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à être, lui aussi, blindé en baronet, n'a pas hérité du poignet d'acier, de la main de fer du cardinal-soldat qui tenailla la France au siège de Laochelle et tint, pendant plus de vingt ans, l'Europe à distance et en respect, ni d'une foule d’autres choses dont la plus importante est le génie. De sorte donc que, faute de mieux, il prend pour son sosie, son aller ego, maitre Pierre qui, s’il n’est pas digne de porter le capuchon, a prouvé, néanmoins, qu'il connaissait à fond l’art de faire capucher la tête et de faire casser la machoire de ses opposants! Lorsque l'écrivain se met ainsi en relief sous la défroque tapageuse d'un chef de bande, il faut bien le peindre avec la toilette dans laquelle il pose. Cela ne nous empêchera pas de rendre justice à ses talents et à ses qualités, même les moindres, dès qu'il s’en rencontrera.
Ce dictateur d’un nouveau genre se pose, ou plutôt, s'impose donc aujourd'hui à notre pinceau, et voilà pourquoi il reçoit les honneurs de la préséance sur d’autres écrivains qui les méritent encore plus que Jui.
Huot (Pierre-Gabriel) est né à Saint-Roch, de Québec, vers 1828. Son père était un honnête épicier de ce faubourg démocratique par excellence.
Après avoir terminé ses études au séminaire de Québec, Huot étudia le droit sous la direction de l’hon. Dunbar Ross, qui fut, pendant plusieurs années, député de Beauce et autrefois solliciteur-général du Bas-Canada. Craignant de ne pouvoir supporter les fatigues du barreau, vu la faiblesse de sa voix et le mauvais état de sa santé, il cessa d’ambitionner les lauriers de Démosthène, de Cicéron et de Berryer et
se mit à étudier le notariat. Mais notre saute-ruisseau possédait une plume qui n’était pas celle d’un notaire prosaique. Au sortir du collége, l'étudiant ayant senti pousser ses ailes, avait pris sa volée dans le champ des lettres. L'oiseau ne tarda pas à se faire connaitre et, surtout à se faire entendre. Ses débuts prouvèrent de suite, quels seraient plus tard ses chants et ses écrits, sa parole et sa plume. Il préluda par un chant magnifique consacré à la mémoire de l'infortuné C. V. Dupont, ce jeune littérateur si plein d'espérance et d'avenir, cet ami sincère et dévoué de Fournier, ce vaillant cœur, cet esprit d'élite, que le Saint-Laurent a saisi tout-à-coup comme une proie ! La muse d'Huot se montra digne du regretté défunt.
Huot n'avait pas seulement des goûts littéraires, il manifestait aussi des tendances politiques. Ses aspirations srandissaient. Il avait soif de bruit et de renommée.
Un jour, une assemblée publique eût lieu, il sy rendit et voulut pérorer, rais ces débuts oratoires ne furent pas brillants: un ndividu, nomme Gaspard Garneau, qui était un des soutiens du gouvernement de l’époque, fit descendre, plus rapidement qu'un écureuil, notre Lamartine canadien en herbe, d’une pile de planches où il s'était juché !
Ce fiasco ne le découragea point. D'orateur il devint journaliste et fonda à Saint-Roch, La Voix du Peuple qui, malgré une brillante rédaction, ne parut que quelques mois.
Vers la même époque, en 1850, croyons-nous, il établit, de concert avec ses amis, La Chambre de lecture de Saint-Roch. Huot était alors l’antagoniste
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de Cauchon. Autant celui-ci était conservateur dans son journal et révolutionnaire dans sa conduite, autant Huot se montrait libéral dans ses écrits et modéré dans ses actions. Le même contraste se voit dans Dorion et Cartier.
Mais si Huot était circonspect, s’il se ménageait et se mettait à l'abri derrière le couvert de ses amis dont chacun d'eux lui servait comme de plastron, en revanche, il ne les épargnait pas et leur faisait souvent risquer leur peau à son avantage.
