TE
CLotour n ‘était qu'à moitié fail.: 11 fallut déscendre. Le cuirassier se colla de nouveau le ‘dos au ventre de son cheval, puis descendit une, deux trois inarches : mais arrivé à, le cheval qui trouvait
un point d'appui sous ses pattes de derrière, se
cabra et se rabattit sur le pallier.
Des huces, des moquer les aceucillirent ce Mmouvement de la bête. Évidemment, le pauvre cuirassicr avait per, son pari.
+ Lui, son ri: int à es compagnons déjà triomp hants, reprend le cheval à dos et descend les escaliers à
reculons.
FE: à remont: int che >z lui, il trouva ses six boucilles de borde: aux dans sa chambre ; — mails $e08
compagnons s'étaient éclipsés.
“Je vais bien rire, tout de même, ge dit- il à part lui, puisque je ris le dernier. ?
Le professeur Day, de la Floride, rendrait. çependant des points au cuirassier de la garde. En 1853, M. Day était engagé comme volontaire dans l'armée sécessionniste. Un journal du temps en
parlait en ces terms:
“ M. Day jouit d’une taille de six pieds et demi anglais et ne pèse pas moins de trois cent dix livres ! C’est le plus bel homme de son régiment, —(nous le croirons sans peine,) et c’est aussi le plus fort de tout le pays. On l'a vu enlever, en se jouant, une balle de douze cents livres, sur ses épaules. Une autre fois, il a soulevé une barrique de whiskey jusqu'à la hauteur de ses lèvres et s’est mis à boire à même la bonde. ” On ne dit pas ce qui en est resté,
On cite encore de lui un exploit qui l’a fait condamner à cinq cents dollars d'amende, par la cour de Circuit de Landerdale. Voyant passer un de ses ennemis monté sur un jeune cheval, il saisit, dans une seule étreinte, l’homme et la bête, qu'il jeta, sans souffler, par-dessus une barrière.
Ajoutons — chose rare à mentionner, — que le Goliath Floridien est un savant, dans toute l’acception du mot, et que l’épithète de professeur, dont il fait précéder son nom, n’est pas un titre de convention.. M. Day est un profond mathématicien et un linguiste encore plus distingué. Outre les langues mortes qu’il possède à fond, il parle couramment six langues vivantes.
En France, on pourrait en faire indistinctement
un membre de l’Académie ou un tambout-major de la Garde. Que la Floride soit fière de son grand homme !
Au mois de juin 1865,— mourait à Dighton, un individu, que sa force prodigieuse a fait passer, dans tout le Massachusetts, à l’état de héros l4gendaire. Porter un pore gras sous chaque bras ; briser une barre de fer entre ses doigts, aussi Facilement qu'un tuyau de pipe; prendre une barrique de cidre, à la force des poignéts, et boire à la bonde, ces bagatelles n'étaient pour lui qu’un jeu, il ne s’en faisait pas gloire. Mais, on cite de lui des traits que la force humaine n’a jamais surpassés, où peut-être même égalés. En voici un exemple : Un charretier conduisait, aux environs du village, une tonne de charbon de terre : une roue se rompit dans le chemin ; le cheval s’abattit et se cassa la jambe ; le charretier courut aux habitetions pour chercher de l’aide. Quand il revint, le cheval et la voiture avaient disparu. On les retrouva, à cent pas de là, dans la clairière d’un bois qui bordaït la route, On cria au miracle; puis, quand toute la population fut accourue, Brigos se montra et rit au nez des paysans,
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Une autre fois; il se permit ‘une mystification
qui. faillit lui.coûter clier. Il y ‘avait, dans’ ‘une
éolise voisine, une cloche magnifique, don‘ d’une âme pieuse et qui pesait trois mille livres. Cette cloche tomba un jour du clocher, en effondrant les plafonds. On accourut, puis on remit au lendemain pour relever la eloche, qui n'avait point de mal. Le lendemain, en effet, des charpentiers furent appelés, une solive ajustée et des cordes passées dans des poulies pour enlever la masse métaillique ; mais au moment où elle commencait à quitter terre, elle se mit à sonner toute seule, et le battant à carillonner, comme en un jour de fête. Les ouvriers lâchèrent prise et la ‘cloche tomba lourdement sur le sol. Une sainte terreur s’empara de la foule qui crut la cloche ensorcelée. Ce fut bien autre chose encore, quand’ on la vit se soulever comme une boîte qui s'ouvre... Mais la panique ne dura pas longtemps; on netarda pas à voir apparaître Briges qui sortait de la ‘éloche comme il y était entré, Seulement, ilavait eu aussi peur que les assistants, quand ilavait vu retomber cette masse énorme qui l'aurait infailliblement
écrasé si elle avait tant soit peu: dévié de la verticale, sa
Vous aurez, sans doute, entendu parler de l'Hoïinme-Canon,'qui tomba, à Boulogne-sur-mer, non pas sur sa pièce, comme doit périr tout brave canonier, Mais sous sa pièce, comme un affût brisé.
Qui était F'Homme-Canon ? Un homme comme vous et moi, formé de chaïr et d'os, mais d’uue force extraordinaire.
L’Homme-Canon faisait charger à poudre une pièce de huit, puis l'enlevant à bras, il se l’a plaçait sur l'épaule. Un comparse mettait le feu à la lumière et le coup partait, sans que le canon bronchât plus que s'il eût été scellé dans un mur.
Après avoir étonné Paris de ses exploits foudroyants, l’'Homme-Canon, fuyant peut-être devant les canons prussiens, craignant peut-être d’être mis en réquisition, à titre d’affût, apparut en diverses autres villes, et surtout dans les grandes foires. C’est dire que l’'Homme-Canon était presqu’aussi bien connu en France, que Thiers et Gambetta, Un fait certain, c’est qu’il ne passait nulle part sans faire beaucoup de bruit, et qu'il s’est tiré ls canon plus souvent qu’on ne la tiré pour aucun souverain de l’Europe.
