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CHAPITRE XXXIII

L'homme, dans un orgueil mal compris et qui nous fait sourire, nous qui sommes à même de jeter un regard d’ensemble sur cette œuvre admirable de Dieu qui s'appelle la Création, l’homme, dis-je, qui s’est intitulé lui-même « le roi de la Création », ‘l’homme a peut-être tort.

Loin d’être seul maître dans cet Univers qui nous déroute par ses mille et mille imprévus, il est surpassé en autorité, en science, en sagesse, par une infinité d'êtres trop profondément intelligents pour s’arroger un titre auquel nul n’a droit, puisque la hiérarchie du mieux en mieux est indéfinie, et que l’âme la plus pure, la plus sainte, ne peut jamais se considérer comme n'ayant plus rien à gagner.

L'homme, ce composé d'un corps et d’une âme, nous étonne et nous surprend, parce que les points de comparaison nous font défaut. Au-dessous de lui, c’est l’animal, etau-dessous de l'animal, la matière brute ou, du moins, qui nous semble telle.

Encadré de cette manière, ce soi-disant roi de la Création ne peut, en effet, que nous paraître un chef-d'œuvre. Nous restons éblouis, fascinés, par ses qualités d’assimilation, de compréhension, d'activité, de domination. Mais nous oublions trop vite que tous les panégyriques conçus en son honneur, disparaissent dans

la poussière des néants, que la mort l’environne de toutes parts, le menace perpé-

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tuellement, que ses immédiats besoins créent des dangers incessants dans son ambiance même, que Pair qu'il est obligé de respirer est souvent empoisonné, et lui distille Ia mort, que la nourriture qui le soutient est fréquemment un infectant pour ses organes fragiles, que le travail, auquel il est tenu de se livrer pour obéir à la loi d'activité, use son corps et le rend friable à l'excès, qu'en un mot

ce présomptueux n'est qu'une très faible créature vis-à-vis de la mort seule

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maîtresse, seule souveraine absolue.

Quoique ceci puisse paraître paradoxal, la loi de mort est tellement envahis-

sante qu'on peut dire d'elle qu'elle est la loi de vie.

L'homme n’est-1l pas obligé, en effet, pour se tenir debout sur ce sol terrestre,

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pour arriver à vivre en somme, de tuer ce qui l'entoure?

I'imassacre les animaux dont 1l fait sa nourriture. A leur tour, ceux-ci agissent de même sur plus faibles qu'eux.

Quoique essentiellement dissemblables en apparence, la mort et la vie sont liées par un étroit trait d'union. On ne subsiste que parce que l'on tue, on ne meurt que pour faire vivre les autres, tantet si bien qu'on peut véritablement se demander qu'est-ce qui est mort, qu'est-ce qui est vie, si la mort mérite ce nom, et si elle ne doit pas plutôt être appelée transformation ou vie perpétuelle, la loi fondamentale de l'Univers étant de ne mourir que pour mieux renaître.

Les origines de l’homme sontincertaines. Il est bien évident toutefois qu'avant d'arriver au degré qui lui confère le droit de diriger cet instrument, plus ou moins perfectionné, qui s’appelle le corps humain, il a dû passer par tous lès degrés qui composent le règne minéral, végétal et animal, de sa planète; mais rien ne nous prouve qu'avant d'être cette pierre inerte qui borde le chemin, 1l n’ait été habitant de quelque autre séjour inférieur à la vie terrestre.

Le commencement, c'est-à-dire le début de la création d’une âme, est enveloppé de telles ombres qu'il ne nous est guère possible de dissiper ces brumes. Tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’une vie supra-intensive réside dans l’'Univers. |

Chaque souffle a sa résonnance, chaque vibration sa fonction. Tout se sub-

divise pour prendre place dans l’harmonie universelle, Les couches mêmes de

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l'Univers recèlent des âmes à l’état latent qui sont l'affirmation complète que le

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principe producteur est incessant et inlassable, et qui sont aussi la preuve indé-

niable que tout vit et tout vibre.

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