‹ Nos historiens: Guizot, Tocqueville, ThiersChapitre 15 sur 17 · LA HÉVOLUTION ET LA RÉFORME · texte numérisé non relu

LA HÉVOLUTION ET LA RÉFORME

indéfinie et progressive de faits, de phénomènes, qui constituent la vie, non plus de l'homme, mais de l'humanité; 2— toute vie implique la mort; 3 — il y a dans l'histoire des principes de vie, des organes, des fonctions et aussi des principes de mort, des leucomaïnes, des ptomaïnes, de derniers souffles, de derniers battements ; 4 — laRévolution et la Réforme ont été grandes, utiles, nécessaires, et toxiques.

IL — Le sujet est immense; je ne veux m'arrèter en ce moment qu'à deux ou trois points essentiels.

Ne nous lassons pas de le répéter : la civilisation c'est naître, vivre, vieillir, mourir. En principe et sauf exception, ceux qui arrivent valent mieux que ceux qui s'en

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vont : « Que celui-là soit encore plus brave que son père », dit Hector à son fils dans la belle scène des adieux. Puis la poésie a répété, jusque dans ces derniers temps, ce qu'elle avait dît aux origines : « En avant par delà les tombes. »

La civilisation du Moyen-Age procède presque tout entière du Christianisme. Or, si l'Église tient sa tête dans le ciel, apparemment ses pieds sont fixés sur la planète terre; elle vit enfermée dans l'humaine nature. Ce n'était donc pas assez pour elle d'ajouter les attaches et les dons de la grâce aux liens, aux rapports permanents, essen^tiels, qui se trouvent entre Pâme créatrice et Tàme créée, entre le fini et l'infini; elle prétend encore régler et assujettir toutes • choses. On se souvient des luttes du sacer-

LA HKVOUniON KT LA HÉFORMK. O.i

(loc(3 et do l'Empire; leur retentissement, au travers des âges, se perpétue jusqu'à nos jours, et cependant elles ne sont qu'un cas particulier de la domination universelle h laquelle on a prétendu au dedans comme au dehors ; car, dans cette conception, la première des sciences, la philosophie, n'est plus que ancilla theologiii'y si bien que, hier encore, un dernier César, jaloux à ses débuts de complaire à l'Église, enlevait à In grande science son nom, pour ne plus l'appeler que la logique.

Comment pouvait fmir le Moyen-Age? En attaquant son principe même, l'Église. De là la Réforme. Aujourd'hui elle ne subsiste plus. Qu'est-ce qu'un temple, sauf ce qu'à Berlin et à Londres il peut conserver et retenir encore du Catholicisme ? Qu'est-ce

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qu'un ternplc? Une Université, une Sorbonne, où l'on enseigne la morale. Or, la morale suffit-elle à Thumanité? se suffit-elle à elle-môme? Revenons^ A la place de la raison qui servait, Luther, Calvin et les autres ont revendiqué, comme ils en avaient le droit, la raison maîtresse d'elle-même, non point dans les choses de la foi (là se rencontrent Terreur, la faute, Thérésie), mais dans les choses de la raison : les sciences, les lettres, les arts, l'histoire, la géographie, la politique, le droit, tout l'en- • semble des connaissances humaines. Aussi ce qui devait demeurer du xvi* siècle et ce qui demeurera, ce n'est point la religion * prétendue réformée; mais tout le surplus de l'œuvre : l'humanisme, la renaissance, l'imprimerie,, le nouveau monde.

LA lUOVOI.lITION KT LA REKOUME. 07

Je viens de diîsserter à rinstnnt sur les substances toxiques et médicamenteuses; transportées du domaine de la matière dans celui de l'esprit, en voilà ime première application, et en voici une seconde, qu'elles soient si Ton veut Tune le curare, l'autre l'oxyde de carbone.

Le principe du Moyen-Age était l'Église; la cause dans les temps modernes est l'État.

En face de l'Église, la Réforme a établi la raison; en face de l'État, la Révolution a proclamé les droits de l'homme et du citoyen. Dans les deux cas Toeuvre est la même, plutôt négative, destructive dans ses efforts et dans sa lutte; puis, sortant de cette thérapeutique, de cette clinique, de cette chirurgie, de ces ténèbres, l'humanité se réveille on des contrées embellies, sous ,un

«s APPKNDICK C.

ciel plus brillant et plus pur : ffdix rnlpa. 11 faut s'expliquer davantage. Que l'État ait été utile, indispensable, toutes les annales du genre humain Tattestent et le racontent; dans rOrient, en Grèce, à Rome et oiême de nos jours, que pouvait l'individu livré à lui-même ou à sa famille, A cette famille agrandie qui a pris des noms différents et que nous appelons aujourd'hui la commune? C'est à ce point que le premier des peuples de l'antiquité, si sûr de lui-même dans ses préceptes et ses définitions, disait : patriam^ parenteSy faisant passer avant toute chose, avant même nos pères et nos mères, la Patrie, l'État. Qu'est devenu au cours des âges ce personnage bienfaisant, nécessaire, et puis tyrannique ainsi qu'il arrive toujours? Je vais ici me mettre tout à fait d'ac-

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