Le nom de ce titan qui portait la foudre, peu de personnes l'ont jamais su; mais ses affaires n’en prospéraient que mieux, sous la raison sociale d’'Homme-Canon. Tout Paris à couru pour lui, et certes, il en valait la peine. 1l jetait de la poudre aux yeux de tout le monde qui lui jetait de l'or en retour, Il chargeait son gousset en déchargeant son canon, La fortune ne ratait pas plus que son arme, Dieu l’a préservé d’un caissier aux pieds légers, et cependant, la grosse caisse battait inçessamment à sa porte :
Entrez Messieurs, Mesdames,
Venez voir ce que vous n'avez jamais vu ; Ua homme si charnu, si charnu, Qu'il'porte à dos un vrai cannon d'affût! ,
Et l'où enitait ‘en foule; et l'on sortait: émer-. véillé: : A Bouloswñe-sur:mer, on entra de; même en! foule, maïs on sortit stupéfié, épouvanté. . Un. coup terrible venait de dissoudre la société si bien établie, si fortement constituée de l'Homme-Canon. |
L'arme ctait chargée, ajustée sur l'épaule, la mêche. brûlait sur la lumière et le canon ne partait pas. L'homme attendit quelques instants, puis, croyant que le canon le boudait, il changea d’attitude, pour avoir raison de cette hésitation. Tout à coup, l'éclair jaillit, et l’homme roula sans vie sous la masse de fer. Il avait le crâne brisé.
La poudre était mouillée et le canon ‘avait fait long-feu. |
ne)
Ily a peu d'années encore, l’aînée des frères Macon, doué également d’une force prodigieuse, termina sa carrière d’une facon non moins misérable, : Une grande célébrité s’attachait à la famille Maçon, composée du père et des trois fils. Entre autres exploits des leurs; ils luttaiént contre deux, quatre et. jusqu’à six chevaux." 1ls sé :cetghaient.le corps, de plusieurs sangles, disposées de manière à présenter une plus grande :surfacs.au
PL'AOMME CANON 118:
chôc!' Une corde qui tenait à l’attelage était: attachée à‘ une de ces sangles. ‘ L'homme, deboût, saisissait des deux mains les barreaux d’une échelle fixe. ‘On faisait partir les chevaux lentement, à petit pas, jusqu’à ce que la corde fut raide—puis alors, on les fouettait à tour de bras. Leurs muscles sailliaient, leurs yeux s’injectaient, ils tiraient d'ensemble, à plein collier, jarrets pliés, mais presqu'aussitôt, ils chaient prise et reculaient impuissants, contre la résistance de l’athlète.
Et c’est ainsi, ‘ans une lutte de ce genre, que l'aîné des Macon a perdu la vie. Il y avait foire à Saint-Cloud, et il donnait ses représentations dans le pare. Six chevaux de poste, c’est-à-dire, six chevaux des plus vigoureux, percherons ou limousins sont amenés. Entourant de ses bras, un arbre d’une grosseur telle, qu’il lui fut possible, en l’enserrant, de se saisir le poignet d’une main, les autres préparatifs étant faits, il fit signe qu de était prêt.
Les chevaux, mal dirigés, sélaucbretit violeias ment: le choc fut terrible. : L'homme résista, müis'il s'affaissa sur lui-même, comme:un mur qui croule.: On courut à lwi.: :Il-avaït les deux bras désarticulés, à: ur Qualanes minutes après, ikétait mort. !: AUIG Où 19098914 & 91911184
: L'Amérique a donné deux émules à l'Homme- Canon. A la bataille de Gettysburg, un officier d'artillerie ayant avisé un plateau élevé qui dominait sur les corps ennemis engagés avec l'aile gauche de l’armée fédérale, se consultait avec ses hommes, pour trouver le moyen de hisser quelques
pièces, au sommet de l’éminence ; mais c'était une
opération difficile : le roc Ctait à pic, des deux côtés ; 11 n'y avait pas une pente accessible, nonseulement pour les chevaux, mais même pour les hommes. A peine, quelques anfractuosités, quelques fissures permettaient-elles de poser le pied, et quelques racines pendantes offraient-elles un appui: pour s’aider des mains dans une ascension périlleuse. Au moment où l’entreprise allait être abandonnée, deux frères, restés jusque là silencieux, s’avancèrent et dirent simplement à l'officier :
‘ Capitaine, si vous voulez le permettre, dans un quart d'heure, vos quatre pièces seront en batterie là-haut.” Et à l'instant, ils se mirent à l’œuvre. Sans rien dire, l’un des frères dégagea les tourillons d’une pièce, la souleva de son affût et la chargea sur son épaule : l’autre frère prit l'affût de même, et: tous deux, agiles comme -des chamoïis, escaladèrent , le, sommet du rocher avec. autant d’aisance que s'ils avaient monté une échelle avec
ommeofficier domil'aile "ec ses clques it une deux nonur les quelpied, $ un nsion b être ieux,
dans bat- Aavre.
uri]harit de nOÏS, tant 1VEC
un fusil sur le’ dos. Ils redescendirent etrémbntèrent ainsi, sans plus de gêne, aux applaudissements de leurs camarades ébahis. L'ouvrage fait, ils suspendirent des cordes aux pièces, et les soldats montèrent l’un après l’autre, sur l'espèce de donjeon improvisé d'où ils dominaient le champ de bataille. Cette batterie a, assure-t-on, produit un effet terrible et considérablement contribué au succès de la journée. Chaque pièce et chaque affût pesaient peu près huit cents livres.
