‹ Nos hommes de lettres [microforme]Chapitre 15 sur 40 · AE 2 RES · texte numérisé non relu

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dans ses autres productions littéraires, on trouve que sa lyre est aussi digne d’estime et d’admiration que sa plume d’historien.

Le nombre de pièces de poésie que l’on doit à sa muse charmante et féconde est considérable. $es nombreux essais qui sont autant de véritables poemes, sont disséminés dans divers recueils littéraires, mais surtout dans le Répertoire National. Ses principales productions poëtiques sont sans contredit, les suivantes: Le Canadien en France, Le voyageur (élégie), L’étranger, L'an 1834, Pourquoi désespérer ? La harpe, Le marin, La Pologne, Pourquoi mon âme est-elle triste ? Le réve du soldat, À mon fils, La Presse, Les oiseaux blancs, L'hiver, Le dernier Huron, Louise, (légende canadienne,) Le vieux chêne, Le papillon, Les exilés, et enfin, Le Voltigeur de 1812.

La plupart de ces essais poëêtiques sont imprégnés d'un patriotisme ardent et élevé, plusieurs renferment un arome de tristesse et de mélancolie qui reflètent bien le caractère tout à la fois tendre et viril du poëte et de l'historien.

Comme échantillon de son talent de versificateur, nous reproduisons ici le chant du Voltigeur de 1812, cet hymne guerrier, mélodieux et mélancolique si souvent chanté dans les familles canadiennes :

“ Sombre et pensif, debout sur la frontière, Un Voltigeur allait finir son quart ; L'astre du jour terminait sa carrière, Un rais, au loin, argentait le rampart.

Hélas ! dit-il, quelle est donc ma consigne? ... Un mot anglais que je ne comprends pas!

Mon père était du pays de la vigne, Mon poste! non! je ne te laisse pas!

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& Un bruit soudain vient frapper son oreille, Qui vive?... point. Mais j'entends le tambour, Au corps-de-garde, est-ce que l'on sommeille ? L'aigle déjà plane aux bois d’alentour,

Hélas! etc, etc.

‘# C'est l'ennemi, je vois une victoire...

Feu! mon fusil: ce coup est bien port!

Un Canadien défend le territoire, Comme il saurait venger la libert,.

Hélas! etc., ete.

# Quoi! l'on voudrait assiéger ma guérite !

Mais, quel cordon! ma foi! qu'ils sont nombreux! Un voltigeur, déjà prendre la fuite !

11 faut encore que j'en tue un ou deux!

Hélas! etc. etc.

Un plomb l’atteint: il pälit, il chancelle ; Mais son coup part, puis il tombe à genoux, Le :0l est teint de son sang qui ruisselle !

Pour son pays de mourir qu’il est doux !

H'las! etc. etc.

‘Ses compagnons courant à lu victoire,

Vont jusqu'à lui pour étendre leur rang ;

Le jour déjà désertait sa paupière ;

Mais il semblait dire encore en mourant:

Hélas! hélas! quelle est donc ma consigne ?

Un mot anglais que je ne comprends pas!

Mon père était du pays de la vigne.

Mon poste! non! je ne te laisse pas!

Pour vous, Canadiens, cet homme a sacrifié les honneurs, la fortune et sa santé. Il a vécu comme un patriote sincère et dévoué à son pays, comme un citoyen intègre, enfin il a souffert et il est mort comme un martyr! Il a plaidé, réhabilité et vengé la cause de vos ancêtres et la vôtre. Il a gagné votre procès devant le tribunal de l’histoire et vous a fait recon-

naitre par le monde entier. Mais il est mort en accomplissant cette œuvre de géant |

Dans la dédicace de sa traduction du poème de Byron, intitulé: Le prisonnier de Chillon, l'abbé H. R. Casgrain a fait remarquer au fils de notre historien national, la similitude qui existe entre Garneau et Bonnivard, sous le rapport des souffrances physiques et morales que tous deux endurèrent pour la défense de la cause respective qu'ils avaient embrassée. Cette comparaison est certainement exacte. L’historién Garneau et le prisonnier du Chateau de Chillon souffrirent tous deux en défendant une grande et sainte cause. Tous deux endurèrent un long et douloureux martyr moral et ph'sique, l’un de force, pour avoir combattu en faveur de sa patrie adoptive opprimée, et l’autre volontairement, pour réhabiliter son pays abattu et calomnié !

Paris à sa colonne Vendôme, son Arc-de-Triomphe; Londres est parsemé de statues de Wellington, et cependant, Napol‘on et l’émule de Blücher n'étaient que des marchands de chair à canon ; maïs pour vous tous, Canadiens-Français, Grarneau est plus qu’un héros, c’est le défenseur de votre nationalité! Sans lui, vous ne seriez rien aux yeux de l’histoire. Il vous à donné votre feuille de route dans la grande armée du progrès et de la civilisation. C’est lui qui vous a marqués du sceau national ! Grâce à lui, votre passé est exhumé, connu, veng, votre présent, votre avenir sont entre vos mains si vous savez suivre la voie visiblement tracée par la Providence ! EL tout cela vous le devez à Garneau!

Avant de terminer cette esquisse biographique

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de l’un de nos plus grands écrivains et de nos compatriotes les plus intègres, nous croyons devoir ajouter quelques détails que nous avons oublié de mentionner.

Garneau fut autrefois employé comme traducteur dans les bureaux de l’Assemblée-Législative du Bas- Canada. Quelques années plus tard, on le nomma greffier de la cité de Québec, charge qu'il a remplie pendant un grand nombre d'années et qu’il remplissait encore à l’époque de son décès, le 3 février 1866.

Durant tout le temps qu'il occupa ce dernier emploi, aussi honorable que difficile, jamais la moindre plainte ne fut portée. Il fut en un mot, le modèle et l'honneur des employés publics.

L'Institut-Canadien de Québec l'avait nommé son président honoraire, et il était membre honoraire de plusieurs sociétés littéraires tant du Canada que de l'étranger.

Crarneau a de plus, composé le récit de son voyage en Europe qu’il fit en 1830, mais ne l’a publié qu’en 1855 dans le Journal de Québec. Cette narration est très bien écrite et très intéressante. On y découvre

un esprit délicat, observateur et impartial des hommes et des choses.

Une simple tombe érigée par la reconnaissance de ses compatriotes est élevée à sa mémoire dans un cimetière, isolé, c’est quelque chose, mais ce n’est pas assez. Il faut que sur la place la plus apparente de leur sol, aux yeux de l'étranger, à l'esprit et surtout au cœur des Canadiens, une pyramide, une statue, une colonne, un monument quelconque, rappelle continuellement le souvenir de J'Hérodote du Canada !

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