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QUELQUES TYPES DE LA CIVILISATION

« Vivre c'est mourir », a dit Claude Bernard. Nos organes et nos tissus se trouvent dans un état permanent de transformations et de changements, ils se composent et se décomposent sans cesse, leurs fonctions les manifestent, les altèrent et les dépensent.

Ce qui s'accomplit pour la physiologie, pour la matière, se réalise de môme pour Tesprit, pour la psychologie; or l'histoire n'est que hi synthèse, la representation.de Tune et de

un APPKNDICK I).

l'autre; en histoire, vivre c'est mourir. Ce n'est pas seulement à Rome, mais dans rUnivers entier, que se succèdent et se rapprochent le jour et la nuit, la grandeur et la décadence; que la Roche tarpéienne est près du Capitole.

Je vais considérer quelques types de la civilisation. Un Juif, au \f siècle avant notre ère, récitait les psaumes A cusiodia matutina fisque ad noctem spore t hraël m Domino; il se nommait Télu de Dieu, il regardait avec fierté, en son humble et étroite colline de Sion, tous ces empires immenses de TÉgypte, de la Chaldée, de TAssyrie, qui pouvaient l'oppresser, le conduire en de longues captivités, mais non pas le détruire, puisqu'il attendait le Messie.

Un Athénien, au v' siècle, piassait sa vie

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dans les triomphes, les extases et les délices de l'esprit. « Si la navette pouvait marcher seule, il n'y aurait pas besoin d'esclaves, » a dit Aristote. Or, puisqu'il y avait pour un homme libre neuf esclaves, la navette tissait tout le jour pendant que les contemporains de Périclès passaient, des auditions et harangues de la tribune judiciaire, à celles de la tribune politique, puis aux représentations du théâtre de Bacchus, aux fêtes de Minorve-Athéné, aussi heureux que les

abeilles du mont Ilvmette sur ^es corolles

et dans les calices de ses (leurs embaumées.

Un Romain du f siècle, au Forum, était, lui aussi, un personnage bien extraordinaire. Parmi les temples, les portiques, les colonnes et .les arcs de triomphe, il se

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disait que les terres et les mers étaient ses tributaires; le monde connu, son domaine; le genre humain, son serviteur, son client.

Je passe au moyen âge. Quels chevaliers, quels héros, quels châteaux forts sur les collines, quelles cathédrales dans les cités, quelles châtelaines, quels chants et quelles poésies, quelles croisades; un Godefroid de Bouillon, un Tancrede, un Villehardouin, un Joinville, un saint Louis!

J'envisagerais de même les Médicis à Florence. J'évoquerais à Versailles un duc de Saint-Simon ou de La Rochefoucauld; mais je préfère résumer et conclure : deux civilisations, avec toute la différence qui sépare l'Ancien et le Nouveau Testament, ont vécu dans le tabernacle et le sanctuaire, dans la raison divine; trois civilisations se sont ac-

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compiles au Forum, à T Agora, au Palazzo- Vccchio, avec les lettres et les arts, dans la raison humaine. Puis il semblait qu'entre le moyen âge et la Judée d'une part; d'autre part la Grèce, Rome et la Renaissance, une fusion s'était consommée, et que dans toute TEurope, plus particulièrement en France, une civilisation définitive était inaugurée au \\\f siècle.

Or il n'y a rien ici-bas d'impérissable et de définitif; je prétends que nous traversons une crise redoutable, toute pareille à celles des xiv' et xv*" siècles, dans lesquelles se préparaient la chute du moyen âge, les fondements et l'élévation des temps modernes; je prétends que le Juif, TAthénien, le Romain, toute créature humaine ayant péri, le Prussien périra, qu'il entraînera avec lui toute

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cette Europe avilie, misérable, dégradée, qui l'a suivi, subi. Le Prussien, qu'il le sache ou qu'il Tignore, est, lui aussi, « Robespierre à cheval ». De toute manièn? il prépare la ruine de hi civilisation inaugurée en 1453, et la sienne propre; déjà dans la demeure des Hohenzollern, s'installent le

drame et les fatalités

J'arrive à ma prophétie pour les temps nouveaux : xxi® siècle, je te salue.

M aoùl 1888.

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