On s'étonne parfois de voir le peuple canadien courir en foule au cirque, donner toute son admiration aux jeux athlétiques, acrobatiques et autres du même genre. Les plus pauvres, les besoigneux trouvent une pièce au fond de leur gousset pour payer l'entrée du spectacle. Il n’y a pas de pain sur la planche non plus que sur la table, mais les enfants se disent : “ Papa va voir le cirque et il nous contera tout ca.” Ils soupent avec cette espérance et s’endorment heureux. Le père, lui, remplace le souper absent, par un nœud qu'il fait à sa ceinture : il n’en est que plus léger pour se rendre au théâtre. Toute une semaine durant, on se pas-
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sera, de chandelle, à. la. veillée,, mais ;qu'iñporte cela ? N’aura-t-on pas .vu,,un, soir, et:quel ‘beau soir que celui-là ! à la clorté de mille bougies, un Blondin, des Hanlons, les Japonais, les Chinois, les Bédouins, et qui sais-je encore, de tout ce monde de funaibules, de sauteurs, d'équilibristes, de baladins, de saltimbanques, d'écuyers, d'écuyères, de bouffons, ete., que chaque automne nous amène aussi régulièrement que les oiseaux de passage ? Longtemps on s’en rappellera, longtemps on se contera, pour éclairer le foyer sans lumière, les prodiges de cette veillée-là. Celui qui aura su le mieux apprécier, admirer et saisir le déploiement de force, d’agilité, d'adresse que requièrent l’exécution des tours les plus hardis, deviendra le héros du jour. Thiers, comme historien, ne tire-t-il pas sa gloire des haut-faits de. Bonaparte ? On : se couche, bien des soirs, là-dessus; l'imagination remplie de brillantes images, qui vont se reproduire, avec des reflets féériques, dans les rêves de:la nuit. | (
Panem et circenses ! criaient les Romains; au passage de leurs maîtres. Enfoncés les Romains puisque nous nous passons de pain pour aller au cirque.
On s'étonne surtout, lorsqu'à côté du saltim-
à porte ‘beau es, un xinois, ut ce ristes, yères, imène sage ?
on se re, les su le ment xécuhéros l pas n se reniuire, e-la
s;au ains.
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tim
banque qui compte ses spectateurs par milliers, on voit l'artiste du plus grand renom, le savant reconnu, l'orateur élorant, exécuter, lecturer et pérorer, suivant le cas, devant des stalles et des bancs vides, s'ils ne sont galamment remplis par des billets complimentaires, dead heads, comme les appelle l'Américain, qui ne voit plus de vie, là où il n’y a pas d'argent. On s'étonne de bien peu de chose et sans raison, ce me semble. Car, sur l'arbre de la vie, chacun cueille le fruit si rare du plaisir, comme il letrouve, À sa portée. Mettez un enfant dans un verger. et de suite vous le verrez courir aux branches les plus rapprochées, en enleverle premier fruit venu, et fût-il le plus vert et le plus véreux de l'arbre, y mordre cependant à belles dents et s'en rassasier avec délices. Ceux qui, moins heureux, n'auront pas accès dans l’enceinte, se contenteront des fruits que le vent aura jetés dans la boue du chemin.
Donnez-nous des théâtres nationaux, des salons, d2s maîtres dans les sciences et dans les arts, des écoles par conséquent, des fortunes de longuemain amassées, le luxe qui s’en suit, une noblesse, une cour, et nous vous fournirons un public pour ces artistes, ces philosophes, ces orateurs, jusqu'ici incompris. Peuple-enfant, nous sommes gour-
mands,:et nous cueillons et mangeons le ‘premier fruit venu. Il faudra tous les raffinements de cila -ivilisation pour nous donner les goûts plus ‘déhcats de nos aïnés d'Europe, qui sont des gourmets, eux. CILR Lo EE 299
Mais, vous le dirai-je ? En face des bouléversements d'Europe; je ne, déplore nullement pour nous, cette absence de théâtres, d’opéras, de:chairés publiques, de salons, d'auteurs: applaudis, de philosophes, d'artistes, enfin, de tont.le clinquant de la civilisation, Pouravoir voulu cueillir la pomme de plus mûre, au plus haut de l'arbre, Paris:a fait une,chute dont ilse sentira longtemps. Aice prix, je préfère de beaucoup manger des pommes vertes. Allons, courons encore au cirque. |
Nous aimons le cirque, avouons-le; peut-être l’aimons-nous un peu trop; mais ce, goût ou cette passion est un héritage qui nous vient en droite ligne, je l'ai déjà dit, des hardis découvreurs ou des preux, des Cartier, des Champlain, des Maïisonneuve, des Frontenuac, , des Vaudreuil, des d'Iberville, des Boucher, des Lemoyne, des Lacorne, des Salaberry, des Taché, des de Léry, des Du-
chesnay, et: de cent autres qui: ont gravé) leurs
rU'HOMME CANON
noms dans notre histoire avec la pointe: de leur
épée ou qui ont enlevé leur: fortune au bout du bras, comme nous disons au Canada, : A côté de ces valeureux chevaliers et hommes d’armes,’parurent les trappeurs et les coureurs des bois ; après ces derniers vinrent les voyageurs et Îles hommes de chantiers, qui tous on voué un culte particulier à la force physique de l’homme. Notre peuple tout entier partage avec eux ce sentiment d’ade miration:exagérée, pour les lutteurs et surtout pour les pugillistes. ::Le :chevalier! avait l'épée, | leb trappeurs la carabine, :et nous, nous :avons'ilà savate, le: bâton et le poing. | Hg 0
