CHAPITRE XLIIT
Dans les temps primitifs où l’homme ne possédait encore que l'embryon de la pensée, où ses actes n'étaient jamais la conséquence de son raisonnement, puisqu'il était avant tout créature impulsive, l’instinet jouait en lui le rôle prépondérant ; 1l était tout à la fois sa sauvegarde et son guide dans la vie matérielle qui l’absorbait complètement et ne lui permettait pas de voir au delà.
Sans cet instinct la vie lui serait devenue impossible. C’est grâce à lui qu'il arrivait à découvrir, à travers l'inextricable fouillis des plantes folles encombrant le sol, parmi toutes les espèces venimeuses au traître parfum, la racine ou l'herbe nutritives devant apaiser les angoisses brutales d’un estomac impatient. C’est encore grâce à cet instinct que maladroitement d'abord, avec plus d'adresse ensuite, 11 édifiait, sans même bien en comprendre la nécessité, la hutte grossière destinée à abriter son corps robuste et à le défendre contre les inclémences des saisons. Enfin c'est encore mue par cet instinct que la femme défendait son enfant, l'entourait de sollicitudes qu'aucune éducation n'avait pu lui inculquer.
[Il n'est pas douteux que, pendant des siècles, les hommes terrestres n'aient agi que sous son empire. Dans ces temps fabuleusement antiques, aucun initiateur, aucun Messie, n'étaient venus s’adonner à la tâche patiente et ingrate de des-
siller les yeux d’une humanité, en l’initiant au mouvement splendide de Ia pen-
sée. Mais le principe de vie immortel, plus fort que tous les néants étroitement liés à l'instinct, était en ces hommes. Avec une peine infinie, les idées germaient pour arriver à leur éclosion dans des quantités innombrables de siècles postérieurs à la race primitive.
Quoique ceux-ci se soient écoulés en emportant avec eux le mystère d’un passé qui n offre plus aucun rapport avec notre présent, nous aimons à nous représenter } ce que furent ces temps où l’homme, totalement dépourvu du sens de l'équité, sans joies, sans peines, sans pensées, sans aspirations, sans désillusions, vivait
sa vie sous la direction du seul instinct.
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Pourtant, avec la même sage lenteur qu'aujourd'hui, les heures s'égrenaient
en Île poussant tout doucement vers l'éternité et la renaissance. Comment les
employait-1l, quel usage faisait-1l de ses mains vigoureuses, de son corps d’athlète taillé, semblait-1l, pour la lutte et la conquête ?
Son unique occupation consistait à s’efforcer de satisfaire ses immédiats
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besoins. La nature le poussait à chercher sa nourriture, l'instinct la lui faisait
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trouver, 1l lui donnait les moyens de s’abriter, de se vêtir même d’une façon
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relative; il le poussait à la procréation, au combat...
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Sa vie s écoulait dans un décor sgrandiose. La terre inculte se dérobait sous
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des amoncellements d’étrange végétation. L'homme, au sens anti-artistique, n’avait
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pas encore porté une main profane sur la nature, et c'était un spectacle impres-