‹ Nos invisiblesChapitre 127 sur 203 · PURES ME · texte numérisé non relu

PURES ME

L'éducation du jeune garçon et de la jeune fille diffère par plus d’un point.

La manière de leur présenter la vie, de les préparer aux missions du lendemain, de les fortifier contre le présent, de développer leur moralité, n’est pas absolument la même pour les deux sexes ; et l’on peut dire sans exagération que la plus délicate de ces tâches à entreprendre est assurément celle qui concerne la jeune fille, cet être fragile, tout d'impulsion, de sensation, de premier mouvement, à qui la nature paraît avoir prodigué sans réflexion ces deux destinées, dont l'alliance semble incompatible : la grande faiblesse et les grandes missions.

Le rôle de l’homme est certainement non moins important. Des tâches extrémement lourdes lui incombent également, mais, contrairement à la femme dont le tempérament, la constitution, semblent disproportionnés avec ses devoirs perpétuels de dévouement, celui-ci a des épaules suffisamment larges pour ne mériter aucune compassion. [l semble bâti pour la lutte, les grands combats. 11 est fait pour supporter les privations victorieusement. Il souffre aussi infiniment moins que la femme, et il résulte de cet état de choses que l'éducation première de l’un rencontre moins de difficultés que celle de l’autre.

Il faut un doigté spécial pour préparer la jeune fille aux missions de l’avenir,

doigté qu'une mère seule peut posséder ; car, malgré toutes les bonnes volontés

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l'éducation qu'il donnera à sa fille, parce qu'il ignore trop ses susceptibilités, ses mouvements de pudeur que l'on doit ménager, mais jamais cependant au point de lui laisser tellement ignorer tout, qu'elle en arrive à être sans défense dans la vie qui ne lui ménage certainement pas ses coups.

C'est à dater du jour où la jeune fille entre dans sa quinzième année, que la partie la plus difficile, la plus compliquée et la plus grave de son éducation commence. Jusque-là, elle n’était qu'une enfant soumise comme toutes ses compagnes

à ces principes généraux d'éducation dont le fond varie quelque peu suivant les

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natures. Sur les bancs de l’école et sur les genoux de sa mère. elle avait entendu

répéter maintes fois Les mots d’obéissance, de sagesse, de travail, sans y ajouter

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d'autre importance que celle que pouvait y attacher un oiselet léger avide de prendre la becquée, mais ignorant pourquoi on la lui donne. Le cerveau des fillettes n’a guère plus de consistance que celui de cet oiseau. Les larmes de

repentir d'une faute coulent encore sur ses joues, que déjà le rayon de soleil

d’une pensée gaie illumine ses yeux, et ce n'est véritablement qu'à dater de la quinzième année pour les jeunes filles précoces, et de la dix-septième pour celles qui le sont moins, que l'éducation morale peut produire des effets durables, et imprégner suffisamment une àme pour qu’elle en conserve l'empreinte durant une vie entière.

Il ne faudrait pas croire, cependant, que ce rôle d'éducation appartienne exclusivement à la mère. Lorsqu'une jeune fille possède le bonheur inestimable d'être

entourée par la sollicitude des deux auteurs de ses jours, lorsque surtout une

entente parfaite, tant au point de vue de la tendresse qu'au point de vue des idées,

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dans la mission si grande de former l’âme de sa fille. Mais. pour que cette tâche 8 ’ q

d'éducation entreprise en commun soit efficace, 1l est utile que chacun des deux

époux n'empiéte pas sur le territoire de l’autre, qu'ils conservent chacun les

prérogatives qui s’harmonisent avec leurs sexes même, avec leurs aptitudes.

