LE SINISTRE
Une question qui vient souventse poser à l'esprit anxieux de l'homme toujours en éveil lorsqu'il s’agit des problèmes de sa destinée future, c’est celle de savoir si le sinistre ou accident fait partie des conditions de vie prévues et acceptées par l'Esprit au moment de sa réincarnation.
On sait, en effet, qu'avant de revenir au sol purifiant de l’œuvre l'Esprit, aidé de ses collaborateurs ou conseillers qui se sont en quelque sorte constitués ses parrains extra-terrestres dans cette circonstance, trace une ébauche grossière de ce qui va constituer son existence d’ici-bas. Il connaît d'une façon approximative le nombre d'années qu'il va passer sur terre, nombre d'années qui sera toujours approprié au laps de temps qui lui est nécessaire pour se réformer et mener une vie utile. Puis, lorsque ces limites sont à peu près tracées, 1l désire ou ne désire pas une mort rapide, qui ne lui permette n1 les transes qui présagent l'instant de la mort ni la douleur ou l'inquiétude de laisser derrière so1 des êtres chers qui avaient encore besoin de lui.
Lorsqu'il souhaite ainsi ardemment la mort subite, 1l s'expose naturellement aux accidents qui la provoquent et qui ne sont pas toujours forcément la rupture
d’un anévrisme ou la formation d’une embolie, mais bien souvent le sinistre ou
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la catastrophe, suppléant ainsi, à défaut d'un vice de constitution, aux accidents corporels.
Et pourtant, quoique l'accident soit une des conséquences de la volonté propre de l'Esprit au moment où 1l va se réincarner, il n'en reste pas moins odieux à l'humanité, qui est toujours en droit de se demander quelle est son utilité, et pour quelle cause et dans quel but le principe divin a permis sa manifestation sur la triste terre.
S1 étrange que cela puisse paraître, le sinistre joue cependant, lui aussi, sur terre, un rôle utile. Chaque circonstance d'une vie, si insignifiante soit-elle, collabore à l'œuvre universelle, Le mot futilité, ou inutilité, ne peut s'appliquer qu à cé qui est œuvre humaine, jamais à ce qui est œuvre divine.
Mais, pour être convaincu de cette vérité, 1l faut la foi en Dieu, la croyance en l'immortalité. Il est naturel, il est compréhensible, que les individus terrestres sans conviction s'attristent outre mesure, lorsqu'ils voient surgir sur leur planète un de ces cataclysmes dévastateurs qui sèment non pas seulement les deuils mais encore la ruine irréparable, les souffrances de toutes sortes. Mais on comprend moins la désespérance des êtres qui ont la ferme conviction de la réalité de l'immortalité, et qui savent que les plus effroyables sinistres n'auront Jamais assez de puissance pour empêcher la vie d’être éphémère, l'épreuve rapide, la délivrance proche.
C'est une erreur cependant que celle qui consiste à croire que l’accident est fatal, qu'il a été toujours choisi par l'Esprit désireux de mort subite. Quoique le cas se présente fréquemment, il y a cependant des exceptions nombreuses. L'aléa est une des conditions de la vie terrestre, en nous soumettant de nouveau à l'existence d'ici-bas. Nous acceptons également les surprises et les déconvenues impossibles à prévoir. Il est probable que, si nous étions destinés à vivre seuls comme les ermites de la Thébaïde, il nous serait alors possible de tracer pour nous-mêmes un programme ferme qui ne varierait jamais, et qui serait ainsi à l'abri de tous les imprévus. Mais, nous ne devons pas l'oublier, la terre n’est, en réalité, qu'un vaste alambie où nos défauts et qualités personnels viennent fusionner avec les qualités et les défauts de nos proches. Il s'ensuit forcément que nous subissons le contre-coup des épreuves et des joies des autres, de telle sorte qu'en revenant sur terre nous ne sommes certains de rien si ce n’est de
souffrir et de mourir. Cette mort peut survenir dans des délais fixés par nos guides
LE SINISTRE 193 4! dE protecteurs au moment de la réincarnation, mais l'accident peut également nous (4 if | surprendre, et c'est en prévision de cet accident qu'il est sage et utile de se tenir | 1p É toujours prêt au départ. f | ll |
L'Esprit surpris ainsi est presque toujours obligé de revenir à la terre lorsque, | 1 | | | je le répète encore, cette mort accidentelle n’a pas été souhaitée par lui. En : 1 | n'. général, 11 ne lui a pas été possible de réaliser un progrès sérieux pendant la | | pit =. période de temps passée sur terre, cette période s’étant trouvée subitement écour- j| il tée. Mais comme ceci ne lui est nullement imputable, et que cette mort violente, 1 d | quelquefois même pénible, lui constitue des sortes de circonstances atténuantes, (1 qua il peut revenir à la terre avec des conditions de vie moins sévères. 1 til Que peuvent ressentir des Esprits qui ont ainsi quitté brusquement la pla- ll (l nète? Les incarnés se le demandent avec quelque anxiété. Y a-t-1l surprise, : ll | | trouble extrême de leur part? Sont-ils attristés ou satisfaits d’avoir vu ainsi se 1! Ai terminer l'épreuve terrestre ? 1 À ji | Ceci dépend absolument des êtres, de leur caractère plus ou moins disposé à | Hi (| es accepter avec sérénité les aléas de la vie. Mais on peut dire, en thèse générale, REA que l'ennui de voir manquer une vie et la tristesse d'être obligé d'en recommen- ff] il | cer une autre sont choses moins pénibles qu'on ne se l'imagine sur terre. Une | |: | fois débarrassé de Ia matière corporelle, l'Esprit a moins de frayeur pour la vie ri Lu terrestre, qu'il apprécie à sa réelle valeur, parce qu'il se rend un compte parfait | | ‘ji de sa briéveté, et qu'il commence à Comprendre le peu de racines et d'intensité 11 de vie que possède le sol où germe l’épreuve, si on le compare aux joies divines | à Li et universelles. (a ni C’est cette appréciation qui fait la force et la différence de l'être mort par LE | accident instantané, d’avee celui qui a eu recours au suicide pour quitter une vie “| | Al qui lui est odieuse. La situation de ces deux êtres n'offre donc aucune analogie. | (4 | Quant au sinistre, il ne doit être envisagé que comme une des lois transfor- 1h qutt matrices de la matière. Il effraye l'humanité, parce qu'il agit intensivement sur fl; qi | un corps faible. Mais, envisagée au point de vue général de la cosmogonie uni- | LL il verselle, l'appréciation peut être autre, et si ses effets nous paraissent terrible- Aa a ment destructeurs, il est bon cependant de savoir qu'ils n'empêchent n1 la monade \ ]\à | divine de remplir les mondes et les espaces, ni les êtres d'accomplir leur évolu- | { LR tion par la loi de la transformation qui est le triomphe même du principe de vie. (LOS RENAN. | h
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