‹ Nos invisiblesChapitre 129 sur 203 · D REX · texte numérisé non relu

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pure. Les travaux les plus difficiles à pratiquer peuvent devenir un délassement, si l'esprit est assez sérieux pour s y intéresser. |

Je voudrais que l’on enseignât aux jeunes filles à considérer la vie sérieuse non comme un lot douloureux qu'il faut subir, mais comme une réalité infiniment intéressante. Je voudrais qu’on dégageât leur éducation de toutes ces mièvreries qui les empêchent d'apprécier les choses élevées, qu'on les rendit un peu moins brodeuses de chemins de table et un peu plus amateurs de bonne littérature, de cette littérature élevée et sage qui n’emprunte rien au mystérieux et au roman, mais qui orne les idées, donne des aperçus sur les coutumes des peuples, sur les idées anciennes et les croyances nouvelles.

Aux femmes du xx° siècle surtout, l'histoire des ruisseaux qui murmurent, des oiseaux qui gazouillent et des amants qui s'aiment, ne peut suffire. L'époque est trop féconde en imprévus, en catastrophes ; elle est trop agitée, trop fiévreuse, pour ne pas exiger de la part des femmes de demain, des qualités de force morale, d'énergie et de sang-froid, qu'une éducation virile peut leur donner, éducation dont il ne sera plus possible de faire profiter leurs âmes, lorsqu elles auront franchi cette période qui précède leur mariage.

On voit par cet exposé que la tâche des mères est infiniment lourde et compliquée, car pour elles il ne s'agit pas seulement de graver au fond du cœur de leurs enfants tous les préceptes de bonté, de dévouement, de travail et de force, qui doivent faire leur triomphe plus tard, mais encore de respecter leur individualité, leurs opinions, leurs croyances.

Un déplorable système d'éducation est celui qui consiste à interdire à la jeune fille toute discussion, à lui clore la bouche par ce perpétuel : « Je sais cela mieux que toi », à repousser en un mot toutes les objections que lui présente son esprit pour certaines questions qui amènent certaines divergences de vues entre elle et ses auteurs.

S1 la jeune fille possède une de ces natures un peu concentrées et timides, 1l arrivera fatalement que, au premier mot sérieux de ses parents, elle se taira comme s1 elle était terrorisée ; et cela sera suffisant pour qu'elle ne fasse aucune objection à toutes les théories, à toutes les idées qu'on voudra lui inculquer. Sa mere, prenant son silence pour un acquiescement absolu, ne se donnera même plus la peine de lui expliquer pourquoi elle croit à telle ou telle chose, dans quel

but elle pratique ceci plutôt que cela.

Ce sera leur premier malentendu, car le plus souvent la jeune fille à qui l’on a refusé des explications s’obstine dans ses idées personnelles, sans rien en laisser trahir, et n'ayant plus alors personne pour lui faire toucher du doigt son erreur, s1 erreur 1l y a, elle se formera un jugement faux, elle deviendra une de ces douces entêtées comme il y en a beaucoup dans la vie, à qui l’expérience des années apprend plus tard qu'elles se sont trompées.

Il faut se le rappeler, les parents eux-mêmes ne possèdent pas l’infaillibilité. Il se peut très bien qu'avec la plus entière bonne foi ils soient dans l'erreur. Ils

peuvent, 1ls doivent toujours accepter la discussion proposée. Enfin il est utile

qu'une mère se souvienne de ceci, c’est qu'elle doit apporter les mêmes précau-

tions à ménager l'initiative de sa fille, qu'elle en met à respecter sa pudeur. Redresser son jugement est sa mission, empêcher ce jugément constituerait de sa part un véritable abus.

En agissant ainsi, elle la prépare à son double rôle d'épouse et de mère, rôle trois fois saint, et qui requiert de la part de la jeune fille toutes les qualités de tact, de dévouement, d'initiative, poussées au plus haut point. Aujourd’hui surtout que les ordres religieux sont devenus de plus en plus rares et que les vocations sont forcément de moins en moins fréquentes, il nous semble qu'il est très utile de leur faire envisager de bonne heure la grandeur et l'utilité de ce rôle, en leur apprenant à Jeter au loin toutes les gentilles illusions qui font toujours cortège à la jeunesse.

Enseigner à ses filles que les maris les meilleurs ont des moments difficiles, qu'il dépend beaucoup d’elles-mêmes que ces moments soient très rares, si elles savent exercer autour d'elles ce tact si particulier qui semble être l'apanage exclusif des femmes, voilà assurément un moyen infaillible de préparer à ces enfants très aimées, non pas le bonheur complet, mais une paix très grande, et de leur atténuer les plus durs soucis, les imprévus les plus fâcheux. Car la femme forte a pour elle ce don précieux qui est le plus sûr garant de cette force, c’est que rien ne la trouble, parce que la trempe élevée de son caractère lui a appris à placer ses espoirs non dans la vie périssable, mais bien dans celle impérissable où elle trouve la récompense complète de sa vie dévouée d’épouse et de mère.

Pour qu'il en soit ainsi, il est indispensable d'enseigner de très bonne heure à ses filles le sentiment de leur dignité, tâche dans laquelle la mère excelle lors-

qu'elle est elle-même pénétrée de cette dignité, mais tâche néanmoins très diffi-

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