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fums capiteux, tandis que, dans l'herbe touffue, l'humble fleurette et la fleur géante ouvraient leurs corolles pour y donner asile aux mille insectes bourdonnants cherchant dans leurs sues la force de vivre leurs éphémères floraisons.
Mais l’homme terrestre contemplait ces beautés d’un œil morne. Pas plus que l’'admirable fouillis des bois, la vue grandiose des océans se ruant à la conquête des grèves désolées, n'eut le don d’émouvoir son âme, et lorsque, le soir venu, le disque immense d’un soleil bienfaisant, fécondateur de la terre, enveloppait dans son éclat d’or très pur les forêts et les monts, les rivières et les
mers, 1] ne sentit jamais passer en lui ce frisson religieux, qui secoue même l'in-
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ne se définit pas plus qu'il ne s’acquiert. Contrairement aux qualités et aux défauts qui peuvent rester facultatifs ou accessibles à l’homme, il ne se met à la portée de personne, parce qu'il est plus ou moins inné en chaque individu. 1] est particulièrement développé chez l'animal, à qui il tient lieu d'intelligence. Ses manifestations peuvent être également bonnes ou également mauvaises, mais l'homme a cet avantage sur l'animal que son intelligence lui permet de redresser cet instinct, lorsqu'il est défectueux, grâce à un travail patient et par l'effet d’une irréductibilité volonté. C’est elle qui se charge de lui prouver par un judicieux raisonnement l'avantage qu'il y a pour lui à redresser tel ou tel penchant mauvais. Elle lui indique en même temps quels sont les moyens qu'il doit prendre pour parvenir à ce but.
La différence entre l'instinct et l'intelligence est bien tranchée. Le premier appartient à l'être impulsif, la seconde à l'être conscient. Certains philologues prétendent toutefois que le second état n’est autre que le résultat ou la transformation du premier. Ils affirment que s1 l’homme d'aujourd'hui possède moins d'instinct que celui des temps primitifs, c’est précisément parce que cet instinct s'est transformé en intelligence.
L'apparente logique de ce raisonnement est forcément détruite par cette considération que si l'intelligence était une transformation de l'instinct, celuiei finirait tôt ou tard par disparaître complètement. Or il est de notoriété qu'aucun homme n’en est entièrement dépourvu. A quelque degré que son intelligence ait pu parvenir, il restera toujours en lui une partie impulsive qui, malgré toute la sage discipline d’un cerveau bien équilibré, n’attendra pas toujours l'ordre sage et raisonné de celui-ci pour agir.
Nous voyons aussi ce cas se présenter fréquemment :
Une personne remarquablement intelligente, possédant une vive compréhension, capable des plus profonds raisonnements, sera pourtant très souvent une personne toute d'impulsion et de premier mouvement ; preuve bien évidente que l'instinct ne se transforme pas en intelligence, mais qu’il est entièrement indépendant d'elle, et que s’il obéit aux commandements répétés de celle-ci, ce n’est pas pour faire corps avec elle par l'effet d'une transformation inexplicable.
Autre chose est d'agir et autre chose est de penser, et, quoique la sympathie générale aille plutôt chez les impulsifs que vers les raisonneurs, il faut cepen-
dant convenir que ce sont ces derniers les plus intéressants, D'un autre côté, il
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faut bien se garder aussi de confondre le cœur avec l'instinct. L'amour, la tendresse et le dévouement, sont le partage des êtres évolués chez qui il ne reste de instinct que le minimum de ce qu'il doit en rester dans une créature humaine subissant à travers les siècles une loi d'atavisme contre laquelle elle est sans recours. L'instinct n'appartient pas plus à la loi d'amour qu'il n'appartient à l'intelligence. Son action ne dépasse pas une certaine limite, son rôle consistant à faciliter à l’homme l'accomplissement de ses désirs matériels. Ses manifestations sont par conséquent généralement grossières et brutales. Quelquefois cependant 1l emprunte une forme élevée en poussant l'être humain vers les bonnes actions ; mais, quelle que soit la forme qu'il revête, on ne peut cependant lui vouer l'admiration que l'on voue à l'intelligence, parce qu'il n’y à aucun mérite à agir poussé par une force instinctive, tandis qu'il y en a un très grand à appuyer ses actes sur la base du raisonnement inflexible.