Pour faire pièce aux libéraux, Cauchon se fit nommer patron de l’Institut Catholique de Saint-Roch, institution dans le genre du Cabinet de Lecture Paroissial de Montréal. L'inauguration de cet institut ayant été annoncé, Huot prépara une espèce de grande affiche sur laquelle il écrivit le programme de la cérémonie, mais à sa façon qui, certes, était loin de sentir l’orthodoxie. Il y régnait un esprit empreint de malice qui raillait jusqu’au sang Cauchon et ses adeptes. Un certain endroit du prétendu programme se signalait surtout par sa crudité blessante. A cette époque, Cauchon s’efforçait de se former un parti dont il voulait être le chef dans le parlement ; mais ses efforts étaient impuissants. Jamais il ne pouvait se faire suivre par d’autres que par son ami Chapais! Ses collègues nommaient ce parti ‘“/a queue. parlementaire de M. Cauchon.” Ce language était peu parlementaire, mais enfin avait l'approbation de nos législateurs ! Or, dans le faux programme, il était dit qu’à un certain moment, pendant la séance, Cauchon ferait voir publiquement, au moins un bout de ce fameux parti. Cela était dit d'une manière mordante
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selon les rieurs, mais très offensante et déplacté d’après les gens réfléchis,
L’affiche fut posée durant la nuit, et le lendemain, Québec, la ville des cancans et des commérages par excellence, battit des mains et s’amusa pendant huit jours !
Quant à Cauchon, il était, comme on dit, faché rouge ! Il arrachaiït, non pas avec la pointe de son épée, mais avec le fer de sa grosse canne, toutes les affiches qu'il rencontrait! Et certes il avait raison. Nous nous sommes laissé dire par une personne digne de foi, que même un des plus intimes amis de Cauchon, homme d’esprit mais malin et aimant un peu trop la grosse plaisanterie, riait comme un bossu quand il lisait le malencontreux programme, tant il est vrai que l’on est toujours plus enclin à rire un mauvais tour qu'à se réjouir d’une bonne action.
L'Institut catholique de Saint-Roch eut souvent à souffrir des espiégleries d'Huot et de ses amis. Un soir, on barbouillait l'enseigne, un autre soir c'était une niche nouvelle. Maitre Huot faisait des siennes et, comme on dit, jetait sa gourme en jouant les tours a 1n frondeur espiègle et malin.
es particuliers n'étaient pas à l’abri de ses malices Un jour, voulant ce venger d’un certain docteur homéopathe,—à ses yeux une véritable scie—il parodia Passé minuit, et fit jouer cette pièce comique, après l'avoir arrangée pour la circonstance. Inutile d'ajouter qu'il avait invité le docteur à la représentation !
Combien d’autres farces plus ou moins pendables, n’a-t-il pas jouées? Huot était ce qu’on pourrait appeler un vieux gamin,
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HüUor!. 107
Îl s'apercevait, cependant, que ces gamineries ne le portaient pas vite en avant. Il voulut tenter ‘un grand coup. Muni de chaudes recommandations de la part du docteur Harvey, libéral très influent, il brigua les suffrages des électeurs du comté de Charlevoix. Il avait pour opposant, le député actuel
de Montmorency, au parlement fédéral, l'avocat Jean Langlois.
À propos de cette élection on rapporte un fait qui montre bien Huot tel qu'il est et a toujours été.
D'un esprit adroit, rusé, subtil et toujours prêt à riposter, à parer, à recevoir ou à lancer des traits, Huot était un lutteur vraiment redoutable. Les moindres causes devenaient avec lui de grands moyens et produisaient des résultats étonnants.
Un jour, durant cette lutte qu'il faisait contre l'avocat Langlois, midi sonna pendant que l’un des orateurs parlait. Un des assistants insista pour que l'un des candidats dit l’angelus. Que faire ? Ni l’un ni l’autre ne s’en rappelait! Langlois ne disait rien. Huot prenant la parole dit aux assistants : “Je suis prêt à dire l’angelus, mais comme mon opposant est plus vieux que moi, cet honneur lui revient de droit !”
“ C’est vrai! c’esi vrai! répéta l’assemblée,
Langlois fut donc obligé de dire l’angelus. Malheureusement pour lui, ne se ‘rappelant que le premier verset, il resta court. Huot qui s'était, dans l'intervalle, procuré un livre de messe, et avait appris ‘ de nouveau, en quelques minutes, la salutation angélique, à l'insu de son adversaire, termina cette
prière jusqu'à l’oraison, aux applaudissements de l'assemblée !
