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VLA LES IRLANDAIS

Les Irlandais!

Avec ce cri, on a fait la police pendant de longs années, dans les deux quartiers les plus populeux de Québec, les quartiers Saint-Jean et Saint-Roch.

Les Irlandais !

A ce cri, la rue se vidait comme par enchantement; hommes, femmes, enfants rentraient au gite en toute hâte.

Les Irlandais !

Au temps dont je parle, il était de bon ton, il était honnête de se donner rendez-vous, sur les

be

VEAULES TRÉANDAIS * 173.

plaines, ou dans les carrières qui avoisinen t le marché Barthelot, on dans les clos que Saint-Sauveur a envahis depuis, pour y faire une partie de conps-

de-poing. Des pères de famille, des bourgeois très-respectables se passaient volontiers cette fan taisie. Un «il poché, deux ou trois bleus, quel-

ques dents brisées, un nez aplati ne déparaient pars alors da figure d’un brave citoyen, Les hormmses portaient la marque des horions comme les fermes portaient des mouches.

D’ordinaire, c'était le dimanche, qu’on se domnait ce joli genre de divertissement. Et le lux, on s’abordait, en se disant: Tiens! Pierre, mais c’est un bon coup que tu portes là. La mächuire est-elle brisée ?

— Non pas brisée, mais uu peu étonnée.

— Pas bête! pas bête! tout de mème ; et em t'a fait ça ?

— C'est Laberge.

+ Ahd c'est Laberge ! il est bon le petit faberge; faudra que je le tâte, quelque bon jour.

Au revoir !

Au revoir

Naturellement, lorsqu'il était connu que des fiers-à-bras de renom devaient. s’entrecogner, il y avait foule au rendez-vous. Et pour une seule passe annoncée, on en avait quelquefois dix, vingt et plus. Les amis et les amis des amis venaient à la rescousse, la mêlée devenait souvent presque générale. Oh!les bons coups qu'on se portait! Oh ! les beaux hommes que l’on voyait là. Je ne les ai jamais vus, moi, mais à entendre parler les spectateurs d'alors, qui nous restent encore, imaginations pourtant refroidies par la neige des ans, ces torses nus, ces bisceps d'Hercule, ces jarrets d'acier, ces yeux injectés de sang, étincelles de colère jaillies du cœur jusque là, ces chevelures au vent, ces poings s’abattant comme des massues, ces corps se tordant, ces faces ensanglantées, ces membres pantelants, ces hommes si fiers tombant et criant merci ! avec rage, ces autres triomphant avec orgueil, excitent malgré moi mon admiration.

Mais, vlà les Irlandais !

Un enfant a poussé ce cri, et, en un clin-d'œil, cette foule trépignante, hurlante, aux prises, a disparu. Tous ces braves sont devenus lapins et sourent vers leurs terriers..

En ville, on les voit venir ainsi, éahoyelés.. pâles, précipités.

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:'YLA LES IRLANDAIS 175

= Qu'est-ce? qu’y-a-t-il donc ?

— Vlà les Irlandais!

Les commères prises aux cheveux, les meilleures teignes du quartier s'arrachent de suite et s'envolent au foyer, mères tendres, épouses soumises. Le bâton ou le fouet jamais n’eûssent opéré aussi moralement.

— Vlà les Irlandais !

Des voyous d'enfants qui jouaient aux jeux inoffensifs de la rue ou qui projetaient une gaminade, rentrent à la maison, tremblants, effarés, prêts à réciter toutes les prières qu'ils savent ou à apprendre celles qu’ils ne savent pas.

— Vlà les Irlundais !

Les boutiques se ferment, les contrevents e retirent, les jalousies se baissent, les volets se poussent, les portes se verrouillent et la ruc fait silence. On pourrait entendre courir une souris, d’un bout à l’autre de tout le quartier.

C’est que, badinage à part, les Irlandais, pendant

sur Québec.

Peut-être n’étaient-ils pas mille ; dans tous les cas, au plus étaient-ils quinze cents, et cependant, tout Québec tremblait, non pas devant eux, car on ne les attendait jamais de pied ferme, mais seulement au cri :

— Villes Irlandais !

“— Sapristi! les canadiens sont pourtant vigoureux et braves !”

Castérat se disait cela, à part lui, un soir qu’il avait été poursuivi, pourchassé lui-même, à ce crh en même temps qu'un groupe d'amis. Castérat suivait la peur générale, mais le premier, il eut le mérite de revenir sur elle, sur la peur bien entendu !

CASTERAT

Qui était Castérat ?

Un Français, jeté sur nos rives, par une bourrasque quelconque; au physique, il était un tout petit homme de cinq pieds et quatre pouces, mais bien pris dans sa taille, large aux épaules, musculeux aux jambes et aux bras, vif, hardi, fier, brave à tous crins; par occasion, professeur de boxe, de savate et de bâton, ne reculant jamais devant une lutte ouverte, mais reculant et fuyant avec les autres, devant l'inconnu.

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