Je le dis à regrèt, mais c’ést un fait notcire, que nos premiers hommes d'Etat sont bien moins connus, dans le pays, que les Voyer, les Montferrand, les Letendre, les Gobeil, les Morin, les Poitvin, (Vital}, les Ledüc (Penom), et maints autres chevaliers du coup de poing. Depuis Gaspé jusqu’à la rivière au Beaudet, il n’y a pas un enfant de dix ais qui ne connaisse le nom de Montferrand ét peut-être aussi quelques-uns de ses exploits, ÆEn quelqu’endroit que l’on prononce ce nom, de suite, leg oreilles se dressent, l'intérêt et la curiosité s’éveillent, et il n’est rien de si merveilleux qu’on
en raconte, qui ne soit cru sans hésiter comme article de foi. Les panégyristes populaires en ont profité pour mettre à son crédit une foule d’histoires et de hauts-faits du genre, qui lui sont parfaitement étrangers, pendant qu’ils défigurent ou dénaturent à plaisir, ses exploits réels. Autant de récits, autant de versions différentes. Ils ont fait tant et si bien, que dans leurs légendes amphigouriques, la vérité est restée absolument insaisissable,
C’est de son portrait que l’on a le plus abusé. On en fait un véritable ourang-outang, mais un ourang-outang d'une taille démesurée. “Il était
grand, disaiït-on, grand! oh grand comme on ne voit pas d'homme. Il avait les bras si longs qu'ils lui descendaient à six pouces au-dessous des genoux, Sombre, rêveur, toujours seul, jamais on ne vit pareil ours. Il ne sortait de lui-même, que
pour hurler, se battre et tout briser. ”:
Combien différent de cela, je l'ai connu, lorsqu'il demeurait dans la rue Sanguinet, un peu ‘au-delà de la rue Sainte-Catherine. C’était en 1863. Il venait d'épouser Esther Bertrand, qui avait été élevée, chez un de mes oncles, Abraham Boyer, de Beauharnois. Esther et moi avions toujours vécu en bons termes, au temps de l'en-
“! vtt 2 1 DIHON BUMNOH
: 4 HOMME: CANON ; roscÜ28
fit
füncé ; élé m'aceueillit avec plaisir, Je vis ainsi à loisir, lé vieil ours dans sa tanière. Quelle bonné tiature ! quel cœur généreux ! quel brave homme! en un mot, Et pas de forfanterie, pas d’ostentatation. Lui parlait-on de son passé, il nous disait aveé humilité: “Oh! j'ai été un grand misérable et je n'en repens sincèrement. Puisse Dieu me pardonner les misères d’une vie que j'ai traînée si longtemps inutile et souvent nuisible.” On n'en tirait rien de plus sur ce sujet. 11 avait presque honte de ce que nous appelions sa gloire.
Toutes ses affections, toutes ses jouissances d'alors se concentraient dans le berceau où vagissait son enfant. ‘Il n’était pas encore vieux, mais il avait tant rudoyé son corps, que les infirmités l'avaient courbé avant l’âge. A le voir passer, on aurait dit un homme de taille moyenne, mais lorsqu’il se redressait en se raidissant contre ses rhumatisgmes; il thontrait une taillé d'environ six pieds et deux poucés. Ses bras, dont on à tant parlé, n'étaient pas d’uné longueur démesurée. S'ils arrivaient aux genoux , c’est au plus, et bien sûr; ils ne les dépassaient pas. Qui ne l’a vu chemmer lentemént, la tête enfouie sous un Vaste feutre gris, sans souci des regards des passants qui s’attronpaient parfois pour le suivre et le mieux
124 NOS HOMMES FORTS voir ? Indifférent à ces ovations, il allait droit devant lui, faisait ses petites affaires et ren-
trait à la maison, sans paraître avoir fait cas de [a curiosité dont il était l’objet.
Il-s’éteignit doucement, en 1864 ou 65. Un très petit nombre d’amis suivirent son corps au cimetière, Sa femme, quoique très jeune, mourut peu de temps après lui. Leur unique enfant, âgé de huit ou neuf ans, était à demi paralytique. Ses jambes refusaient de le porter, mais ses bras étaient d’une force prodigieuse. Vit-il encore ?
Le Joe Monferrand du peuple est un tout autre homme, chacun le sait. Ila dù sa célébrité à sa force et surtout à son extrême agilité. Il avait le pied plus dangereux que le poing. À preuve, ce fameux moricaud dont il brisa la mâchoire d’un seul coup de pied. : Montferrand était alors dans toute sa gloire. Un nègre immense, colossal, un boxeur émérite qui avait poché toute l'Angleterre, voulut échanger avec lui quelques horions savants. Montferrand accepta la politesse, à une condition toutefois, à la condition que le nègre ne ferait pas le bélier, qu’il ne jouerait que du poing. De son côté, le champion canadien s’engageait à ne pas Lever le pied contre son adversaire,
lait renle {a
Un 3 au urut , ÀgÉ . Des bras ?
iutre à sa ait le 2, ce d'un dans , un erre, ants.
ition pas Be son pas
L'engagement eut lieu, les coups de poing pleuvaient, drus et forts, de part et d'autre: le nègre ne blanchissuit pas sous les coups de Montferrand, mais se sentant trop chauffé, il voulut donner de la tète, Mal lui en prit, car Monferrand évita la tête et lui donna du pied au passage, assez, pour qu’il eût son compte. Le nègre y perdit la mâchoire, et avec la mâchoire, ce quelque chose, que les boxeurs n’ont pas l'air d'estimer Leaucoup, et que cependant, 1ls appellent comme nous, la vie,
Un homme fort, comme il s’en rencontre peu, ce fut le Colonel de Salaberry, le héros de Chàteauguav. On m'a raconté qu'il se faisait un jeu de se promener, par les rues de Montréal, portant un quart de farine sous chacun de ses bras. I] tenait tte force de son père, et ses deux fils en ont aussi hérité,
Cependant, M. Charles me disait un jour:
“ Vous savez que je suis d’une force plus qu’ordinaire, au poignet. Eh bien ! je ne résiste pas une seconde, contre M. T.., curé de B... Et remarquez ! que je connais les tours, tandis que lui, n’en soupçonne même pas l'existence. Jugez alors de sa force. Ilest bien heureux, je vous assure, qu’un tel homme soit un ministre de la paix.”