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“ Cette prière, dit-il, m’a valu cinquante votes !”
C’est ainsi que les plus petits incidents produisent les plus grands effets !
La lutte fut excessivement vive. Le parti que P. G. Huot avait formé à Saint-Roch, et qu'il menait à sa guise, s'était porté en masse à son secours. Le comté était divisé en deux camps d’apeu près égale force: les Bleus et les Rouges. Pendant quinze jours, ce ne furent qu'assemblées, discours et bagarres, dans ce petit coin du Canada qui, topographiquement, ressemble à la Suisse.
La fraude, la corruption et la violence furent employées en grand. De plus, le sang coula.
Après vingt ans, on parle encore en frémissant de cette lutte gigantesque.
Huot fut déclaré élu, mais son élection ayant été contestée, il dut abandonner son siége de député et se présenter de nouveau devant les électeurs qui le réélurent. On vit Huot se ranger en chambre du côté de l'opposition, et devenir l’un des députés les plus marquants.
En 1857 il abandonna le comté de Charlevoix et sollicita les suffrages de Québec en compagnie de Marc-Aurèle Plamondon et F. Evanturel. Les candidats du gouvernement étaient le constructeur de navires Dubord, l'avocat C. Alleyn et le marchand Simard. Jamais élection ne fut plus opiniatrement contestée.
Deux Irlandais, Newman et Wallace, furent tués dans le faubourg Saint-Jean. Pendänt deux jours, Québec fut aux mains de la canaïlle. Il est juste de dire que les Irlandais avaient été les provocateurs
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et que la lutte se lit sur le terrain national. Huot ayant eu le malheur de verdre son père, quelques jours avant l'élection, ne prit aucune part à la lutte. En revanche, ses amis firent des prodiges, mais tout fut inutile : le gouvernement avait juré de remporter la victoire coûte que coûte. Aussi quinze mille votes furent-ils donnés dans une ville où lon en comptait à peu près trois mille !
Quelques années plus tard, Nir George Cartier ayant réussi à faire diviser Québec, Montreal et Toronto en trois circonscriptions électorales, Huot se présenta dans Québec-Est, en opposition ‘à l'avocat Pierre Légaré, A cette époque, Huot était très populaire et certes à juste titre. Il fut élu à une écrasante majorité. Depuis cette dernière élection, il s’est présenté plusieurs fois comme candidat dans Québec-Est, et a remporté de faciles victoires sur des adversaires peu redoutables.
Il fut aussi élu pour représenter dans le Conseil- Législatif la division électorale de Stadacona, mais œrace à un manque de formalité légale ‘ne nouvelle élection düt avoir lieu.
Cette fois Huot préta son influence à feu le père Baby qui avait l’honnéte Fournier pour opposant. C’est de cette élection que datent les regrettables dissensions qui ont déchiré le parti libéral de Québec.
Huot prétendait que Fournier aurait été proclamé unanimement dans un comté s’il avait voulu laisser élire le père Baby, que le parti conservateur consentait à cet arrangement, etc. Etait-ce le cas? Plusieurs furent dupes des paroles d’Huot, mais Fournier
refusa d’y croire, et l'avenir lui a donné raison.
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Le coin de la zizanie une fois entré dans le sein du parti libéral de Québec, ne tarda pas à le faire éclater. Le ministère McDonald-Sicotte, et, plus tard, le ministère McDonald-Dorion, furent formés sans qu’il fut question de choisir Huot pour représenter le le parti libéral de Québec dans ces cabinets respectifs, Huot était à cette époque, le seul député libéral du district de Québec, ou passant pour tel, qui eut un siége en Chambre. On lui préféra l’Hon. Evanturel et l’'Hon. Thibaudeau. Cette préférence répétée acheva d’exaspérer Huot qui, tout en ne se montrant pas, d’une manière ouverte, hostile aux administrations libérales, n’en commença pas moins à les miner activement dans l'ombre.
