‹ Nos invisiblesChapitre 100 sur 203 · MT · texte numérisé non relu

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du bien qu'il ambitionne ; et devant une telle grandeur mise en face d’une telle petitesse, devant la disproportion évidente entre le Créateur et la créature, on ne peut s empêcher de se demander avec terreur s’il n'y a pas témérité, irrespect

presque de sa part, à tenter la conquête d’un bien dont il semble indigne.

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Qui donc a pu les comparer ces deux êtres si dissemblables, l’un formidable-

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ment puissant et sage, l’autre foncièrement faible et déraisonnable ? Qui done a

osé dire que l’un était le reflet ou l’image de l’autre ?

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Et pourtant, malgré l’abîme qui les sépare, le grand, le puissant, veut du petit,

il l’attire vers lui, il prodigue sur sa tête, non la représalle hideuse qui anéantit,

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mais le feu de l'épreuve qui purifie:.… rien d'impur ne pouvant trouver sa place

autour de Lui, et l'imparfait étant dans l'impossibilité de pouvoir vivre dans les

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sphères qui composent son royaume de Justice, de bonté et d'unité. Non pas cependant que le dénouement de l'être humain soit l'effondrement de sa personnalité dans la Personnalité suprême, mais bien dans ce qui peut s'appeler la fusion des âmes.

L'accident cessant dans les sphères de paix, ainsi que les questions de climats, de races, de civilisations et de religions, les âmes qui les habitent cessent de se

diviser, comme elles le font sur terre, en âmes médiocres, vertueuses, géniales.

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La loi des contrastes n’existe plus, et la loi de justice s’affirme alors pleine-

ment, puisqu'il n’y a plus alors aucune différence fâcheuse et irritante dans le

partage des talents et des incapacités.

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Ainsi envisagé, le règne de la Justice nous paraît encore bien lointain. Mais il

faut songer que si nous ne pouvons prétendre à la posséder dès maintenant, il

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nous est permis cependant d'essayer d'en saisir quelques parcelles entre nos

doigts, à la condition que nous ne le fassions qu'avec un infini respect. Toutefois,

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croyez-moi, humains, ne la cherchez pas sur cette terre; elle ne peut y vivre

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qu'en empruntant à sa sœur la Charité tout ce que celle-ci contient de douceur.

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Si elle agit seule elle devient intolérante, dure, haineuse en un mot. Si, au contraire, vous la cherchez dans la région supérieure où elle réside ; si, pour la conquérir, vous vous efforcez de gravir les monts escarpés qui forment la base de son royaume, vous sentirez vos àmes malades se transformer sous son soufile vivifiant. La vieillesse rentrera en possession des rêves généreux de l'enfance ; les matérialistes, ne croyant qu’au palpable, comprendront enfin l’invisible, et c'est ainsi que peu à peu avec des peines infinies d’abord, avec plus de facilité ensuite, l'homme arrivera enfin au sommet des sommets où il pourra saisir dans ses mains avides cette Justice qui lui a paru, dans ses heures terrestres de profond découragement, une décevante utopie, et qui maintenant devient son

gage de paix, puisqu'elle lui assure la conquête de l’infaillibilité, de l’immutabilité

et de la charité.

PÈRE Dion.

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