L'animal, en qui l'on admire si souvent la compréhension vive, n agit guère que par instinct. Toutefois on est tenté d'attribuer une part d'intelligence aux actes du chien, car chez certains l'acte paraît avoir été véritablement raisonné.
Chez l’homme il arrive très souvent que l'instinct est obligé de recourir à l'intelligence pour ne pas tomber dans des erreurs qui pourraient lui être funestes. Certains êtres possèdent une sorte de prescience des choses à venir, une intuition très réelle, qui les sollicitent vivement à ne pas se laisser influencer par les considérations de la pensée intelligente. Mais c’est un tort très grand de céder à ces sollicitations. En agissant ainsi, on oriente sa vie le plus souvent dans l'erreur, car l'instinct est faillible comme tout ce qui se rapporte à la matière, tandis que le raisonnement sincère offre une réelle sécurité.
S1 l'instinct n'avait aucun côté pernicieux, on pourrait lui accorder plus de crédit. Malheureusement il en est de lui comme de tout ce qui est humain. Il yale côté bon et le côté mauvais. Il existe de salutaires instincts et 1l en existe d'autres néfastes. Il en est qui aident à l’évolution, et d'autres, au contraire, qui l'entravent. C’est pourquoi la défiance la plus entière et la rigueur la plus absolue sont nécessaires vis-à-vis de soi-même, si l’on veut arriver à développer les uns et à éliminer les autres.
Dans le cas qui nous occupe, le juste milieu n'existe guère. L'homme naït ou franchement bon ou franchement mauvais. Seule, l'intelligence a plus de
degrés. Elle peut être obtuse, moyenne, brillante ou géniale, sans que cela ajoute
à Sa qualité de bonne où de mauvaise nature, ou en retranche quoique ce soit.
Jusqu'à ce que cette intelligence soit développée, l'enfant va où l'instinet le pousse ; puis, le jour vient où cet enfant entre en pleine possession de son libre arbitre, La lutte entre la nature et la sagesse commence alors, lutte infiniment pénible dans laquelle la victoire reste souvent à la déraison, mais lutte féconde malgré tout, puisqu'elle développe chez celui qui la mène un esprit de combativité qui va le suivre et l'aider dans la marche de sa lente évolution.
Quelquefois aussi, il arrive que l’homme n’a guère à se débattre contre l'instinct mauvais, mais qu'il est, au contraire, puissamment aidé par une nature qui va d'elle-même vers le beau et le bien. A quoi doit-il ce privilège ? Faut-il conclure de cet état d'âme que le système de la grâce divine préconisé par l'Église romaine puisse posséder quelque valeur ? Pourquoi ce mélange de gens foncièrement vicieux et d’autres véritablement honnêtes ?
C'est là le résultat de l'œuvre évolutive. Les bonnes natures sont la conséquence des bonnes vies, et par bonnes vies il ne faut pas entendre l’ignoble et enlaidissant /ar niente, la lutte même modérée, la vie honnêtement paisible, mais bien la vie de travail acharné, souvent suivie hélas! de toutes les décevances et de toutes les ingratitudes qui purifient plus une âme que ne le pourraient faire les vies les plus saintement contemplatives.
Les bons instincts sont le résultat des vies antérieures. Ce sont eux qui communiquent à certains êtres de situation inférieure cette distinction, cette noblesse de sentiments, qui ne semblent pas en rapport avec le rang qu'ils occupent dans la société. Les bons instincts poussent l'ignorant à s'instruire, ils incitent l'offensé à pardonner, ils déterminent l’accablé par la vie à réagir, et cela sans le secours d'aucun raisonnement, mais tout simplement parce que la nature purifiée a pris l'habitude ou instinct du bien.