Enfin, quand la confédération fut établie, il jeta définitivement le masque et se déclara ministériel ! Quelques mois auparavant il se préparait, tous ses amis le savent, à entreprendre dans le district de Québec, une campagne contre la confédération ! Mais le gouvernement vit le danger, il fit taire et tenir tranquille l’agitateur qui perçait. L'avenir a prouvé de quelle manière on s’y prit pour lui fermer la bouche et le tranquilliser.
La principale raison que Huot allègue pour justifier sa trahison envers le parti libéral, c’est que les libéraux de Montréal faisaient et font encore de l'opposition pour satisfaire des haines de familles! Rien de plus faux. Si Québec avait toujours eu des députés aussi. énergiques, aussi désintéressés, et, surtout, aussi entreprenants que la majorité de ceux de Montréal, la vieille capitale serait aujourd’hui la ville la plus prospère du Canada. Que l’on compare les hommes qui ont en mains les intérêts des deux villes, et l'on
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ädmettra que l'opposition loin d’être systématique, faite à la légère ou pour des motifs condamnables, a toujours été raisonnée et conduite dans un but pratiqué. Huot était autrefois de cette opinion. Rappelons un peu ces beaux jours.
La plus belle, et, sans contredit, la plus glorieuse partie de la vie politique d’Huot, a été celle consacrée à la rédaction du National de Québec. Quelles
polémiques savantes, spirituelles avec Taché, Vidal et Fenouillet !
Un jour, tout Québec fut en émoi: une reñcontre au pistolet avait été arrêtée entre Vidal, rédacteur du Journal de Québec, et l’un des écrivains du National, Les trois rédacteurs avaient tiré au sort, et à Fournier était échu la tâche de se rendre sur le terrain. La rencontre eut lieu, mais l’: aire fut réglée, parait-il, sans que le sang coula, cur Vidal favorisé du sort, ayant l'avantage de tirer le premier, n’atteignit pas Fournier. (Celui-ci, toujours chevaleresque, envoya la balle siffler dans l'air !
L'inquiétude avait été grande à Québec, aussi la nouvelle de l’heureux retour des combattants fut-elle reçue avec joie.
Huot a été élu, en 1865, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, de Québec.
Depuis vingt ans et plus, il a constamment joué le rôle d’un agitateur et d’un intriguant politique. Pas une élection, municipale ou autre, ne s'est faite à Québec ou dans les comtés environnants, sa 3 que son influence occulte se soit fait sentir en faveur de l'un ou l’autre parti. Il profitait de toutes les occasions, s'emparait de toutes les questions pour faire. du
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capital politique. Il a berné les électeurs de Samt- Roch en leur faisant espérer la remise des arrérages de rentes dues par les occupants des terrains de la Vacherie ; en faisant croire qu'il ferait rendre justice aux déposants de la Cuisse d'économie de Saint-Roch ; en annonçaut l'établissement d’une société ouvrière dans le but de construire des navires ; en promettant de faire obtenir aux incendiés de Québec, en 1845, la remise totale des débentures! Il promit mer et monde, mais ne fit jamais rien! Une seule chose a été faite, cependant, mais par le gouvernement McDonald-Dorion : les incendiés ont obtenu la remise des intérêts de leurs dettes respectives, et des facilités libérales pour payer le capital.
Constamment occupé d’intrigues, d’agitations et de menées, Huot ne pouvait certainement pas s'occuper de littérature. C’est un malheur pour les lettres, car s'il fut resté dans sa sphère, il eût fait, comme écrivain, beaucoup plus que ce que l’on connait et admire de lui. Il était doué de talents littéraires qui, bien cultivés, auraient pu produire des chefsd'œuvres. Na manie, ou plutôt sa passion d’intriguer, lui prenait tout son temps. De plus, il était d’un caractère paresseux, négligeant, qui lui faisait sans cesse remettre le travail. Il projetait, mais n’accomplissait qu'à la dernière heure et poussé l'épée dans les reins. Voilà dix ans qu'il promet une histoire du gouvernement constitutionnel du Canada, .et la préface est encore à venir! On lui a reproché de préparer d'avance ses discours; le crime n’eüt pas été grand, mais il s’évitait ce travail. Il préparait d'avance dans son esprit ou improvisait ce qu'il avait à dire, Plus de préparation eût été certes préférable,
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it- Il n’a prononcé en Chambre que quelques discours, es et a prouvé qu'il aurait pu devenir un très bon la L discoureur, sil avait eu de l'énergie et du courage, ice | mais il s’est gaspillé, perdu dans la fainéantise du h : | cabinet de la pipe.
