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événements prodigieux, presque surhumains que l'auteur raconte avec une si n*le éloquence et une si complète impartialité de critique et de jugement, En un mot il s’est rendu digne de la grande épopée canadienne.
La plume qui a buriné ces pagés éloquentes et vengeresses, pleines de poésie et de virilité, est une plume vraiment patriotique, vraiment canadienne ; l'esprit qui les a dictées est un esprit éminemment pratique, élevé ; le cœur qui les a inspirées est un cœur noble et grand! L'amour de la patrie, l’orgueil de la race française et le pur sentiment national les ont fait éclore, les ont soutenues et vivifiées. Le souffle du génie et l'enthousiasme viril du patriote ont passé dessus. Il y règne et s’en exale un arome de terroir national, un parfum indigène qui réveillent et font frémir d’aise, de noble et légitime orgueil les fibres patriotiques du lecteur et surtout du lecteur Canadien- Français.
Somme toute, l'Histoire écrite ou plutôt sculptée par Garneau ressemble à l’un de ces majestueux édifices publics que l’on rencontre et admire en Europe. C’est un Panthéon, un Colisée, un Alhambra colossal où tout est combiné, placé avec art, avec symétrie. Les détails sont peut-être un peu surchargés, un peu confus, à cause de l’abondance même des beautés qu’on y rencontre à tout instant, mais l'ensemble est aussi parfait qu'une œuvre humaine peut le devenir. On comprend que l’Hercule qui l’a bâti, entendait travailler pour l'avenir ; car ce n’est pas une œuvre éphémère, fragile, et destinée à une vogue momentanée, mais un monument gigantesque
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dont la durée ne finira qu'avec le peuple pour qui il a été édifié !
De tous les grands patriotes qui ont contribué à défendre et à sauver du désastre notre nationalité, il en est deux qui apparaissent dans l’histoire et qui s'imposent encore plus que les autres, à la reconnaissance, an respect et à l'amour des Canadiens- Français : Papineau et Garneau. L'un, par su foudroyante éloquence, nous a délivrés des grifles de l'oligarchie ; et par son érudition féconde et patriotique, le second nous à sauvés de l'oubli! Ils nous ont tous deux, l’un par sa plume, l’autre par sa parole, illustrés, anoblis ét immortalisés comme peuple !
Le Discours préliminaire qui se trouve en tête du premier volume de l’AÆistoire du Canada, est écrit dans un style large et profond, à un point de vue transcendant et élevé. On y remarque cet esprit éminemment pratique et libérab dont s’inspiraient Montesquieu et les autres historiens philosophiques.
Nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire ici quelques extraits de cet admirable travail :
“L'invention de l'imprimerie et la découverte du Nouveat-Monde ébranlèrent, sur sa base vermoulue, cctte divinité (l’Alchimie) qui avait couvert le moyen âge de si épaises ténèbres. Mais Colomb livraut l'Amérique à l’Europe étonnée, et dévoilant tout-à-coup une si grande
portion du domaine de l'inconnu, leur porta reut-être le coup le plus funeste,
‘La liberté aussi, quoique perdue dans la barbarie universelle, ne s'était pas tout-à-fait éteinte dans quelques montagnes isolées; elle contribua puissamment au mouvement des esprits. En effet, l’on peut dire que c’est elle qui l’inspira d'abord, et qui le soutint ensuite avec une force toujours croissante.
“Depuis ce moment, la grande figure du peuple apparait dans l’histoire moderne. Jusque-là, elle semble un fond noir sur lequel se dessinent les ombres gigantesques et barbares de ses maitres, qui le
couvrent presqu'en entier. On ne voit agir que des chefs absolus qui viennent à nous armés d'un diplôme divin, le reste des hommes, plèbe passive, masse inerte et souffrante, semble n'exister que pour obéir: Aussi les historiens courtisans s'occupent-ils fort peu d'eux pendant une longue suite de siècles. Mais à mesure qu'ils rentrent dans leurs droits, l'histoire change, quoique lentement, elle se modifie, quoique l'influence des préjugés conserve encore les allures du passé à son burin. Ce n’est que de nos jours que les annales des nations ont refléchi tous leurs traits avec fidélité, et que chaque partie du vaste tableau a repris les proportions qui lui appartiennent. A-t-il perdu de son intérèt, de sa beauté ? Non. Nous voyons maintenant penser et agir les peuples; nous voyous leurs besoins et leurs souffrances ; leurs désirs et leurs joies ; ces masses, mers immenses, lorsqu'elles réunissent leurs voix, agitent leurs millions de pensées, marquent leur amour ou leur haine, produisent un effet autrement durable et puissant que la tyranie même si grandiose et si magauifique de l'Asie. Mais il fallait la révolution batave, la révolution de l'Angleterre, des Etats-Unis d'Amérique et surtout celle de France, pour rétablir solidement le lion populaire sur son piédestal.
