‹ Nos invisiblesChapitre 167 sur 203 · L’AMBITION HUMAINE · texte numérisé non relu

L’AMBITION HUMAINE

par hasard il en tombe entre ses mains un échantillon quelconque, il l’émiette ou le déprécie immédiatement, ou encore s en lasse de suite. Cet homme arrive à se fatiguer de tout, même de ce qui constitue la réalisation de l'idéal le plus cher; tant il est vrai que rien ne peut être stable, fixe et régulier, sur cette terre!

Pourtantilexiste de bonnes et saines ambitions, comme il existe des ambitions mauvaises ou déréglées. Vouloir s'élever perpétuellement n’est pas un mal, au contraire. Mais cette élévation doit être bien plutôt comprise dans le sens de progression d'une âme que dans celui d'amélioration de la vie matérielle, que les efforts les plus tenaces n'arrivent jamais à modifier que d’une façon fort relative, puisque le bonheur terrestre n’est qu'un pur mythe.

Toute autre est l'ambition qui concerne son âme propre. Ah! qu'elle est digne de louange cette sainte et belle émulation qui existe entre quelques âmes d'élite, dont le plus ardent désir est d'avancer rapidement dans la voie de la perfection !

Vouloir avoir une âme pure, accessible à tous les pardons, susceptible de tous les dévouements, Compatissante à toutes les douleurs, ne reculer devant aucun sacrifice pour parvenir à ce but, voilà ce qui constitue la raison d’être de l'ambition. Devant de telles aspirations les Esprits élevés eux-mêmes s’inchinent très bas, pris de respect devant le courage de ces êtres qui savent et comprennent le sens de cette parole : « Mon royaume n'est pas de ce monde »,

Hélas ! toute autre est l'ambition purement matérielle, À celle-ci il faut les honneurs, les jouissances, les premières places, les flatteries, l’adulation. Il lui faut le prestige, l'éclat en un mot.

Évidemment il est permis aux hommes de chercher à élever leur situation. L'effort même qu'ils sont obligés de faire pour conquérir ces places élevées, est un excellent stimulant pour développer en eux les qualités de combativité qui sont indispensables pour marcher dans les voies diverses de l'Univers, et qui convergent vers un unique but : Dieu ou plénitude des désirs réalisés, de l’ambition véritablement satisfaite.

Le désir de s'élever matériellement n’est donc pas mauvais en lui-même. Ce qu'il faut éviter c’est de lui donner une place trop prépondérante dans la vie. Encore et toujours nous devons naviguer avec un soin extrême entre ces deux écueils : trop désirer et trop se désintéresser. Le juste milieu doit être le point de mire de nos desiderata. C’est vers lui que doivent tendre tous nos efforts.

Lorsque nous le dépassons, nous outrepassons nos droits. Lorsque nous n’y

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atteignons pas, nous faisons faillite à la loi universelle qui veut l'effort et l'activité perpétuellement renouvelée. Les deux excès sont également nuisibles. Vouloir s'élever outre mesure est une odieuse témérité. Se complaire dans sa petitesse, ne faire aucun effort pour en sortir est une lâcheté, et je ne sais s1, forcé de choisir entre les deux extrêmes, je ne préférerais pas encore l’ambitieux qui veut s'élever à tout prix, parce que dans cet homme-là 1l y a, malgré tout, un effort, un certain courage qui sera plus tard un précieux adjuvant pour son progrès, lorsque l'expérience douloureuse des vies successives aura suffisamment épuré ce que son ambition contient de trop matériel. A l'inverse, l'être sans courage, autré dans son indignité, ne sortira qu'avec une peine infinie de sa basse condition, son manque d'énergie, sa mollesse, ayant créé autour de lui une atmosphère lourde où manquent tous les principes vivifiants de Ia rénovation pour la lutte.

Mais qu'ils sont à plaindre tous deux, ce lassé d'avance et ce trop ambitieux! Qu'ils sont dignes de nos prières instantes, de nos supplications vers l'Éternel, vers ce Messie d'amour, Esprit très pur qui n'eut, lui, qu'un désir : mourir pour l'humanité |

Que la voilà donc bien la sainte et sublime ambition : aimer ses frères sans restriction! Pour Jésus cette ambition ne pouvait être personnelle. Il n'avait rien à souhaiter pour le repos de son âme, et nous savons le cas qu'il fit des richesses et des honneurs. Mais, répondant aux désirs fous et cachés des hommes, il se contenta de leur dire : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa Justice, le reste n’est rien ». C’est pour n'avoir pas suffisamment compris ou apprécié cette parole que humanité s’agite encore dans des affres de désespoir, dans des luttes dont elle n’entrevoit pas la fin. C’est pour avoir oublié cette parole que les guerres déciment encore la terre, que les injustices y règnent toujours dans toute leur horreur, et que la foi, prise dans le remous des tempêtes morales, semble surnager à peine comme la triste épave d'une époque glorieuse, de ces temps de douceur que furent les premiers temps du Christianisme. Mais dans cette débâcle il y à encore cependant des âmes justes. C’est l'ambition de ces âmes qui sera la sauvegarde de cette triste humanité ; car ce qu'elles veulent avant tout, c'est la résurrection de ce temps christianique où tous ne formaient qu’un cœur et qu'une pensée, |

Est-ce trop d’ambition, humains, mes frères ?

Père Dibonx.

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