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Le père doit laisser à la mère le soin de ces entretiens s1 doux, de ces effusions particulières où l’âme des jeunes filles trouve parfois une s1 grande force. Mais

ils se réservera, lui, l’enseignement des qualités de loyauté, de courage ; 1l

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prêchera surtout d'exemple, en s’efforçant d’avoir une conduite telle que sa fille

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en arrive à souhaiter tout bas posséder un mari qui ressemble à son père ; enfin

il ne se désintéressera pas, ainsi que le font malheureusement trop de pères, de l'instruction de son enfant, car c’est justement à l’âge où le dernier point final des études vient d’être posé avec plus ou moins d’ostentation, sous forme d’un brevet quelconque, qu'il y a le plus à apprendre. Ces études n’ont fait qu'assouplir ou ouvrir l'intelligence. Le moment est venu de pousser cette intelligence plus avant, et le père, qui n'a pas à s’adonner aux occupations quotidiennes d'un ménage, peut parfaitement entreprendre cette tâche qui devient en même temps pour lui la plus salutaire des récréations, le plus utile des délassements.

Enfin, 1l doit s'efforcer de respecter en son enfant la liberté de la pensée. Traiter perpétuellement la jeune fille comme on traite une enfant, exiger d’elle qu'elle n'ait ni opinion contraire à ses parents, ni jugement qui lui soit propre, la renvoyer sans cesse aux soins ménagers et aux ouvrages d'agrément accomplis en silence, constitue un mode d'éducation terre à terre et dépourvu d'envolée intellectuelle. Enfants et adolescents ne méritent pas ce dédain. Ils vivent; c'est assez pour qu'ils aient droit à la sollicitude la plus entière, qui ne peut s'appeler que du despotisme toutes les fois qu'il y a direction compressive et anéantissement des idées naïissantes et quelquefois originelles de ces jeunes cerveaux.

Ce respect des idées naissantes ne peut que s’accentuer, dès qu’on met en pratique l'éducation spirite.

Lorsqu'on sait, en effet, que l'enfant qui est vôtre n’est autre qu’un Esprit imparfait venu tout exprès sur terre pour y chercher le progrès et l’évolution, qu'il est possible que cet Esprit ait rapporté de ses existences antérieures et successives un acquit moral peut-être égal et quelquefois même supérieur à celui de ses auteurs, que cet acquit, qui sommeille dans un coin de son âme, ne demande qu à s'exercer avec l’idée de ses éducateurs naturels, quand on sait ces choses. dis-je, 1l devient impossible de ne pas respecter l’âme de son enfant, et de ne pas chercher tous les moyens possibles pour l'aider dans cette œuvre de son perfectionnement. |

À ce point de vue c'est une véritable aubaine pour un Esprit de tomber sur des parents spirites, surtout lorsque la mère, profondément imprégnée de cette doctrine, s'efforce de mettre au cœur de sa fille toutes les idées de désintéressement sublime dont est composée cette philosophie, en lui enseignant que le regret d'avoir prononcé de mauvaises paroles, que les bonnes pensées et les bonnes

intentions restent sans valeur, si des actes sérieux et décisifs de réparation ne s’y

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adjoignent, que le bien doit devenir la condition normale d’une âme, la pratique

du dévouement et l'abnégation ses plus hautes jouissancés, la compassion et la

charité pour tous, sans exception aucune, sa seule raison d'exister.

Mais, avant de verser peu à peu dans l’âme de sa fille ces purs principes qui sont l'essence même du spiritisme, il importe que la mère devienne la confidente, l’amie la plus sûre de sa fille. Cette démarcation très petite qui existe entre la petite fille et la mère, doit être modifiée, dès que l'enfant cesse d’être enfant. Mieux vaut mille fois que la jeune fille voie plutôt en sa mère une grande sœur infiniment aimée, qu'une mère vis-à-vis de laquelle elle professe un sentiment de respect qui frise la crainte. Car, lorsqu'il en est malheureusement ainsi, la jeune lille, qui a besoin de s’épancher, cherche fatalement d’autres confidentes. Son inexpérience lui fait quelquefois placer très mal sa confiance, et, comme il suffit que ses confidentes l’écoutent pour qu'elle soit persuadée qu'elles s'intéressent à elle, 1l en résulte qu’à dater de ce jour tout le prestige de la mère se trouve détruit, que ses conseils restent sans valeur, son effort de sollicitude sans résultat.