Laissez-moi maintenant vous esquisser une scène vraiment patriarchale, dont M. Petrus Labelle fut un des acteurs, s’ils n’en fut pas le héros.
Le père de MM. Petrus Eabelle, Jean-Baptiste, Auguste et Joseph Labelle dépassait de quelques années la cinquantaine. Il avait laissé derrière lui, bien loin, trop loin, pour que ses fils eussent été témoins de; ses prouesses, la réputation d’un lutteur incomparable. Cette. réputation avait duré,
sans qu’il prit la peine de. la soutenir par.de non-
veaux exploits. j m1)"
C'était un jour de l'an. Ses fs, amivés à l’âge
.RETRUS, LABELLE . 127
d'homme se trouvaient de grand matin réunis à la maison paternelle. La bénédiction traditionnelle une fois demandée et donnée, le père leur dit : “ Maintenant, mes enfants, je veux vous accorder à chacun de vous une faveur, suivant mes moyens, bien entendu. Vous êtes du reste, assez raisonnables pour ne rien demander que je ne puisse vous donner.
“ Toi, Jean-Baptiste, que désires-tu ? à
— Je désire, papa, que vous me permettiez de | me marier, dans le courant de l’année ?
— Avec qui comptes-tu te marier ?
— C'est une jolie fille et une bonne enfant.
Marie-toi et je serai content.
| — Avec Héloïse Leclerc, papa. |
— Et toi, Auguste ?
tiste, . + Moi, je voudrais que vous me donneriez une entreprise, une église ou une grande bâtisse à
construire à mon profit.
rs Tu es jeune; mon cher Auguste, mais le cŒur ne té ‘manque pas, la a rt non rs ‘tu auras ton entréprise.
7 À ton tour Petrus. .
Petrus avait alors vingt ans. Il était d’une forte carrure, d’une agilité bien rare. Comme lutteur, il n'avait pas encore rencontré son égal. On disait de lui. “Il va relever le père.” Seule la renommée de son père planait au-dessus de la sienne. Sans en ôtre jaloux, il était toutefois fort intrigué de savoir, si, bien vrai, son père avait pu être aussi fort que lui. Aussi, en s’entendant dire, “ À ton tour Petrus,” il n’hésita pas. Se jetant aux genoux de son père, il lui dit : “ Pardon papa ! pardon d'avance pour ce que je vais vous demander ?
— Et qu'est-ce que ca peut done être de si extraordinaire ?
Le cœur ému, la voix altérée, Petrus repris :
‘“ La seule faveur que je vous demande, et je vous la demande à genoux, c’est de vouloir bien colleter avec moi.
Le bon père Labelle, en relevant Petrus et riant de bon cœur, lui dit: “ Mais tu es trop jeune mon cher Petrus ; tu dois, du reste avoir autre chose à me demander ? ”
— Pardon papa, je ne vous demande que cela.
— Tu y tiens à tout prix ?
— J'y tiens, de préférence à toute autre chose,
d’une e lut- | On ule la de la [s fort it pu dire, ; AUX
apa !
man -
et j e bien
“PETRUS JABELLE . . 129
Alors, soit ! il ne.sera pas dit que je t'aurai refusé, lorsque j'ai accordé à tes frères, suivant leurs désirs. Je ne me suis pas colleté depuis vingt ans, maïs je dois m'en rappeler encore assez, pour te donner la lecon que tu demandes.
— Ce n’est pas une lecon que . ...
— Ta! Ta! tu ne sais pas ce que tu dis. Allons es-tu prêt ?
Et le père et le fils se saisirent à bras le corps, tendirent les muscles de leurs jarrets nerveux, roidirent leurs bras. Alors, le père dit “ Y es-tu”? «J'y suis.” Et v’lan! le fils roula par terre.
Il se relevait aussitôt, un peu penaud, mais protestant qu’il avait été pris par surprise, que ce coup là ne devait pas compter.
— Comme tu voudras, mon enfant, mais soyons vifs, car le déjeûner refroidit.
Nouvelle prise, nouveaux enlacements.
— Es-tu bien prêt cette fois, reprend le père ?
—Oui, ça y est.
—Bien sûr ?
—Oh! pas d'embarras.
Et vlan! Petrus roulait à terre pour la seconde fois.
© Vous êtes mon ‘maître, dt î humblement à son
père, en; se relevant.
Allons déjeûner maintenant, mes enfants, ét ne dites jamais à personne que je me suis colleté avec Petrus aujourd'hui. Mais je t’oubliais, mon cher Jo. Que vas-tu me demander toi ?
—Après Pétrus, ma foi! il ne me reste plus qu’à vous demander le fouet, ce me semble.
— Le fouet! eh bien! c’est bon, tu lauras, maïs j'y ajouterai le cheval, la voiture et le harnais — et ec s-bien que tu seras ‘bien moins favorisé que us ia été ton frère Petrus.
….Te ne suis pas jaloux, papa. Je vous remercie pour le fouet et surtout pour la mèche que vous y mettez.
Puisque j'ai parlé de lutteurs, il me faut bien dire un mot de Rabasson. Re
Rabasson arrivait À Paris, en 1851 ou 52, venant, on né sait d’où, apportant son talent à ce grand foyer d'admiration, d’eù rayonne incessamment la gloire, sur le reste du monde. IL venait disputer au Terrible Savoyard, à l'illustre Arpin, à l’Ours des Pyrrénées, le titre de champion des
s, t Fra
à son
ét ne avec | cher
plus
maïs is — t0risé
IS reque
lutteurs de l’Europe, que ceux-ci s’enlevaient à tour de rôle, suivant les chances ou les accidents du jour, KRabasson était jeune, presqu’imberbe ; à peine comptait-il vingt-cinq ans. Dès qu’il parut sur la scène, en face du Terrible Savoyard, sa rare beauté physique, la souplesse et la grâce de ses mouvements lui valurent toutes les sympathies, mais à ces sympathies se mêlait tout
d’abord, un sentiment de pitié, presque de com-
passion. On le trouvait si petit! et de fait, il paraissait presque grêle, en face ‘du Terrible Savoyard, masse colossale de chairs et de muscles dont il semblait que le poids seul eût dù suffire à le terrasser. |
La lutte s’engagea, sans l'intérêt du doute, de la part des spectateurs, mais ils n’en restèrent pas longtemps là. Dès la première passe, Rabasson fit preuve qu'il était maître-passé dans son art.