re Pour se convaincre de son magnifique talent ant poétique, il suffit de lire les admirables et patriotiques , la stances qu'il composa le, jour de la fête nationale du et 24 juin 1851, que le Canadien du 4 juillet de la même e à année, a reproduites, et que nous transcrivons ici : ent Le a AU PEUPLE.
tés sde Salut, Ô jour qui luis! qu'importe que les cieux Se brisent en lambeaux dans un vaste tonnerre, de Ou que de purs rayons s’y glissent tout joyeux; per O jour, que tu sois sombre ou brillant à la terre, ag Salut! car n’est-tu pas l'aube du souvenir ; pl es, 1 La grande et noble page où rayonne une histoire, ime N ; A : ; Ë Où le peuple se lève et fixe l'avenir, et Et déroule au soleil ses trois siècles de gloire ? ires efs- Le peuple a pris ce jour dans sa raison profonde, | Pour montrer qu’il est fort, pour qu’il soit respecté ; 1er, Que son drapeau frémisse au vent du Nouveau-Monde, "un Ce vent sonore et plein de chants-de liberté! Lars Pour saluer du cœur tous ceux qu’à notre plage à Jette le flot des mers, ou mornes ou joyeux ; Pour bénir ce qui fut; pour rendre un triple hommage ans Aux labeurs, au génie, à la foi des aïeux!.... oire are : Entendez-vous ?.,.. des chants, suave mélodie, la Ont rempli les saints lieux, des chants consolateurs ; $ de Et de l'orgue s’élance un torrent d'harmonie pas Sur des fronts inclinés, des flots de travailleurs ; gs C’est le peuple qui pense à cette âme féconde, Fi A ce verbe d'amour, douce et touchante voix, rait
Au martyr qui, pour mieux resplendir sur le monde, le. Mourat, élevé sur la croix!
Le temple s'est fermé sur toutes les prières, Et le peuple, debout comme un triomphateur, A formé sa colonne et levé ses bannières ; Place aux grands souvenirs qui planent sur le cœur, Et qui disent beaucoup plus que toute parole, A celui-là surtout, drapeau de Carillon, Que la poudre et le fer ont criblé, vieux trouçon, Que l'on porte comme un symbole !....
Oh! sur ce sol ta place est belle et grande à voir, 1 Car ton cœur et tes bras l'ont noblement marquée ;
Peuple, tu vins pourtant, tout faible et sans espoir,
Graver les premiers mots de ta forte épopée.
Oui; gloire à tes douleurs, à tes travaux passés!
Gloire !.... car il n’est pas, pauvre peuple qu'on bläme,
De. cités, de hameaux qui se soient élevés
Sans un peu de tes sueurs, de ton sang, de ton âme!
Non! tu n’as pas besoin pour briller sous nos cieux De tendre à ton berceau, ce foyer du génie, A ses pages de gloire, à ses bronzes tout vieux, À la superbe France une main qui mendie!
O peuple, ton passé qui compte un jour fatal, A ses sublimes noms qui rendent l’âme émue, Carillon, Chateauguay, Lacolle !.... piédestal Prèt à recevoir la statue!
Et de ce monument, à peuple, sois l’auteur ; L'avenir, c’est le bloc encor brut et sans ordre Où ta statue existe, où ton ciseau doit mordre! Fais le buste puissant, le corps d’un travailleur, Mets à son front le feu du penseur et du sage; Pétris-la de vertus, d'amour, de charité ; Oh! fais-la grande enfin,—tailles-la cette image Au moule de la liberté!
