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colons sans défense, contre nos femmes. et nos. enfants. Ils usaient de représailles, me dira-t-on. : J'avoue que nos troupes avaient fort maltraité les
colons de la Nouvelle-Angleterre, mais nulle part
que je sache ils ont montré ce: raffinement de bar-
barie dont les anglais out laissé parmi nous trop
de tristes preuves—Et puis, après tout, ils s’atta-
quaient principalement à des hommes—ils ne
châtiaient pas le pays—ils combattaient une
puissance. Ces hommes-là, sont venus ici se ven-
cer sur nos femmes et nos enfants du mal que
nous leur avions fait à eux. |
Sans vouloir rien enlever à l'éclat des armes anglaises—qui ont triomphé glorieusement sur les plaines d'Abraham, lhsitoire ne peut s'empêcher de regretter les exploits des Montgomery et de quelques autres lieutenants et capitaines de l'armée qui ont montré plus de haine que de courage, plus de zèle que de noblesse et de générosité.
Si les classes instruites, plus en état d'apprécier la largeur de la politique anglaise, devenue, grâce aux progrès de laicivilisation, tout à fait humanitaire, oublient facilement le passé pour profiter du présent, il n’en est pas de mêma chez, les.classes inférieures qui‘ont la mémoire. du, cœur: plus. vive
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J’emprunte à l’Abeille de 1859, quelques notes historiques sur ce sujet, qui vont servir de cadre à un petit. tableau dont Grenon est le principal personnage :
“ Lors de la prise du pays, en 1759, la baie Saint-Paul eût sa grande part des malheurs de la guerre.” Le capitaine Gorham, dit un mémoire du temps, revint le 15 août (1756) d’une excursion pour laquelle il était parti dès le commencement du mois. Il avait eu sous ses ordres 150 voltigeurs, un détachement des divers régiments des montaguards, des marins, formant en tout un corps d'environ 300 hommes. Ils montaient un vaisseau armé et trois transports. Il avait aussi sous ses ordres un lieutenant de marine et quelques hommes de service pour les aider. Voici le rapport qu'il firent de cette expédition — Ils raconte que le ‘4 août, ils se rendirent à la baie Saint-Paul, paroisse ‘où ‘ils trouvèrent environ deux cents hommes qui se montrèrent très-actifs à détruire lés embarcations ! anglaises. : A trois heures du
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matin, le capitaine Gorham avait pris terre, passant à travers deux de leurs gardes, d'environ 20 hommes chacune, qui avaient fait sur les troupes anglaises un feu soutenu, pendant quelque temps, inais environ deux heures après on les avait forcés de quitter leurs retraites ; ils se retirèrent dans les bois et abandonnèrent totalement leur village qui fut brûlé subséquemment. Ce village consistait en une cinquantaine de bonnes maisons et de granges. La plus grande partie du bétail avait été tué. Le parti rapportait de plus, que ce jour là, il n’avait perdu qu’un seul homme, outre deux blessés, mais que les français avaient eu deux des leurs tués et qu'ils avaient réussi à enlever. — Que, de là, il s'était rendu à la Malbaie, dix lieues à l’est, mais sur la même rive du fleuve, où il avait détruit une autre belle paroisse, d’où il avait fait déloger les habitants avec leurs bestiaux, sans perte aucune ; qu'’enfin, il avait fait une descente sur la rive sud, vis-à-vis l’Ile-aux-Coudres et qu'il avait détrnit, en partie, les paroisses de Sairft-Roch et de Sainte- Anne, où il avait remarqué de bien belles maisons, de bonnes fermes, qu'il avait chargé, en cet endroit, les vaisseaux, de gros bétail, et qu il était revenu de cette expédition.”
Voici, à présent, h tradition. de L 2, paroisse.
