‹ Nos hommes forts [microforme]Chapitre 33 sur 33 · PETER MCLEOD · texte numérisé non relu

PETER MCLEOD

plutôt par un sentiment altier de la force, que par générosité, 11 y'avait vingt natures en lui; il tenait du conquérant barbare, de l'écossais et de l'indien. ‘ Conquérant, il était fait pour l'être. A défaut d'empire, il promenait sa domination sur déux à trois cents têtes, docilement pliées sous

sa muin ‘de fer. de

| Ecossais, il. ré tait par ss résolution, par la tenacité, ce, que l'anglais appelle fixity of purpose. Il ne Jâchait jamais une chose entreprise et. une fois voulue. Indien, il l'était par une foule de côtés ; par.ses vices. comme par ses qualités morales, par les. excès, par. la brutalité et la cruauté, comme

aussi, par un: extrême dévouement, toutes les fois

qu'il était parvenu à savoir où placer ce dévoue-

ment, . Il l'était aussi, par ses qualités physiques. Jamais homme plus adroit et plus souple ne vécut sur terre. Il sautait, de la hauteur de son quai, à dix-huit pieds au-dessus de l’eau, dans un canot d’écorce, sans le faire plonger ni même balancer ; le canot tressaillait un peu, maïs ne penchaït, ni d'un coté ni de l’autre. C’est là ée que cent personnes, témoins oculaires, ont raconté de Jui.

‘'buvait éciilite un teuton, sans merci pour lui-

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même, avec fureur, avec la détérmination de savoir, qui des deux Pemporterait, de son estomac ou de la tertiblé eau dé feu, Comprénant; que la! boïsson était son ennemie mortelle, il en buvaït avec rage ; et, ne pouvant la vaincre, il voulait an moins montrer combien il en fallait pour tuer un hommé comme lui. Aussi, pendant neuf ans qu’il fut roi et maître de Chicoutimi, n’est-il pas resté sobre peut-être trois mois de temps, Il mourut de congestion alcoolique, après quelques jours seulement de maladie, pendant lesquels, tout son corps se carbonisa. Son lit était une table placée dans la première pièce de l’ancienne maison de M. Price, laquelle rer.fermait alors quatre ménages, et qui, aujourd'hui complètement transformée, forme un élégant manoir, situé sur la rivière Saguenay, entouré de jardins, ombragé d’arbres magnifiques, et au-dessus duquel flotte le pavillon du consulat de Norvège.

Quand Peter Mecleod vit que la mort était inévitable, et qu’il lui fallait céder au plus fort, une fois én sa vie, il demanda qu'on ouvrit la croisée de sa chambre, et là, plongeant une dernière fois ses regards, sur les sombrès montagnes qui bordent la rive opposée, sur toute cette! cam. pagne sauvagé qui l'entourait, qui avait été son

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berceau, et qui, maintenant, le regardait mourir, avec. l’impassible sérénité de la nature, il resta longtemps silencieux, à, contempler cette scène muette, qui, déjà, revélait pour lui l'aspect de l’immensité, puis, on le vit se soulever avec effort, sur son séant, et détourner violemment la tête. Un cri horrible sortit de sa poitrine en feu : “ Non! fit-il entendre, d’une voix rauque et brisée, mais, qui trouva assez de force pour un cri suprême, non!.je ne veux pas mourir en face des montagnes de mon pays,” et il commença un.gesie désespéré, mais la mort était déjà là, qui le tenait ; elle avanca rapidementsur Jui sa main impitoyable, et, deux heures après, McLeod n’était plus.

Un dernier mot sur cette étrange figure, certainement la plus intéressante de l’histoire du Saguenay, à cette époque. Elle est restée, dans la pensée : etlsous le regard de tous, ceux. qui l'ont connue ; et lorsque les anciens habitants du Saguenay, qui ont..subi sa terrible domination, parlent de Peter McLeod, c’est toujours avec un reste de haine, singuliérement mêlée d’admiration, de crainte et de. regret; oui, de regret, car, Peter Meleod, disent-ils, ‘ fut le plus généreux, en 11ême temps que le plus intrépide des hommes de ce:tempa, et de cett: partie:de notre pays,” … ,

. C’est de lu: que viennent les pifons, espèce de bons que la maison Price continue d'émettre, pour des montants variant de cinq cents à plusieurs dollars, et qui remplacent l’arcent. Ces bons représentent ce que la maison Price doit à ses journaliers ; mais ils ne sont pas négociables, en argent ; ils ne sont valables, que pour marchandises et dans le Saguenay seulement, Ainsi, un gagiste a-t-il fait une journée de soixante cents, on lui délivre un piton de soixante cents, avec lequel il se procure des provisions ou des marchandises, dans les magasins de Chicoutimi, mais surtout, à celui des MM. Price. Ces bons sont imprimés, et on les appelle Paitons, du nom de baptême de McLeod, qui était Peter, De Piter à Piton, il n’y à qu'un pas ; la transition est toute trouvée. Ce ne sont jamais les noms à donner qui embarrassent les canadiens.

spèce de re, pour lusieurs bons rees Jour- , en arandises gagiste On lui equel il andises, rtout, à imés, et ême de iton, il rou vée, embar-

J'emprunte au Manitoba, le récit suivant des exploits de l’un des nôtres, un ministre de la paix, qui faisait servir sa force, daus l’occasion, à l’excr-

cice de son ministère.

“ Au temps des trop fameuses luttes, entre les compagnies du Nord-Ouest et de la baie d'Hudson, la plus grande gloire, pour tous les hommes du Nord, c'était d’ävoir un poing solide,

Un voyageur de ces temps-là n’enviait.pas d'honneur plus grand que celui d’être proclamé le boulé de tout un fort, ou le coq d’une brigade.

