ACTE PREMIER
place au logis... à lui le plus fin duvet et le grain le plus délicat; et tandis que le mâle hospitalier court les champs, mon pierrot convalescent, gros et gras, raconte à la dame du lieu ses tribulations et ses amertumes... La dame a bon cœurl... «lie s'apitoie... M pleure, le traître!... et tendrement, de sa patte mignonne, elle essuie ses ^eux... les lirmes redoublent... elle les essuie du bout de l'aile... Il s'évanouit I... Que faire? Il •'a mourir... Elle a tendu la patte, elle a tendu l'aile... elle ^end le bec!... Et le mari revient quand elle s'est bien assurée ie l'efficacité du remède I
MAURICE, qui ra écouté, le dos tourné, appuyé coutre le canapé, se relournanl.
Ah! çà, tu te moques de moi! Que veux-tu dire?
THOLOSAN, appuyé sur le canapé de l'autre côté.
Je ne veux rien dire... Tu vois... je disl
MAURICE
^.t où prends-tu tout ce que tu me contes-là! Où l'as-tu vu?
THOLOSAN, frappant sur la carafe avec sa canne.
OÙ? Dans cette carafe!... Adorable privilège de la femme !.., Elle ne sait rien faire indifféremment! Il faut qu'elle se révèle dans la boisson qu'elle prépare !... ou dans la paire de pantoufles qu'elle brode! (il prend la tapisserie de Cécile.) As-tu jauiais vOusidéré d'un oeil philosophe les pantoufles d'un mari brodées ^ar sa femme ? As-tu médité sur la façon dont la laine bleue, la laine rouge, la laine jaune s'y croisent et s'y entre-croisent en dessins extravagants, en bourrelets grincheux, en zig-zags rageurs, avec des bouts de laine qui passent, qui percent et qui piquent!... Tandis que les pantoufles de l'autre!... Ah! quelles nuances, monsieur!... quel moelleux!... quelle caresse au pied!... Et cette hmonade !... pour le pierrot!... (u boit.) Quel velouté!.,. Est-ce amoureusement sucré!... Pas un pépin de citron au fond du verre!... Demande à Caussade combien de fois il a failli s'étrangler avec la sienne !
MAURICE, remontant et redescendant .\ gauche.
Oui! oui! je connais bien ton jeu : tu plaides le faux pour savoir le vrai ; mais tu ne sauras rien!... Car il n'y a rienl
THOLOSAN *•
U y a tout! car tu te fâches!
Ehl bien, oui, je me fûche ! car ce ne sont pas les attentions
Maance, Tholosaa.
plus ou moins grandes que l'on peut avoir ici pour moi qui t'ont mis en iùie ces folles visions!... Quelqu'un a parlc^... d'elle et de moi... et je veux savoir qui!
THOLOSAN.
Qui? parbleu l. .E1J(?!...
MAURICE
Elle?...
THOLOSAN.
Et toi l
MAURICE
Moi... je t'ai dit ?...
TnOI.OSAN.
Mais voilà un quart d'iieure que tu bavardes, maladroit, el que ta discrétion m'apprend tout ce que je voulais savoir! Ah î cela l'c'tonne, et tu ne t'en doutais pas! C'est qu'il y a trois sortes de confesseurs, mon bon : le prôlre, le juge d'instruc tion et le médecin ! Le prêtre ne sait jamais tout, précisément parce qu'on lui dit tout, et qu'il y a une faç^^n de dire les choses qui les réduit, les réduit, les réduit!... le juge d'instruction en sait un peu plus, lui; car on lui ment, et il n'a qu'à prendre le contre-pied de tout ce qu'on lui dit pour deviner tout ce qu'on ne lui dit pas. Quant au médecin, mon fils... il entre, tire sa montre, vous fait tirer la langue, et vous tape dans le dos, en vous parlant névralgie, gasiralgie, etc. A quoi vous répondrez, sans vous en douter, fatigue, ennui, misère, débauche! Et quand il remet sa montre au gousset, il sait tout , car vous n'avez rien voulu dire, et, ne voulant rien dire, vous n'avez pris le soin de rien cacher I
MAURICE, railleuï.
Oui-dà!
THOLOSAN.
Et maintenant, veux-tu que je lui tâte le pouls à votre lièvre,
et que je te dise où vous en êtes ?
MAURICE, de même.
Oui... Où en sommes-nous, sorcier?
THOLOSAN,
A la troisième période !