C’est un chef-d'œuvre du genre. Les vers sont pour ainsi dire ciselés. Les idées brillent et rayonnent. L'art domine dans ces vers qu'on dirait coulés d’un gu seul jet, bij
Parmi ces stances, si bien inspirées et si bien rendues, il y en a qui rappellent les plus belles strophes de Lamartine; et d’autres dans lesquelles on croit reconnaitre le libre et impétueux iambe de Barbier.
Maintenant qu'on lise cette charmante romance intitulée : La Huronne, et l'on avouera qu'il n’y a rien de mieux écrit et de plus gentillement pensé.
Brune et gentille est la Huronne,
Quand au village on peut la voir,
Perles au col, mante mignonne,
Et le cœur dans un grand œil noir.
Sa veine a du sang de ses pères,
Les maitres des bois autrefois :
Vive les Huronnes si fières , De leurs guerriers, de leurs grands bois ! } bis
Regardez-la dans l’onde pure Mirer son front brun et poli, Et la fleur qu’à sa chevelure Suspendit un amant chéri, Son œil tout chargé de lumières, Dicte alors de suaves lois ;
Vive les Huronnes etc.
De sa tribu presqu'effacée, Sous le beau ciel qu’elle aimait tant, Elle redit l’heure passée Auprès d’un sépulcre béant.
Sans cesse aux antiques poussières Elle donne son cœur, parfois.
Vive les Huronnes, etc ;
pour |
anent. Notre éminent artiste de Québeg, Célestin Lavi-
d'un gueur, a composé la partie musicale de ce charmant bijou littéraire, |
Quand on voit un aussi beau talent littéraire perdu, gaspillé, grâce à une mauvaise politique, n’a-t-on pas ‘aison de déplorer le mal que fait cette dernière. ?
Huot a souvent 6té accusé d'avoir fondé une société d'assommeurs appelée le Fanal rouge. C’est une calomnie. Jamais rien de tel n’a existé. La besace d'Huot est assez remplie d'iniquités politiques de toutes sortes, sans qu'il soit nécessaire de la surcharger inutilement. Il a des assommeurs qui le suivent et l’'écoutent, mais ce sont les dupes, les
victimes qu'il fait au moyen de l'argent des corrup- : teurs dont il est l'agent à chaque élection.
Huot parait plus redoutable en politique qu “il L n'est réellement. Il est plus facile à démolir qu’on : ne pense. C’est une statue d'argile que le premier : venu peut mettre en pièces s'il sait comment il faut d s'y prendre. Quand on le connait et que l’on sait de : quel bois il se chauffe, il est facile de le mettre à la S raison, aujourd'hui surtout, que la plupart de ses «
metlleurs amis l'ont abandonné. Et puis, s'il faut que les honnètes gens fassent un exemple en forçant cet employé public à rester neutre dans les luttes de la politique d'où il est censé s'ètre retiré, qu'ils le fassent. [ls savent ce qu'il y a à faire avec ceux qui, b
gardiens de la loi, s'en font les violateurs les plus H criminels. Il ne faut pas que les scènes dégoutantes Je qui ont eu lieu à la dernière élection du fameux hi Tourangeau, se renouvellent encore. Justice et pl protection égales à tous! telle doit être en cette ét circonstance difficile, le but et le devoir des autorités. Ve Les honnêtes gens seront alors satisfaits. * d
* Le triomphe de M. Pelletier a réalisé cet espoir,
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Mais revenons à l'homme littéraire. Huot a été l'un des principaux rédacteurs et l'on peut bien dire le principal écrivain de l’ancien National de Québec, Le souvenir de ce journal qui fit époque dans nos luttes politiques, est resté vivace dans l'esprit de tous ses lecteurs, et ils étaient nombreux. On parle encore aujourd'hui avec admiration, avec enthousiasme, des magnifiques articles que contenait cet organne libéral.
Ils étaient trois : T'élesphore Fournier, Marc-Aurèle Plamondon et Picrre-Gabriel Huot, tous trois pleins de jeunesse, de talent, d'énergie et d'avenir. Qu'elle: luttes de géants on faisait à cette époque de patriotique effervescence ! Que les luttes actuelles paraissent petites, mesquines auprès de celles-là ! Alors, par la seule puissance de la conviction, par la seule force du patriotisme, la population ouvrière de Québec, et, surtout, celle du populeux et libéral faubourg de Saint-Roch, composé en grande partie de vigoureux charpentiers, se levait comme un seul homme à la voix de ces trois tribuns-journalistes !