Bourgeois et serviteurs ne parlaient que de batailles, et on exaltait jusqu'aux nues, celui. qui, dans une lutte, corps à corps, avait pu.assommer son adversaire. Bref ! l'exercice du pugilat, tout comme au temps des Grecs, était à l’ordre du jour, et on était aussi passionné pour voir se battre deux hommes, que les Espagnols le sont pour voir les combats de taureaux.

Disons, entre parenthèse, que nos amis les Anglais ont conservé le beau goût payen, et que les combats d'hommes font leurs délices.

Le Fort William a été très célèbre comme théâtre de ces luttes athletiques. C'était là, que les hommes des deux compagnies se rencontraient et se mesuraient ; c'était là, que les Goliaths de Sorel, en grande renommée alors, dévisageaient les Orknays et gagnaient le plumet trtionner porté sur le chapeau,

Celui qui avait ce plumet faisait la loi “ ut in grege. taurus ” comme dit Horace. Ce. fut, pendant

les. beaux jours, “de ce. règne dela. force brutale, w Re missionnaire capadien,. M. Pabbé Crevier,

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mort turé de Saint: Pie, il y a deux ou trois ans, fut envoyé "par ] “Vpvêque de Québec, jusqu’ au Fort William:

Ceûx qi ‘ont connn M. Crevier savent qu'il était de'taille à faire respécter sa personne par celui qui n'aurait pas’ voulu respecter soh caractère. | | |

Il était. d’une force herculéenne ; les vieux voyageurs, qui l'ont vu dans le Nord-Ouest s’en sonviennent encore. Sans faire parade de cette force extraordinaire, il paraît qu'il savait s’en servir à point, pour inculquer l'esprit de crainte à ces rudes natures, qui n ‘étaient pas susceptibles d’autres senthnents.:

Quand il arriva dans le Fort William, tous les hommes remarquérent bien, que, M. Crevier n'était pas un. petit garcon, et, ils furent fiers d’avoir un curé possédant. des. qualités Phyaiee d’un si grand prix à leurs yeux. |

Deux ou trois jours après son arrivée, le bourgeois du Fort alla le trouver à sa chambre, et lui dit :

“C'est demain un jour de régal ; nous allons distribuer ‘une ration de rhum à nos bntriéé à ils vout fêter, ét, iky aura des batailles c'est de réf.

Ne vous montrez pas, pendant, ce.temps-là ; car, vous courrez risque, d’être insulté. Vous ferez, donc mieux, de main, derester à votre chambre.”

Monsieur Crevier remercia bien poliment le bourgeois, mais ne lui promit rien.

Le lendemain matin, la cour du Fort était remplie ; les gens voulaient fêter et voir la bataïlle. Les deux premiers champions, qui devaient mesurer leurs forces étaient, un canadien, du nom de Ladébauche, et, un métis, du nom d’Olkan. Leur costume, pour la lutte, était bien simple : pantalon et ceinture, c'étaità peu près tout; leurs longs cheveux étaient retenus, en arrière de la tête, » par un mouchoir de soie.

Quand ils parurent au milieu de larêne ils furent salués comme autrefois les gladiateurs dans l’amphithéâtre romain. Le signal se donna, et les deux forts-à-bras s'élancèrent l’un sur l'autre comme deux tigres.

Pendant ce temps là, M. Crevier avait vu de.

sa fenêtre tous ces préparatifs. C’était bien triste pour lui que d’être témoin d'un pareil scandale, sans pouvoir y porter remède, To

Quoi ! lui missionnaire, venu de si his: pour ra. , mener des hommes à des sentiments chrétiens,

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allait laisser commettre, tout un jour, sous ses: yeux, des brutalités sduë nom? C'était trop : fort ; Comme David, en fäce dés Philistins, il ne pût supporter plus sb hpe 5 FRE fait au camp d'Israël, :: \ Emporté par le ge, il sort de sa chambre, en relevant les manches de sa soutane, passe hardiment au travers. de la foule des commis et voya- ’ geurs, et marche. droit aux deux combattants. :

En le voyant passer, on n'eut que le teraps de dire : “ Qu’est-cé que va faire M. le curé ? Qu'est-ce que va faire M. le curé ?

Ils n'attendirent pas longtemps, BORrA savoir ce qu'il allait faire.

En arrivant auprès des lutteurs, il les saisit et les secouant au bout de ses bras, il leur dit : “ Ah! c’est votre manière de vous battre, vous autres, boulés du Nord-Ouest ; eh bien? vous ne savez pas vous battre du tout ; vous n'êtes que des vieilles. Voilà la vraie manière de se battre,” et en disant cela, il vous leur rapproche le visage, et se met à les frapper, L'un contre l’autre, comme s'ils eussent été des enfants, puis, après leur avoir fait faire cette gymnastique, quelques instants, écartant ses bras nerveux;: il rua les déux hommes, à cinq ou

six pieds de lui. “ Maintenant, dit-il, si vous en avez de meilleurs que ces deux là, envoyez-les moi, je vais continuer la leçon.”

On dit, que personne n'eut envie de se faire son écolier pour le moment, En quelques minutes, le Fort se vida et le calme se rétablit.

Tout ce récit est véridique, et le fait a eu lieu, tel qu'il est décrit ci-dessus.

Un M. Chantelan, qui en fut le témoin oculaire le racontait encore tout dernièrement, à un missionnaire, qui visitait les travailleurs, sur la ligne du chemin de fer. |

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