Le Savoyard, défendant sa gloire, à longs bras acquise, ne ménagea guère son adversaire. Ereintements, saccades, torsions, il essaya de tout, mais sans succès. Rabasson ne fléchissait, ni ne bougeait, ni ne ployait ; il supportait l'assaut presque sans effort, se contentant d’y résister.
Bientôt le spectacle changea, et l'intérêt grandit
autour des lutteurs. Après s'être laissé tâter, Rabasson tâta à son tour, D'assailli qu'il était, comme tout débutant doit l'être, il se fit assaillant. Chacun avait adiniré sa force dé résistance et le reconnaissait digne de lutter contre le Tes Savoyard.
Lui, Rabasson, fort de cette épreuve, souriait À la foule, se rengorgeait presque, tant il était sûr de vaincre. |
À la seconde passe, il n’hésita pas à 4 Rs le bras, et du premier effort, il enleva et renversa le Terrible Savoyard.
Les deux lutteurs s'étant retirés, le public les
rappela — Rabasson reparut seul sur la scène. Le Savoyard, s'avouair vaincu.
Tour-à-tour, l’illustre Arpin et l'Ours des Pyrénées luttèrent contre Rabasson. Tous deux furent terrassés comme l'avait été le Terrible Savoyard. En sorte que, peu de jours après son entrée à Paris, Rabasson était devenu une célébrité ; il avait Ie titre de champion des lutteurs de l’Europe.
Malheureusement, ce titre rapportait peu de bénéfices et Rabasson goûtait moins la gloire que le bien-être, Mais il vivait dans un temps où
tâter, était, l’on tenait à se rendre compte de tout, en France ; | illant. c'était quelques jours, quelques heures avant l'Em- | > ét le pire. . On s'approcha de lui, pour l’examiner, le errible palper, l’analyser, et, observation faite, des experts constatèrent que cet homme tenait sa force proriatts digieuse, de l'harmonie de ses proportions. : I] it sûr était parfaitement fait dans toutes les parties de | Fons son corps et naturellement, toutes les parties étant LT TIYL parfaites, le tout devait être parfait. Dès lors, les | dre le ; RE | | A L artistes s’én emparèrent, et Rabasson se laissa je peindre, graver et sculpter à leur gré, moyennant qi l’honnête considération de dix francs l’heure. Il lic les
eût ainsi, jusqu'à huit et dix heures de pose, | chaque jour; il apprit des artistes, un art qu'ils ne connaissent guères, l’art de s'enrichir en posant,
men
Elle est bien connue, n'est-ce pas ? la chanson :
Nous étions trois capitaines
Revenant de Long-jumeau, etc., Nous étions, en habit drôle, A cheval sur un tonneau, .,.etc.,
mais d’où origine-t-elle ? probablement du tour de force de l’Homme-tonneau de l’hippodrôme de Paris. L’Homme-tonneau saisissait entre ses dents
le chanfrein des douves d’ un tonneau, sur lequel il faisait nsseoir trois hommes, pris indistinctement, parmi les spectateurs, puis enlevant le tout à la force de sa mâchoire, il faisait le tour de l'hippodrôme sans accuser d'effort, par un seul’ muscle de son visage.
L'un des trois hommes ainsi chevauchant ne.
manquait pas d’entonner :
Nous étions trois capitaines, etc. ...
Je ne dis pas que la chanson a été faite exprès. pour l'Homme-tonneau de lhippodrôme, mais j'affirme qu’elle a plus d’une fois passé par là.
Je me suis souvent laissé conter de drôles d’histoires et d'aventures par nos chasseurs canadiens | ou sauvages. De ce qu'ils me disent, il est bien entendu que j'en prends et que j'en laisse, mais le degré de foi que j'accorde à leurs récits importe peu. Ce que je sais bien, et cela me suffit, c’est que ces récits me causent un plaisir infini, S'ils ne s'accordent pas toujours avec les données de la science, qui, du reste, radote assez souvent, ils ont du moins, le mérite de refraîchir délicieusement
l'imagination. N'êtes-vous pas de mon avis, .vous autres ?
quel cteout r de
seul :
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e140 ed .
Or, un | ‘chasseur de renom, Simon Obomsu8ing, du village. de Saint-F rancois du Lac, qui nous servait, de gride dans une excursion que nous fai-
sions, M. Provost, " ‘curé de Saint-Henri de Mas-
: os
| couche, M. Lambert, commercant du même lieu
et moi, vers les profondeurs de la Mantawa, nous racontait, un soir, de fort curieuses choses sur les
mœurs du castor, ÆEntr'autres, il nous disait :
“ Plus d’une fois, il m'est advenu de tuer des castors manchots, et une fois, j'en tuai un, auquel
il ranquait les deux mains.
— Et comment expliquez-vous cela, Simon ?
— Oh ! je l'explique bien aisément. Comme nous disposons le piége à castor, l'animal s’y prend toujours par la patte de devant et il reste ainsi tout vivant et hors de l'éau jusqu’à l'arrivée du trappeur. Dès qu’il apercoit ce dernier, s’il n'à que la main d’engagée dans le piége, il n’hésité pas à $é couper la patte d’un coup de dent. Et le voilä manchot pour sa vie.
‘= Vous croyez cincèrement Simon que lc castor à ce courage-là ?