Lorsque la fldtté anglaise remonta le fleuve, elle mouillà à l'Ile-aux-Coudres, ld veille de l’ Ascension, et elle remplit les habitants d’une si grande frayeur, que la plupart des femmes, passèrent à la Baie et allèrent se cacher dans les bois, avec les familles de cette paroisse, qui ne s'élevaient pas alors à un cent. On sait d’ailleurs, que le gouvernement fran-: çais avait donné ordre de faire évacuer cette île äinsi que celle d'Orléans. Ces familles restèrent ainsi cachées, jusqu’au commencement de septembre, avec M. Chaumont. Les hommes seuls sortaient, le plus souvent, la nuit, pour veiller à leurs travaux des champs et élever des fortifications de sable sur le rivage. On voit encore aujourd'hui ces fortifications que l’on appelle les Canons.
Le capitaine Gorham dit, dans son rapport, n'avoir eu qu’un seul homme tué, mais on assure, que plusieurs eurent;le même sort, et qu’on les jeta dans l'étang de la chapelle, près duquel nombre de coups de fusil furent échangés, à l'endroit appelé la Pointe d'Aulne,
Les Anglais firent deux prisonniers, Tremblay, des Eboulements, et Jean-Baptiste Grenon, natif dé’ 1a ‘Pointe-aux-Trémbles, et le preïnier de ce
nom résidant à la Paie Saint-Paul. Iis les amvnèreut tous deux à.bord, les mains liées derrière le dos, |
Tremblay était petit et grêle, mais doué d’un
| grand courage : il rugissait de se voir ainsi les
mains liées et livré aux insultes, aux railleries
d’une troupe de soldats rendns furieux par les Li avanies que leur avaient causées de pauvres D 4 | diables de paysans armés tout au plus, de quelques if vieux fusils. Grenon, lui, marchait tranquillement, baissant le front sous son malheur êt recevant sans { sourciller les crachats qu’on lui jetait au visage. Seulement, lorsqu'une pointe de bayonnette lui piquait trop rudement les reins, qu’il sentait son sang couler sur son corps, il s’arrêtait pour regarder le lâche qui l'avait ainsi maltraité, et le plus souvent, ce seul regard mettait le bourreau en fuite ou le laissait confondu,
PR
ei) | C’est que: Grenon était un homme d’une force | surhumaine, et que, comme tous les hommes ainsi puissamment trempés, il était froid, calme et
patient.
Maudits habits rouges! démons d'enfer ! brûlots / du diable ! tueurs Ge femmes ! hurlait incessam- | ment Tremblay, aux oreilles de ses tourmenteurs:
Ntère
Pun les ries les vres ques ent, sans age.
Jui son CaATplus 1 en
orce insi
e et
ilots sa IN cures
qui ne comprenaient pas ses paroles mais qui comprenaient bien sa colère et s’en amusaient à gros rires.
Mais il fallait à ces {rois cents braves, que vingt hommes mal armés avaient, de leur propre aveu tenus en échec, pendant deux heures, il leur fallait, dis-je, un plus ample divertissement. A peine ontils vais le pied sur leur navire, qu'ils s'emparent de Tremblay, le font asseoir sur une de ces planchettes, sur lesquelles les matelots se hissent au haut des mâts pour les réparer ou les astiquer, suivant le besoin. Trop faible pour opposer aucune résistance, ‘Tremblay se laisse hisser ainsi jusqu'aux plus hautes vergues. Arrivé à cette hauteur, deux matelots se saisissent de lui et le précipitent à la mer, au milieu des cris et des hourrahs forcenés de leurs compagnons restés sur le pont,
Grenon a vu son pauvre ami tournoyer dans l'air et venir s'applatir sur les vagues ; un éclair de vengeance a passé dans ses yeux. On repêche à la hâte le malheureux Tremblay, on le remonte sur le pont, tout pantelant, tout brisé et respirant à
peine. Mais, sans lui donner le temps de. se:re-
“mettre, on le hisse de nouveau, sur la planchette
et le même jeu va recommencer, |
— Arrêtez, miscrables ! s’écrie Grenon, vousallez tuer cet homme ! Et d’un brusque mouvement, ils rompt les lieus qui lui saisissent les poignets — culbute cinq à six soldats qui le séparent de son ami, et leur dt à tous : — “ eines venez lui toucher ! ul do da @b
Ji y avait tant de fermeté dut son attitude ‘#8 soldats qu’il avait couchés par terre d’un sëul mouvement de ses bras avaient été tant rudoyés, que le capitaine Gorham — admiratéur passionné de la force physique — s’empressa d'intervenir.