Par contre, l'homme peu évolué trouve dans cette même nature un terrible antagoniste toujours prêt à défendre ce que l'intelligence conseille, Elle n’est hélas ! que tropsnombreuse la race des misérables entièrement soumis à toutes les tyrannies d'une nature grossière dont tout le plaisir réside dans la pratique éhontée du vice.
Les dévouements sublimes sont côtoyés par d’immondes veuleries. La débauche se glisse partout ; elle ne respecte rien, pas même le village paisible
où l'habitant coule sa vie monotone, où la paix des champs semble envelopper
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d’une atmosphère de sérénité les humbles maisonnettes. Là comme ailleurs, des
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tage. À peine nubile, la fille se précipite dans les bras de l’homme brutal peu
féru d'amour mais exaspéré de besoins, tandis que le chemineau cynique, à qui
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par son atroce instinct de bête fauve.
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La ville ne le cède en rien aux bourgades champêtres. Dans les bouges infâmes où l’eau-de-vie meurtrière se débite, l'homme achève de détruire ce qui peut lui rester de conscience. Il ne songe même pas à résister à son instinct mauvais, et il en sera ainsi jusqu’au jour où l'humanité comprendra enfin qu'il n'est qu'un
seul remède pour l’évolution de sa terre : celui de préparer par une saine éduca-
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tion des générations fortes destinées à régénérer le vieux monde.
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Le nombre de ceux qui s'efforcent de préparer cette génération future est
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encore insuffisant. Les gens indifférents à l'histoire de l'avenir sont en majorité.
Pourtant il existe des âmes héroïques au milieu de ce grouillement à lodeur
fétide. Ces âmes-là sont des évoluées, qui n’ont conservé de l'instinct que sa pro-
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pension au bien. Ce sont parfois des philanthropes, quelquefois aussi des gens religieux. Qu'importe leur couleur, du reste? Il est un terrain sur lequel ils peuvent toujours se rencontrer, où ils peuvent toujours se tendre la main : cest le terrain humanitaire. De part et d'autre, n’ont-ils pas un culte ? Car quel autre nom donner à cet entichement saint du bien et du soulagement à apporter à ceux qui souffrent ?
Que l'instinct soit religieux ou philanthropique, le but reste identique, les effets sont les mêmes, et le meilleur souhait à faire à une humanité serait certainement celui de la voir en possession d’un instinct religieux qui ne s’attacherait pas aux questions de forme mais qui viserait uniquement la seule chose qui soit nécessaire enseignée par Jésus-Christ.
Nous ne voulons pas terminer cette causerie, sans dire quelques mots de l'instinct appelé «instinct de conservation ». Celui-ci paraît être inhérent à chaque individu, même à ceux qui sont le plus souvent détachés de l'existence. La preuve nous en est fournie journellement par ces malheureux suicidés recourant à la noyade pour en finir avec une vie qui leur paraît odieuse, et qui, en dépit même de leur propre volonté qui proteste, font les efforts les plus désespérés pour se
sauver et gagner le rivage. Cet instinct n’abandonne jamais l’homme. Il est l'évi-
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dence la plus éclatante de cette loi de vivre qui lui est imposée et à laquelle il lui est formellement interdit de se soustraire de par les lois morales et religieuses. C'est la seule explication plausible que nous puissions avoir de sa persistance. L'atavisme même ne l'expliquerait qu'imparfaitement, car l’atavisme s’effrite dans les successions de générations, dans les existences renouvelées. La douleur même se transforme et varie suivant les individus. Mais la loi de combat contre la mort subsiste, l'instinct de conservation pousse l'homme à se défendre contre l'accident, contre la mort volontaire même; preuve bien évidente qu'il ne lui appartient pas d’abréger les tristesses de ses Jours, etqu'ilne possède qu’un droit : celui de vivre en refrénant ses instincts mauvais. appelés à disparaître pour laisser place entière à la bonté intelligente.
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