‹ Nos invisiblesChapitre 130 sur 203 · ME · texte numérisé non relu

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cile à remplir, car dans cet enseignement il s'agit d'éviter également deux écueils assez considérables : le pédantisme et les trop grandes timidités.

La meilleure manière de procéder est assurément celle de l'exemple. Lorsqu'une mère dit à sa fille : « Mon enfant, tu peux lire tous les livres que je lis, parce que je ne lis rien que tu ne puisses lire toi-même », on peut être sûr que cette mère-là connaît par le menu la manière d'enseigner cette dignité à sa fille. Jamais cette femme-là ne donnera à un homme une poignée de main que sa fille ne pourra donner, elle aussi; jamais elle ne tiendra de propos que sa fille ne puisse entendre, Jamais elle ne lui présentera des spectacles qu'elle ne pourra voir.

C'est un système d'éducation déplorable que celui qui consiste à établir entre la mère et l'enfant une ligne de démarcation bien tranchée; et, quoique ceci puisse paraître un peu osé, je soutiens que, lors même que cette ligne de démarcation existerait véritablement, que la mère lirait des livres impossibles à mettre dans les mains de sa fille, qu’elle assisterait à des spectacles que celle-ci ne peut voir, il est de première nécessité qu'elle dissimule cette différence et qu'elle ne dise pas à sa fille : « Moi, je puis voir ou faire cela, et toi tu ne le dois pas. »

Si l’on pouvait se douter du nombre incalculable de curiosités malsaines éveillées par ces simples mots dits à une jeune fille, lorsqu on veut cacher des choses susceptibles de froisser sa pudeur, on ne recourrerait jamais à ce moyen franchement pernicieux en lui-même, puisqu'il a pour effet immédiat d'attirer l'attention et la curiosité de cette jeune intelligence sur des sujets plus ou moins bons.

Qu'on le sache bien, il n'y a rien de tel que l'innocence pour engendrer de véritables monstruosités.

La jeune fille, qui ne sait paset qui voudrait savoir, va toujours beaucoup plus loin que la réalité dans ses conceptions ; elle invente des choses extraordinaires, se forge des chimères absurdes, détraque son cerveau à grands coups de pioche, et cela tout simplement parce qu’on lui a fait entendre qu'il est mal à son âge de connaître des vérités que seules les femmes ont le droit de savoir. |

À cette manière de procéder absolument déplorable, je préfère franchement une initiation lente. Il est des lois naturelles dont une jeune fille ne doit pas être totalement ignorante. Malheureusement, les trois quarts du temps, ou bien on les

lui révèle brusquement entre l'heure qui suit son diner de mariage et celle qui

précède sa nuit nuptiale, ou bien alors on ne lui dit rien du tout, parce qu'on suppose qu'elle sait ces choses, qu’elle les a devinées ou apprises par ses amies mariées; mais presque jamais on n'a pris ce soin, pourtant bien simple, de la préparer tout doucement, dans le cours de sa vie de jeune fille, à cette initiation prouvant cette vérité que c'est le plus souvent notre imagination qui enfante le mal, et qu'il n’y en a aucun dans l’accomplissement des lois naturelles qui régissent l'Univers. | |

La simplicité ! voilà le grand mot de léducation. Moins de recherche dans les moyens, plus de franchise dans l’ensemble, voilà ce qu'il serait si facile de mettre en pratique. Il faut prémunir les jeunes filles contre tous les dangers; mais comment s y prendre, si elles ne savent pas où et en quoi réside ce danger ?

Lorsqu on crie : prends garde ! à un aveugle, le premier mouvement instinctif de celui-ci est de s'arrêter, puis, comme il ne voit pas l’embûche, il tend les mains, cherche à droite, cherche à gauche, et finalement trébuche et tombe. Il en est de même de la jeune fille qui ignore tout. On a beau lui lancer le même cri d'alarme, elle succombe toujours, si elle ne sait d'où lui vient le danger, quelle est sa nature, sa gravité, et quelles sont ses conséquences; et la mère qui omet de la prémunir, sous prétexte de pudeur, commet une faute réelle, encourt une

lourde responsabilité.

S 1l est nécessaire d'entrer dans certains détails auprès des jeunes filles en ce qui concerne les lois physiologiques, la brièveté est indiquée pour lui apprendre à pratiquer le bien, et voici pour quelles raisons :

Lorsque la première éducation de l'enfant lui a absolument enseigné la récherche du bien et la fuite du mal, lorsque, pour parvenir à ce résultat appréciable de préférer le premier au second, on s’est servi de moyens naïfs mais utiles, des punitions et des récompenses, des louanges et des blâmes, lorsque, pour me résumer, 1] n’y a pas de défectuosités dans cette première éducation, l'habitude du bien doit être prise quand une fillette devient jeune fille, et, dès lors, le soin de la mère doit être d'enseigner à celle-ci à faire le bien sans raisonner pourquoi on le fait. Non pas que j'aie voulu dire par là qu'il faille céder à tous les mouvements instinctifs du cœur ; mais, par pratique du bien sans raisonnement, je veux dire

qu'il est utile de supprimer ces débats que l’on s’habitue trop facilement à tenir

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