ACTE PREMIER. I
fille comme vous !... Savez-vous que ça la chasserait un peu loin y et madame, qui a des prétentions...
BENJAMINE
Elle est si charmante I
JENNY
Dame ! les créoles I... car c'est une créole, n'est-ce pas, mademoiselle?
BENJAMINE
Oui,
JENNY
Laurent m'a conté cela. 11 paraît qu'on était joliment riche, mademoiselle, dans cette maison-là 5 mais les procès mangeaient tout, si bien qu'à la fin, madame vivait bien pauvrement avec sa mère, quand elle fut demandée en mariage par votre papa, qui avait fait fortune, et qu'elle épousa... par dévouement pour sa mère... (a part.) J'en ferais bien autant I
BENJAMINE
Avoue qu'elle était faite pour la richesse, Jenny!... Quelle grâce !... quel goût !...
JENNY, déposant son arrosoir et descendant en scène.
Oh ! oui. Seulement, di^puis quelques jours, je lui trouve des manières très-drôles 1
A maman?
JENNY
Mais oui, mademoiselle!... Elle me donne un ordre, et, c\i)q minutes après, c'est tout le contraire ! .. Elle m'appelle : j'accours, et elle me regarde d'un air tout étonné !... Les trois quarts de la journée, elle reste dans un fauteuil à rêvasser les veux. fermés, et quand clic se lève, c'est pour courir comme si le feu était à la maison l... Si une femme de chambre comme moi avait des lubies pareilles, on appellerait ça des turlutainesl.,.
BENJAMINE
Papa est toute la jouraée occupé à son jardin; elle s'ennuie ici.
JENNY
J'ai fini d'arroser, mademoiselle,
BENJAMINE. (Elle remonte vers le fond et regarde la campagne.)
Alors, reposons-nous. Quelle belle journée de printemps 1 Regarde donc la pelouse au soleil et le bois des Pawsses-Heposes
NOS INTIMESI
tout là-bas.. Comme il fait bon vivre par un temps pareil! Est-ce que tu ne trouves pas que cela grise ?
JENNY, avec malice.
Il faut bisn que cela grise, mademoiselle, car vous parlez du bois qui est à droite, et vous regardez la maison de M. ïholosan, le médecin, qui est à gauche l
BENJAMINE, un peu troublée.
Moi?
JENNY
Damel
BENJAMINE
C'est que je trouve qu'il tarde bien à venir aujourd'hui, (se reprenant.) Jc dis ccla, tu compreuds, à cause de notre convaiescent.
JENNTf rangeant le canapé, la chaise, etc.
Oh l je comprends biciil... Mais soyez tranquille pour le convalescent, mademoiselle. Madame a soin de lui : voilà une bonne idée qu'il a eue là, ce M. Maurice, de tomber malade chez nous!
BENJAMINE
Pauvre jeune homme! Le mal l'a pris si subitement! Papa ravait amené de force à Ville-d'Avray pour lui faire voir sa nouvelle campagne et pour le distraire, car il paraît que M. Maurice avait de grands chagrins. Et, comme il se levait do table après dîner, voilà qu'il devient pâle tout à coup et qu'iJ tombe évanoui. On cherche le médecin... personne!... Enfin, papa se rappelle qu'il y a ici, à deux pas, un grand ami de M. Maurice, le docteur tholosan, un médecin homœopathe...
JENNY, avec mtentlon.
Un jeune '"omme charmant I
BENJAMINE
Oui... et q-ji n'exerce la médecine qu'en amateur. Il court, ie ramène, et voilà M. Maurice au lit, avec une fièvre !..,
JENNY
Allons, çi L'a pas été bien grave, mademoiselle.
Parce que M. Tholosan était là; autrement,
JENNY
Voici madame!