignements, qui ne s'arrêtent jamais, pas plus dans la civilisation intérieure d'un peuple vis-à-vis d'elle-même, que dans la civilisation extérieure de ce peuple en face des puissances ses alliées, ses voisines et ses rivales.
o2 APPENDICK A.
II. — Mais nous arrAterons-nous à cette surface des choses, et n'apercevrons-nous entre les trois vies d'une nation que ces rapports extérieurs, sensibles et matériels?
N'y a-t-il là que des assemblages, des contacts et des collections? Ce serait demander si la nature de l'humanité est une et simple. Or elle est complexe et double; et il nous faut saisir les rapports intérieurs, inconnus, obscurs, que soutiennent avec clles-mômes les différentes existences de la civilisation.
Ce serait en effet une science bien courte et bien erronée que de ne considérer qu'en eux-mêmes les temps et les lieux. Il y a ici un nouveau principe qui intervient d'une manière indivisible, c'est l'àme humaine elle-même, et par l'apparition de ce per-
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sonnage sur la scène, tout d'abord le spectacle entier va changer.
Il faut bien voir que les peuples qui nous entourent, par leurs mœurs, leurs gouvernements, leurs politiques, leurs conduites et leurs destinées tout entières, exercent une influence active et constante sur nos passions, nos consciences, notre intelligence, et qu'à la suite, nous ne pouvons pas ne pas être autres et dillerents de ce que nous étions auparavant.
Combien à plus forte raison ne doit-on pas en dire autant des actions, non point apparentes et saisissables, mais bien plus profondes Qt plus efficaces d'hier sur aujourd'hui pour le môme peuple; alors que demeurent, sinon invariables et identiques, du moins semblables ou analogues, le ter-
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ritoire, la race, la langue, la nature essentielle de tous et de chacun de nous? Dans cette seconde hypothèse, en effet, à la différence de la première, il semble qu'il n'y ait point plusieurs développements divers, mais une seule et môme évolution qui s'accomplit et s'écoule, perpétuelle, continue.
III . — Lors donc que j'envisage les destinées actuelles de la France, ma doctrine et ma théorie enseignent que ces destinées ont été déterminées non seulement par son existence antérieure, mais encore par l'existence voisine des pays européens. H y a là, en quel- ((ue sorte, selon l'expression de l'ancien droit, individuam vitœ socielalem. Il y a là comme une génération intérieure, comme une procréation intime et subsUintielle qui
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s'opère, la vie se faisant unie, et Tàme se faisant vie à son tonr. La civilisation en effet agit sur Tàme, l'impressionne, la modifie ; modifiée, elle rend, elle exprime un suc différent, une civilisation dift'érente. Il s'opère ainsi des actions et des réactions, des compositions et des décompositions, c'est une chimie; plus qu'une chimie, un organisme, une circulation, une assimilation ; plus qu'une assimilation, une intussusception, non plus animale et matérielle, mais une intussusception dans Tordre supérieur des idées, des sentiments, des volontés.
Le procédé consiste, pour bien comprendre en politique les influences, les efficacités, la puissance de Tespace et de la durée, de la géographie et de l'histoire, à faire apparaître un troisième terme par lequel tout
CiO APPENDICE A.
s'accomplit ot se réalise, l'amo humaine.
Alors il n'y a point seulement deux données, l'histoire et la vie actuelle, mais il y en a trois : l'histoire, l'âme et la vie présente. De même, il n'y a point seulement la géographie et les destinées nationales, il y a trois choses : la géographie, l'âme des différents peuples, et les destinées de chacun d'eux. L'espace et la durée étaient au dehors, je les fais passer au dedans, je les introduis dans l'âme, je les idéalise.
IV. — J'éclairerai ma démonstration par un seul exemple ; il est vrai qu'il est le plus grand que je puisse choisir.
Entre le christianisme et la civilisation, quels sont les liens? Il est certain qu'il y a
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(le premières relations extérieures et visibles, immédiates et directes; il est certain que la législation, les institutions, les enseignements, les préceptes, la morale de l'Église, ont exercé sur le cours de l'histoire et sur le sort des peuples une considérable, une décisive influence. Mais ce n'est là que le premier regard des choses, il faut apercevoir les attaches intérieures et permanentes du christianisme et de la civilisation. L'œuvre divine a été le rétablissement de l'union entre l'Ame créée et le Dieu créateur. Reliée à l'origine absolue, éternelle, infinie de toute vérité, de toute pureté, de toute sainteté, l'àme a été renouvelée, rachetée, réparée. Alors du fond d'elle-même, de sa propre substance, elle a fait sortir la lumière, la vérité, le bien,
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dans tous les ordres, dans toutes les œuvres et dans toutes les missions de la destinée humaine. Toutes choses sur la terre ont été changées et instaurées après l'avoir été dans les cieux, puis elles se sont développées diaprés les caractères et les dons de chacun des peuples de TEurope, et c'est ainsi que d'âge en âge s'est établie dans le monde la civilisation moderne. Nous apercevons par quelle œuvre intime et profonde, par quel renouvellement des âmes, par quelle régénération elle est venue du christianisme. Il y a là une cause et un effet, un principe et une conséquence, principe souverain, cause toute - puissante, quoique médiats et indirects, l'intermédiaire n'étant autre que la rédemption ellemême, intérieure, spirituelle, unique.
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(]e (|ue jn viens de dire du christianisme et de la civilisation, j'aurais à le répéter et je le répète, descendant de Tordre divin dans Tordre humain, pour chacune des parties de la civilisation dans Tespace et dans la durée, pour chacune des nations et pour chacun des siècles vis-à-vis des autres siècles et des autres nations.
V. — A la fin de Tannée I8G7, à Tautomne, j'avais traversé, dans Tune de ces courses rapides qui me sont familières, Stuttgard, Munich, Vienne, Pesth, Belgrade, Bucharest, Constantinople, j'étais arrivé à Athènes, et le 5 octobre au matin, je n'oublierai jamais cette date ignorée, je me trouvais au sommet du Pentélique. Depuis longtemps je me répétais à moi-même en mes
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longues et continues méditations la parole profonde de l'un de mes maîtres : « Raison, raison, n'es-tu pas le Dieu que je cherche?
Raison, raison, n'es-tu pas Thumanité que je cherche? Est-ce que l'espace visible et tangible serait tout l'espace? Est-ce que la durée matérielle épuiserait la notion, la réalité du temps? » J'avais autour de moi Marathon, Salamine, le cap Sunium, le Parthénon, plus loin le mont Parnasse, tous les enchantements, toutes les splendeurs de la gloire, de la civilisation, de la beauté , de l'art, de la pensée. J'étais enveloppé de cette lumière si brillante et si pure de TAttique. Les voiles se déchirèrent, l'Histoire et la Géographie m'apparurent dans leur vérité. Elles se dépassent elles-mêmes, elles ne sont point contenues tout entières dans
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les limites étroites des temps et des lieux.
Mais par leurs œuvres elles atteignent, elles pénètrent, elles transforment les Ames humaines, elles deviennent leur conscience, leur intimité, leur connaissance. Les âmes à leur tour renouvelées et éclairées se donnent et se répandent, elles créent les doctrines, les lettres, les sciences, les institutions, les lois, et il n'y a ainsi qu'une seule et môme vie, qu'une seule et môme âme, qu'une seule et même civilisation dans Tunivers.
PosT-ScRiPTUM. — Je définis en ces termes le système du monde ou l'histoire universelle : c'est la manducation du Aoyo; divin par le Aoyo; humain.
:i octobre 188«i.