— Mais certainement que j'y crois; j'ai vu moi-même des castors se mutiler ainsi dans mes pièges, sous mes yeux. J’allais tendre la main
pour les saisir et crac! un coup de dent! et ils disparaissaient sous l’eau, sans même me dire : “ Au revoir. ” ‘
— Je ne m'étonne pas de cela, ajoute M. Provost, car l'abeille qui vous pique. laisse son da: dans la plaie et perd la vie avec son dard. Cependant, elle n’est pas pressée individuellement, de défendre sa vie comme le castor pris au piége. C’est pour la république qu’elle se dévoue. Elle pousse ainsi le courage jusqu’à l’héroïsme.
— Cela peut bien être, répond M. Lambert, mais il n’y a pas de comparaison, de rapprochement à faire, dans ce cas, entre une éphémère et un animal de la valeur et de la constitution € castor.
— Mais M. Lambert, poursuivit O’Bomsaging, j'ai connu un homme, que M. Montpetit connait probablement lui aussi, qui à fait plus que les castors dont je vous parle; — c'est Jacques le Sauvage, un fameux maquignon du Saut Saint- Louis. Vous le connaissez, n'estce-pas, M.
Montpetit ?
— Oui, M. Simon, je le connais.
— Eh bien, Jacques en menant son cheval, dans une course, tombe de son sulky et se casse le
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t ils lire :
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“TPETRUS LABELLE 137
bras droit"! Naturellement, il va trouver un r«midnchiénr, (réboutéur) qui Iui éclisse le bras malade du mieux qu'il peut, mais assez bien, tout de‘m@mé, pour qu'il remontàt dans son sulky, un mois ou deux après. Jacques, comme vous savez M. Montpetit, n'aime rien autantque les chevaux, rien, autant que les courses. Il y donne toute sa vie, toute son attention, toutes ses amours : enfin il n’a pas voulu se marier, par crainte d’avoir à se partager entre sa femme et ses chevaux.
Eh bien ! dès qu’il remet la main sur les rênes, il s'aperçoit que son bras le gêne ct lorsqu'il veut ramasser ses guides avec force, il se sent vresqu'entièrement empêché. Voilà sa carrière brisée !
11 ne se décourage pas cependant, il descend de suite à Montréal et s’en va trouver un chirurgien, un bon chirurgien cette fois, — à qui il conte son histoire et exhibe son bras,
Le chirurgien l’examine en tous sens, et constate qu'un calus s’est formé à l’endroit de la frac-
ture, qu'il n’y à plus rien à y faire maintenant,
— Comment docteur ! s’écrie Jacques, avec la plus profonde anxiété peinte dans les yeux, il n’y a pas moyen de me rendre mon bras tel qu'il tait ayant l'accident ? |
— Vous n’en souffrirez pas plus pour'cela; seulement vous ne pourrez pas opérer aussi facilentent certains mouvements, comme le retrait des guides, par exemple, lorsque vous menez un cheval, mais c'est peu de chose que cela. :: |
— Peu de chose ! .dites-vous ? Eh! c'est tout ! tout ce qu'il me faut à à moi!
— $i c'est tout ce qu il vous faut, répond, le docteur en riant, vous n’avez qu'à vous casser le bras de nouveau, et je pourrai alors vous le remettre d’une facon plus avantageuse pour vous.
Le docteur allait s'éloigner :
— Attendez! s'il vous plaît, lui dit. Jacques: comme ca, Vous croyez pouvoir me rendre mon bras tel que je l'avais avant l'accident, si je mc le casse encore une fois ?
— Très-probablement ! mon ami, pourvu toutefois, que vous vous le cassiez bientôt, afin que le calus disparaisse,
— Alors, cassez-le moi de suite !
— Vous êtes un farceur! Allez trouver le bourreau, il n’y a que lui qui rompe les os.” Et cette fois, le RP . J one en -riant “dour de bons" mit vuoe arod 0) Arséneg un :
seuhient uides,
mais
tout !
nd, le er le le revous.
Mais Jacques ne riait pas, lui. Il pensait, il
-sangeait,.
nus J'ai de l'argent, se dit-il à lui-même: Par-
‘âieu !'je païerai quelque pauvre diable et il ne
refusera pas de me rendre le service de me casser
Je bras.”
Ainsi qu'il se le disait, Jacques essaya de
trouver son casseur, son homme, mais tous ceux àquii s’adressait lui riaient au nez cn le pre-
naient pour un fou.
Le soir venu, étant seul dans dans sa chambre, à l'hôtel R......faubourg Saint-Joseph, il s’arme d’un fort morceau de bois franc, puis, appuyant sa main droite sur un meuble solide, il s'applique un coup de telle sorte, sur son bras déjà estropié qu’il le rompt de nouveau, au même endroit.
Lors, tout fier de son coup, presque triomphant,
Jacques retourne chez le chirurgien, qui, sans rire,
cette fois, se crut en devoir de lui remettre le bras comme il devait être, comme son patient quand même voulait l'avoir.
“Qui ne connaît le Prince Napoléon? Il a laissé, eu passant, de bons souvenirs parmi nous. Nous
devons à sa générosité la statue de Bellone qui couronne le monument des ‘braves, sur le chemin Sainte-Foye, monument qui nous a valu un chefd'œuvre d’éloquence ; ‘et l’Institut-Canadien, de Montréal, doit à sa libéralité, une infinité dé choses dont j'ai perdu mémoire.
Le Prince Napoléon donc; que vous connaissez si bien, visitant l'Amérique, se trouvait un jour, à la gare de New-Jersey, attendant son tour pour prendre son billet de passage, tout comme un autre mortel. Il allait à la file, pouce à pouce, faisant queue, trop lentement à son gré, mais aussi vite que le permettait l'expédition ordinaire, lorsqu'un individu, feutre en tète, cigare au bec, queue d’oijgnon dans le gosier, nasillard, autant que si son accent fut sorti d’un grouin, lui coupe la file, empiète sur ses orteils et se pose carrément devant Jui.