‘“ Cette époque célèbre dans la science de l'histoire en Europe, est celle où paraissent les premiers des historiens américains de quelque réputation. On ne doit donc pas s'étonner si l'Amérique habitée par une seule classe d'hommes, le peuple, dans le sens que l’entendent les vieilles races privilégiées de l’ancien monde, la canaille, comme disait Napoléon, adopte dans son eatier le principe de l’école hist-rique moderne qui prend la nation pour source et pour but de tout pouvoir.
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“ Les deux premiers hommes qui aient commencé à miner le piedestal :} 4 des idoles mythiques, de ces fantômes qui défendaient le sanctuaire HE! inaccessible de l’inviolabilité et de l'autorité absolue contre les attaques
hi sacriléges du grand nombre, sont un Italien et un Suisse, nés par ant conséquent dans les deux pays alors les plus libres de l’Europe. ‘Laurent
Valla donna le signal au XV siècle. Glareanus, natif de Glans, marcha sur ses traces.
‘ La Suisse est un pays de raisonneurs, dit Michelet. Malgré cette gigantesque poësie des Alpes, le vent des glaciers est prosaïque, il souffle le doute.”
“ L'h'stoire des origines de Rome exerca leur esprit de critique, Erasme, Scaliger et d'autres savants hollandais vinrent après eux. Le Français Louis de Beaufort, acheva l'œuvre de destruction; il fut le véritable réformateur; mais s’il démolit, il n’édifia point. Le terrain était déblayé, le célèbre Napolitain Vico parut et donna (1725) son vaste système de la métaphysique de l'histoire, dans lequel existent déjà en
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germe du moius, tous lestravaux de la science moderne. Les Allemands saisirent sa pensée et l'adoptèrent; Niebuhr est le plus illustre de ses disciples.
“Cependant la voix de tous ces profonds penseurs fut peu à peu entendue des peuples, qui proclamèrent, comme nous venons de le dire, l'un après l’autre, le dogme de la liberté. De cette école de doute, de raisounement et de progrès intellectuels, sortirent Bacon, la découverte du Nouveau-Monde, la métaphysique de Descartes, l’immortel ouvrage de l'esprit des lois, Sismondi dont chaque ligne est un plaidoyer éloquent en faveur du pauvre peuple tant foulé par cette f“odalité d'acier jadis si puissante, mais dont il ne reste plus que quelques troncs décrépits et chancelan:, comme ces arbres frappés de mort par le fer et par le feu qu'on rencontre dans un champ nouvellement défriché.
“IT est une remarque à faire ici, qui semble toujours nouvelle tant elle est vraie, Il est consolant pour le christianisme, malgré les énormes abus qu'on en a faits, de pouvoir dire que les progrès de la civilisation, depuis trois ou quatre siècles, sont dûs en partie à l'esprit de ce livre fameux et sublime, la Bible, objet continuel des méditations des scolastiques et des savants qui nous apparaissent au début de cet époque mémorable à travers les dernières ombres du moyen-âge. La direction qu'ils ont donnée à l'esprit humain, n'a pas cessé depuis de se faire sentir ; ils ont continué l'œuvre de la généralisation du Christ, et leurs paroles, qui s'adressaient à la multitude, ne fesaient que se conformer au système du maitre. Le Régénérateur-Dieu est né au sein du pe:ple, n’a prèché que le peuple, et a choisi, par une préférence trop marquée pour ne jas être significative, les disciples de ses doctrines dans les derniers rangs de ces Hcbreux infortunés, gémissant dans l'esclavage de Romäins, qui devaient renverser aussi bientôt après leur antique Jerusalem. Ce fait, plus que tout autre, explique les tendances humaines du christianisme et l'empreinte indélébile qu'il a laissée sur la civilisation moderne ........ %
Ne croirait-on pas lire une page de Sismondi ?
En France, Garneau, comme historien, aurait certainement été jugé digne de figurer à côté des grands historiens de notre ancienne mère-patrie, tel que les Anquetil, les Sismondi, les Thierry, les Thiers, les ruizot, les Lavallée, etc. etc.
Voilà pour l'historien. Maintenant si on l’apprécie comme poëte ou, si l’on veut, comme versificateur, car il est aussi poête dans son Histoire du Canada que
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