Plamondon était comme le Camille Dumoulin de ce triumvirat; Fou:nier personifiait à merveille le calme, la rigidité et la grandeur du plus pur républicanisme,—il y avait du Gracque chez lui—et Huot, plus souple, plus rusé, plus diplomate, trop même, rappelait Brutus, mais Brutus amolli, énervé, homme du monde, roué, blasé, car quelques années plus tard il prouvait qu'il était aussi du bois dont était fait le comte de Morny, et qu'il aurait pu remplir à la perfection le rôle de ce dernier à l’époque du coup d'état du 2 décembre. Plamondon était la
voix, le tribun, Fournier le guide, le conseiller, Huot F2?
tenait la plume et jetait aux quatre coins du pays les principes politiques dont ils étaienr les trois représentants les plus actifs, les plus zélés et les plus intelligents. Ces trois hommes ont tenu tout Québec libéral suspendu pendant dix ans à leurs lèvres éloquentes, et les yeux des lecteurs fixés sur leurs admirables écrits. Le bureau du MNational, fut, pendant tout le temps que ce journal parut, le rendez-vous, le cénacle politique de toute la jeunesse libérale de Québec.
Mais l’un des trois devait trahir, ce lat le moins soupçonné: Huot, Jamais homme public ne rencontra plus d'amis dévoués, prêts à se sacrifier pour lui de toutes manières, et ne les trahit plus lâchement et plus indignement. Jamais aussi homme politique n'est tombé avec plus de mépris aux yeux de ses ci-devant amis et de ses anciens adversaires devenus aujourd'hui ses complices. Ce misérable exploitateur politique a endormi le parti libéral de Québec pour mieux l’étoufler à son profit et pour l'avantage de ses fournisseurs ministériels !
Il n'avait pas la science profonde d'un Dessaules, ni les qualités politiques d’un Dorion, ni les capacités oratoires d’un Papin, mais il avait une excellente éducation littéraire, et surtout un certain talent diplomatique, une finesse d’esprit, une rouerie d’intrigues, une manière insidieuse, à lui particulière, de faire des prosélites qui étonnaient et parfois effarouchaient même les moins délicats de ses amis. Il serait devenu ministre depuis dix ans, s'il n'avait pas gaspillé ses beaux talents à monter de petites intrigues de clocher, s’il n'avait pas, surtout, exploité, trahi et ruiné ses amis politiques, et ne les avait pas
les rélus bec vres eurs
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aules, acités lente talent b d’inire, de farouserait t pas s intri ploité, it pas
lâchement abandonnés et sacrifiés ensuite dès qu'il les crût incapables de lui rendre service plus longtemps! Le parti libéral a été pour lui une véritable vache à lait, et ses principaux membres se sont saignés pour ce Judas politique !
Huot, n'est pas beau de figure. Il est d’une taille moyenne, mais svelte et un peu éiancée. Sa tenue est propre, recherchée et dénote l’homme du monde. Ses traits pâles, amaigris, basanés, revèlent le travail intellectuel continu, la tension excessive d'un esprit toujours en ébulition; malgré cela, sa tête est si bien posée, son front reflète si bien l'intelligence qu'il renferme, son regard est si scrutateur, que l'on est naturellement porté à l’observer et à l'écouter. Puis quand vous avez entendu sa voix mieilleuse, écouté sa conversation engageante, surtout, s'il a intérêt à vous captiver, à vous circonvenir, vous ne pourrez que très difficilement vous débarrasser de ses serres. Il vous tient déjà presqu'à demi. Ki vous revenez à lui, vous êtes perdu ! C’est un basilic que cet homme !
‘“ Donnez-moi deux mots de l'écriture d'un homme, disait Laubardemont, et je le ferai pendre!"
Huot pourrait dire :
‘ Laissez-moi cinq minutes en tûte-ñ-tète avec une personne, et je
ferai d'elle ce que je voudrai !”
Il est insinuant, rusé. Chez lui, il y a du renard et du serpent.
