‹ Nos historiens: Guizot, Tocqueville, ThiersChapitre 14 sur 17 · LA RÉVOLUTION ET LA RÉFORME · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION ET LA RÉFORME

ot nécessaires. Or, Thistoiro c'est la vie du genre humain.

L'histoire se compose d'une série indéfinie de naissances et de morts sous la loi d'un progrès continu. La figure des nombres nous en fournit comme un modèle et une ressemblance, des symboles et une allégorie.

En effet, les nombres se trouvent dans un perpétuel changement, un incessant devenir, des métamorphoses, une métempsycose sans limite et sans fin; seul l'Infini est absolu, permanent, éternel; l'humanité pour être immanente et stable, est-elle donc indéfectible, parfaite, immaculée? Elle se trompe et elle pèche, elle ment. Mais insistons sur ces apparences, cette figure des nombres. Pour que 6 se développe et grandisse, pour qu'il devienne successivement 7, 8, 9, il faut bien

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que sa forme s'altère, se décompose et disparaisse; il en est de même pour les peuples. Les quatorze siècles qui forment notre ère (comme tous les historiens, je la fais commencer, stricto sensu, en Tannée 395) ont à coup sûr leur unité, celle de notre ère elle-même. Cependant on peut y faire et y reconnaître des divisions. J'en ai établi une pour mon compte que je trouve commode; elle se compose de deux parties à peu près égales de sept siècles chîicune; le sommet, le point de partage des eaux et des siècles, c'est l'affranchissement des communes au xii**. En deçà, nous vivons sur nos triples origines, le Christianisme, les Romains, les Germains; au delà, ces trois principes se sont unis, môles, confondus ensemble, et ils ont engendré un principe nouveau, une sp-

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ciété nouvelle, la société précisément où les communes, jouant de plus en plus le principal rôle, deviendront le Tiers-État, les nations contemporaines avec leurs libertés publiques, leurs Parlements.

Passons, et conservons purement et simplement la vieille division des temps moyens et modernes. D'après la conception, la définition môme de Thistoire, le Moyen-Age devait vivre et mourir, les temps modernes devaient s'accomplir eux aussi. J'arrive d'un pas lent, mais sûr, à mes conclusions.

11 y a dans le monde des principes de composition et de décomposition, des éléments positifs et négatifs ; il faut, dit la Icjgislation romaine, « coUigare »; il faut «dissolvere ». Les substances toxiques, ainsi que nous l'enseigne la science, sont en même

temps des substances médicamenteuses. La révolution accomplie en France à la fin du siècle dernier et qui dure encore, qui a passé de la France dans l'Europe entière, je n'en conteste ni la grandeur, ni Futilité, la nécessité. Avant cette révolution, celle du xvi* siècle, la Réforme, je n'en conteste ni la grandeur, ni l'utilité, la nécessité; mais l'une et l'autre n'ont point été des œuvres de vie, elles ont été des œuvres de mort. Il fallait bien que disparût enfin le Moyen-Age; il fallait bien que périssent aussi les temps modernes, puisque tout périt ici-bas, sinon le genre humain et son âme immortelle.

La France surtout avait fait la civilisation européenne; la France surtout devait la défaire.

Je me résume et je donne mon sommaire pour cette note : 1 —L'histoire. est une série

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