“ Laissez cet homme tranquille, dit-il à ‘ses soldats, er désignent Tremblay, et vous en venez avac MOI.’
Grenon se calme. redevient doux, et livre de nouveau ses mains aux chaînes. Content d'avoir sauve son ami, il suit le capitaine dans sa cabine.
Gorham lui offre un verre d’eau-de vie, cause avec lui de sa force extraordimaire, palpe. ses muscles de fer et reste stupéfié en présence d’ane si helle machine humaine.
Ce tête-h-tête de Gorham et de Grenon avait
duré moins. d’un quart-d’heure, et lorsque le panvre prisonnier revint sur le pont, son ami Tretnblay avait disparu. Il s’avance au pied dm mât où il l’a laissé à demi-mort. Les soldats qui s'y trouvent réunis lui livrent passage, mais à peine est-il auprès de la planchette, que, dix des piles résolus se précipitent sur lui. Il a les mains Etes et bien liées cette fois, il ne peut se servir de 4es pieds, tant on le serre de près, il ne peut se dé. fendre, mais il sent qu'il peut résister. Dix autres viennent. se joindre aux premiers. ÆEfforts inutiles ! Grenon reste debout, sous leur masse grouillarte 5 reste, immobile, inébranlable comme un rocher sur lequel se tordent vainement les vagues.
Le bruit de cette lutte arrive aux oreilles da capitaine, qui survient soudainement, et fait Kicher prise aux assaillants.
Grenon paraît à peine ému, et le premier rer qui s'échappe de sa bouche : “Qu'ont-ils fut de Tremblay,” en s'adressant au capitaine ?
— Où est l’autre prisonnier ? dit alors Gosbae, parlant à ses soldats ?
— Pas une réponse, pas un mot,
Gorham qui à compris, retourne cacher sa honte dans:sa cabine,
Er
dunes l'intervention de Grenon, trembler avait été saisi de nouveau, hissé sur la planchètte et précipité à la mer. A la troisième passe de ce re de cannibales-—le pauvre Tremb'ay n'était plus
qu'un cadavre, qu'on laisse à la mer le soin d'en-
gloutir. Un homme de moins, un crime de plus, qu’était-ce pour ces intrépides et généreux soldats ? Dès que Grenon avait reparu, on avait tenté de T'asseoir à son tour sur la fatale planchette ÿ— ON À u comment il y échappa. > lei Cependant, la protection de Gorham. ne le défendait pas contre les railleries, les insultes et.les provocations de ses vaillants compagnons d'armes, Il résolut alors, pour le sauver, de Je débarquer et de l'envoyer au Saut-Montmorency. Mt st Ca Là, un matelot robuste, prenait plaisir : à donner, de temps en temps, des chiquenaudes sur le nez de Grenon qui en pleurait de colère. Colère de lion que la mouche a piqué, “ Faites-moi délier les mains, dit-il, au capi: taine, donnez-moi une chance contre cet insolent.” Le capitaine acquiesce à sa demande, Grenon, a les muins libres,
L'imprudent matelot veut continuer sa farce ; mal lui en prend, car du revers de le müin seule-
vait » et ee plus l'enplus, ats ?
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dial » déet.les rimes er. et
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UN CANADIEN CONTRE VINGT ANGLAIS 1 tai Lt 1 (2, *
ment, Grenon l’étend sur le plancher où il expire quelques minutes après.
Gorham, plein d’admiration remet son prisonnier en liberté.
On eite de ee Grenon, nombre d'autres faits presqu'incroyables, et sa réputation était telle qu’on dit encore aujourd'hui : “ fort comme Grenon. ”