Le Prince bondit sous le poids du Yankee, et sans faire ni un ni deux, il le saisit d’une seule main, l'enlève comme un copeau et le lance à
quinze pieds de distance, en lui criant au vol: “ A chacun son tour mon ami!”
- Tous les regards se portèrent aussitôt sur le Prince. Sa ressemblance frappante ‘avec le pre
mier Napoléon et sa renommée de force prodigieuse trahirent son incognito. Un cri s’éleva de la foule :
“ Heisthe Prince! Hourrak ! for the Prince Napoleon !”
Il est de fait notoire, que le Prince est un des athlètes les plus vigoureux de France, qu'il manie deux haltères de deux cents livres, chacune, aussi facilement qu'un homme ordinaire en manierait de vingt-huit livres. On va même jusqu’à dire, parmi les malins, qu’il'a poussé si loin sa force musculaire que son courage n’a jamais pu la rejoindre.
Qui ne se rappelle Taillefer, Tranchemontagne et Va-comme-le- Vent? Si vous n'avez entendu ce conte là, bien sûr vous n'êtes pas né au Canada, ou bien, vous n'avez jamais été enfant. Une de mes tantes me narrait parfois leurs exploits, croyant m'endormir plus tôt, mais, plus elle contait, plus j'ouvrais grands les yeux. ‘Dors-tu ? André,” me disait-elle, lorsque je suspendais ma respiration pour mieux entendre ou que mon sang se figeait dans mes veines, par peur, par émotion.ou
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par! intérêt: Et: croyänt qu'elle aéaté aûtañt s'amuser À me faire son récit qué moihi ’énténdre, j'avais la cruauté de répondre : “Oh! non, je ne dors pas, continue sans crainte.” Horsque lasse, épuisée, elle fermait les lèvres et les yeux, je restais encore longtemps l'oreille ouverte.
. Eh ‘bien, T'aillefer, homonyme du héros d'un de ces contes naïfs et charmants, m'apparut un joar, sous la forme d’un beau, grand et puissant
jeune homme.
Je le connus MIEUX, et je devins fer de le nommer mon ami. |
Vous savez que Taillefer, notre brave, notre
vaillant ami, commandait, de Montréal à Rome, le bataillon de Zouaves Canadiens qne nous avons envoyés au secours du Saint-Père. On ne pouvait confier notre honneur à des mains plus fermes,
“ Aime Dieu et va ton chemin,” telle était la devise du drapeau qui traversa la France, couveit d’acclamations et d'applandissements. LE Paris lüi- même, dans son cynisme, l'avait regardé passer avec étonnement, mais avait su du moins le respecter." Victor de’ Laprade y attachait unè coùronne de poésié. Les voilà rendus À'Märséïlle, défilant sur le port pour se-rendre au vaisseau: qui
ant dre, à ne See,
stats
t un
saut
va les:transporter en Italie. La compagnie était
-BETRUS LA BELLE A. 143
devant, et Taillefer suivait, formant à lui seul une arrière garde respectablo
| Tout à coup, des siflets se font entendre: Taillefer s'arrête aussitôt, comme s'il eût aperçu un serpent, et quelques-uns de ses compagnons l’entourent, Les sifflets continuent. ‘“ Attendez, mes amis,” dit-il tout bas. Les sifllets redoublent : plus de doute ! ils sont dirigés à l'adresse des Zouaves Canadiens. C’en est assez pour Taillefer; la rage et l’indignation le transportent. Il remarque qu'un individu, de figure narquoise, aux dehors sordides, juché sur un tonneau, à quelque distance, commandait les sifflets. Ouvrant la foule de ses deux bras, il s’:vance vers ce chef d'orchestre, le saisit d’une main par le milieu du corps, l’enlève et le porte, au bout du bras, jusqu'en face du drapeau insulté.
“ [Incline-toi devant ce drapeau ! in-line - toi, misérable ! ” eten même temps il forcait le siffleur d'échanger avec la poussière des quais, des baisers qu'il devait trouver fort peu agréables.
L'houneur du drapeau satisfait, Taiïllefer reporta son homme, de la même façon, qu'il l'avait d’abord: porté, jusque sur son tonneau. ; :.; |
Fe NOS HOMMES FORTS
qu'u un immense “hourrah | partit du cœur r de tous les honnêtes gens, témoins de cette scène, au départ du navire, à bord duquel nos généreux zouaves avaient pris passage,
Naturellement, les lazzis allèrent leur train sur cette aventure. ‘“ Taillefer le lui a-t-il coupé net le sifflet, à celui-là ? ” “ Ma foi ! reprenait un autre, j'en avait presque pitié, il avait l'air d’un chat à qni on met le nez dedans, pour lui donner des lecons de propreté,” et maint autre de ce genre, plus particulièrement militaires que civils.
Si j'entreprenais à raconter les exploits de tous nos Alcides Canadiens, je tarirais mon encrier à la tâche. On verrait Duhaime, debout sur la berge du fleuve, arrêter un crible emporté par un courant rapide : Giroux, dételer son cheval, au pied d’une côte, l’attacher derrière sa voiture, puis prendre sa place dans le timon et monter la charge jusqu’au sommet : Gobeil, s'emparer d’une maison de poll, gardée par vingt ou trente hommes, puis, assailli par. eux tous à la fois, se trouvant acculé près d’un mur de pièces sur pièces, le jeter à bas d’un seul coup d'épaule, et plus heureux que Samson, s'échapper du milieu des ruines. Les
A1SON pui S, culé \ bas
que Les
noms des Gourdeau, des Cardinal, des Grignon, des Monarque, des Tourangeau, éveillent le souvenir de faits non moins extraordinaires et intéressants, que d’autres mieux informés que je ne le suis raconteront probablement, quelque bon jour.