Après cela, est-il donc étonnant qu'il ait fait tant de dupes et de victimes? Quand les plus futés tombaient dans ses filets, on ne doit pas être surpris que les natures naïves ne vissent pas ses pièges,
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Huot a toujours été un vrai enjoleur politique, un blagueur de première force. Il a joué son rôle. C’est un Machiavel en petit doublé de beaucoup de Tartuffe et de Basile. C’est un égoiste et un ingrat envers le parti qu'il avait formé, discipliné et conduit. Ce parti lui devait beaucoup, mais lui, il devait encore d'avantage au parti. Il était tenu de triompher ou de succomber avec ses anciens amis, les libéraux. Il a préféré les trahir et les vendre. Voilà son crime, voilà sa honte! Voilà surtout pourquoi ses meilleurs amis rougissent maintenant de lui! |
Un Québecquois résidant aujourd’hui à Montréal, et qui a connu Huot d’une manière intime, disait
dernièrement :
IL m'a fallu dix ans pour percer le mystère de sa diplomatie ténébreuse parée d'une bonhomie pleine d’astuce; pour saisir, à travers les milles trames dont il entourait ses dupes, le fil qui conduisait à son but véritable; enfin, pour le connaitre à fonds. Quand j'eus la preuve qu'il n’était qu’un fourbe, il était trop tard pour le démasquer; il s'était fait justice lui-même : son adversaire d'autrefois, aujourdh’ui son intime, maitre Langevin, l'avait casé !
“ Après avoir lâchement vendu et sacrifié quinze ans de luttes honorables et glorieuses, il se faisait le valet de ceux qu'il avait jusque-là représentés comme des hommes avilis !
& En parlant ainsi, ajoutait notre interlocuteur, je n'ai ni haine, ni vengeance, ni rancune, pas la moindre amertume personnelle dans le cœur contre cet homme traitre au parti libéral, car je suis habitué depuis longtemps à regarder avec pitié ceux qui me trompent, et à me venger par l'oubli de ceux qui m'offensent; mais quand je songe au passé perdu par la faute de celui qui devait donner, sinon l’exemple d’un dévotement sans bornes, du moins une preuve de franchise, je re surpreads à désespérer de l'avenir de mes compatriotes! Quand ceux qui
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peuple fléchissent et abandonnent sa cause, est-il donc extiaoriirure que celui-ci, livré à lui-même, refuse d’être un héros ou un martyr? On dit que les peuples n’ont que ce qu'ils méritent, il serait plus juste de déclarer que les peuples ne sont que ce que les font ceux qui se mettent à leur tite!
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“ L'exemple du progrès et de l'honnêteté politiques doit venir d'en haut. Les peuples imitent leurs chefs!”
Et il avait, suivant nous, parfaitement raison.
En parlant ainsi, cet homme avait les yeux mouillés de larmes.
On a dit qu'il n’y avait jamais eu et qu'il ne pouvait y avoir d'homme politique honnête; c’est faux, car ce jour-là nous en avons vu un !
En voyant dans quel abime est tombé l’homme politique dont nous nous occupons et qui, comme écrivain, s’est élevé si haut et serait encore monté davantage, s’il avait fait son devoir d'homme public, ses ci-devant amis n'ont-ils pas raison de répéter avec tristesse :
4 Comment en un vil plomb l'or pur s'est-il changé ?”?
Par la trahison et la lâcheté !
L'idole étant, enfin, vendue et livrée, il ne restait plus qu’à l’enchâser. Le premier de juillet, 1867, jour anniversaire de la confédération, elle fut étiquetée comme une momie, et enichée au bureau de poste de Québec !
Huot est aujourd'hui commodément installé dans son bureau où, comme le rat de la fable, il songe au milieu de son fromage et en fumant, en désœuvré, le calumet ministériel, au nombre infini de dupes et de victimes que, dans le cours de sa vie publique, il a faites de gaité de cœur et de sang froid. Il peut dire et se vanter de trôner sur une véritable hécatombe d'amis politiques ! |
Ainsi finissent les traîtres !
Grand bien lui fasse et que ses nouveaux adorateurs