Cette question de la confiance entre mère et fille Joue un rôle capital dans l'éducation de celle-ci, et je ne saurais trop blämer la légèreté de’‘certaines mères qui ne se donnent même pas la peine de choisir les relations de leurs filles, et qui n'ont d'autre souci que celui de leur assurer un passe-temps agréable chez des amies de leur âge et de leur rang, sans vouloir se rendre compte un seul instant si ces amies sont susceptibles d’avoir une bonne ou une mauvaise influence sur leur âme.

La plus grande circonspection est pourtant de rigueur dans le cas qui nous occupe. Certes il faudrait bien se garder de tomber dans un excès contraire, en interdisant à ses filles toute espèce de fréquentation avec les jeunes personnes de leur sexe. La jeunesse a besoin de jeunesse, 1] lui faut la gaieté bruyante, les éclats de rire sans raison, les propos puérils, qui sont encore autant de dernières manifestations de sa vie enfantine. Mais, à côté même de ces inévitables frivolités, on peuttrouver un fond sérieux, et ce qui importe avant tout c’est que la jeune fille aime assez sa mère pour préférer par-dessus tout à ces passe-temps légers, son affection sérieuse, sa conversation tendre et ses conseils de sagesse.

Pour qu'une mère mérite la confiance complète de sa fille, il existe un moyen

fort simple, c est celui de lui accorder d’abord elle-même cette confiance, L’'ini-

tier tout doucement aux secrets de son âme, aux soucis de son existence, à ses joies, aux déceptions mêmes de sa vie, c'est certainement la plus sûre manière d'être payée de retour.

Bien entendu, ces confidences doivent toujours être faites de telle manière qu'elles ne blessent pas la pudeur des jeunes filles. Il est de ces choses qu'il n’est permis de révéler à son innocence qu'avec d’infinies précautions. Mais les mères connaissent, en général, admirablement ces pudeurs pour y avoir passé ellesmêmes, et leur instinct joint à leur propre expérience est la meilleure des garantes dans ces épanchements où elles trouvent une jouissance infinie, dès qu'elles sont payées de retour dans leur confiance et dans leur tendresse.

Ce sont là les premières notions de l'éducation de la jeune fille destinée à devenir épouse et mère. Toutefois elles seraient fort insuffisantes, si elles n'étaient complétées par quelques données sur la manière dont on doit occuper les jeunes filles, afin de les empêcher d’avoir Jamais aucun contact avec l’oisiveté démoralisatrice.

Lorsqu'une jeune fille est élevée par des parents très chrétiens et très catholiques, il est rare que plusieurs heures de ses journées ne soient pas consacrées à la visite des pauvres, à l'enseignement du catéchisme pour les enfants des écoles laïques, à diverses œuvres de bienfaisance. Ces pratiques sont bonnes en ellesmêmes ; elles aident puissamment une âme au progres, en lui enseignant par avance le dévouement qu’elle aimera certainement pratiquer de plus en plus, au fur et à mesure qu'elle s’avancera dans le dur sillon de l'existence ; mais elles sont insuffisantes pour apprendre à la jeune fille tout ce qu'il y a d’atrocité dans ce mot € abandon », de sublimité dans celui de « charité »; car, hélas ! il faut le reconnaître, les visites aux pauvres inscrits à l'église, l'enseignement de la doctrine catholique à des enfants dont les parents n’ont en vue, en leur faisant faire la première communion, qu’un secours d'argent ou un cadeau de bottines neuves venant de la dame catéchiste ; ces usages ou pratiques de charité, dis-je, peuvent à peine être comparés à la valeur que pourrait avoir une goutte d'eau dans l'Océan immense, Ils sont imparfaits, car ils laissent de côté les pauvres les plus intéressants, ceux qui ont la pudeur de leur misère, et que ce mot de « pauvres honteux » désigne si clairement.

Les jeunes filles élevées dans l’idée spirite qui les éloigne de tout groupement

catholique (puisqu'il y aura longtemps encore incompatibilité absolue d'humeur

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