L'AMOUR ET LA BESTIALITÉ
Poussé par ses sens l’homme ne résiste que mollement, si même il résiste ; car c'est déjà une légère marque de sa supériorité que de ne pas se laisser aller immédiatement au premier mouvement, et de résister tant soit peu à l'invitation bestiale des sens.
Pour l'excuse de l'homme, 1l faut dire aussi que, sur terre, tout semble concourir pour chatouiller son épiderme sensible. Les premiers souffles du printemps, la vue d'un joli minois, la vision fugitive d’une silhouette élégante, sont autant d'excitants ; et en se rendant compte jusqu'à quel point l'homme est facilement terrassé par les sens, on reste un peu étonné et pensif, se demandant pourquoi il en est ainsi.
Ses origines bestiales sont seules causes des particularités de son tempérament. Avant même d'exister en pensée et en raisonnement, 1l a existé en instinct et en premier mouvement. Avant de pouvoir se réprimer il a été en butte à la bestialité sans limite, qui le faisait se jeter sur n'importe qui et vainere n'importe quoi; et ce temps est encore si peu loin derrière lui qu'il ne faut pas s'étonner si, durant le cours de sa vie terrestre d'homme, il lui reste encore quelque chose de cette vie animale, où une seule loi était la sienne : vivre à n'importe quel
prix.
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Est-ce à dire que, si ces origines ont laissé ces traces dans son âme, 1l ne doive rien tenter pour s’en débarrasser dans la mesure du possible, qu'il doive tout accepter en alléguant cette très mauvaise excuse, qui est celle de tous les
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On ne peut exiger de lui qu’il tombe dans des exagérations d'ascétisme, qui ne
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pourraient en aucune façon s’accorder avec son tempérament; mais on peut tou-
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jours souhaiter qu'il réagisse, qu'il soit en quelque sorte maître de ses sens.
Pour arriver à ce résultat, il faut qu’il commence par n’accorder à la nature
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que le strict nécessaire, et qu'il cherche autant qu il est en son pouvoir l'union
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durable, parce qu’elle sera basée sur l'estime réciproque engendrée par des qua-
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lités sérieuses, par des instincts élevés.
Tout amour qui ne revêt pas ce caractere n'offre aucune garantie, et tout homme qui ne la cherche pas est certain de mener une vie sans progres et sans utilité. Il conserve alors en lui, à l’état perpétuellement latent, toutes les convoitises de ses origines bestiales. Un rien les réveille. