SCÈNE IX MAURICE, TUOLOSAN
TDO/A;SAN, Drcnant le verre de limonade.
Maintenant, fais-moi le plaisir d'ouvrir immédiatement l'œil droit... (n boit la limonade.) Et puis l'œil gauche!... (ii bou.) Et eu avant, marche!...
MAUEICE, ouvrant les yeux.
Tholosan, je t'assure !...
THOLOSAN, passant derrière le catioMC.
Ou je vais te tirer les oreilles!
MAURICE, «Aulant debout.
Hél
TUOLOSAN, vidant le verre.
Voilà le mouvement demandé!...
MAURICE
Docteur salaniquc, va!... M n'y a pas déplaisir à /ilro malade a;^eclui!... C'était pourtant une vraie défaillance... parole
d'honneur!... (TUolosan, sans répondre, met son pince-nez et le regarde allenlivc-
tncnt.) Le soleil I... le printemps]... quand on relève, comme moi, de maladie... Eh! bien, quoi... quand tu me regarderas!... je ne sors peut-être pas de maladie?
TEOLOSAN, même jeu.
Si!. .-si!...
(îl continua à dé^^nsUr lu limunûd©^)
^ Tholosan, Maurice.
A€TË TREMlEn. U
MAURICE
El d'une maladie causée par un désespoir d'amour. (Thoiosa. eoniinue à le regarder.) Témoiii ce fdsson iiiortel qui Kie prenait tous les deux jours à midi... et qui ne s'apaisait qu'à cinq heures, l'heure de mes rendes-vous I... La fièvre du souvenir, du regret, de l'amour!...
THOLOSAN,
Oui... la fiôvre des marais I
MAURICE
lleinî
THOLOSAN.
Je dis la fièvre des marais!
Des marais! Une affection de l'âme causée par une trahison I
THOLOSAN.
Une fièvre quarte de l'espèce la plus bénigne, contractée sur la Marne, en péchant à la ligne!
MAURICE
Par exemple 1
THOLOSAN.
Voilà ton cas!..,
MAURICE *
Va-t'en au diable!...
(Il pas?f> à gauche.) THCi-OSAN, vdnanl à lui, et lui tapanl sur l'épaule.
Mon'petit Maurice, tu es bien gentil, bien gentil, bien gentil... nuiis tu as un défaut, mon fils... C'est de prendre le docteur Tholosan pour une bétel... Je ne suis pas une béte!... J'ai été une béte autrefois, dans une vie antérieure... comme tous les hommes!
MAURICE
Ah! voilà le dadal...
tholosa::.
Mais cette existence, que je n'aime pas d'ailleurs à me rappeler, n'a laissé aucune trace en mon individu présent, et je le défie de déclarer à la seule inspection de mon crâne quelle espèce d'animal j'ai pu être.
MAURICE
Oh! je ne sais pas ce que tu étais autrefois..: mais aujourd'hui...
• Maurice, Tholosai.
THOLOSAN, lui prenant la lôte et le faisant tourner de pi-cfll.
Tandis qu'il me suffît de mesurer d'un coup d'œii exercé ce cerveau arrondi au vertex, et développé outre mesure à l'occiput, cet œil vif et rond, et ce nez fortement soudé au visage par l'expansion des narines pour discerner, dans ton humanité présente, tous les caractères de ton animalité passée.
MAURICE
Ahl parbleu l je ne serais pas fâché de savoir cp que j'étais!...
THOLOSAK.
Sois heureux! Tu étais pierrot!
MAURICE
Oiseau!
THOLOSAN, insistant.
Pierrot!... C'est-à-dire animal gourmand, spiriluel, erronté hardi, pillard et lascif!...
MAURICE
Merci!
THOLOS AN, répétant et appuyant.
Et lascif!
J'ai bien entendu I
THOLOSAN.
Au demeurant, le meilleur fils du monde... n'était son odieuse manie de se faufiler toujours dans le nid des autres
(Il désigne le plafond avec sa canne.) MAURICE.
Tholosan î
THOLOSAN.
Ah!... Tu vois, l'instinct, tu te reconnais!
MAURICE *
Je ne sais ce que tu veux dire avec ton pierrot,
THOLOSAN, tranquillement.
C'est que tu n'observes pas les oiseaux, mon fils.c. Mais sans aller bien loin, tourne les yeux vers cette maison; Je suis sûr qu'en cherchant bien, tu trouverais sous ce toit un nid d'hirondelles dans lequel s'est glissé un pierrot voyageur. C'était le soir> un soir d'orage. Le pauvre diable était mourant et traînait de l'aile. Le ménage lui fit bon accueil, place à la table,
• Tholotan, Maurice.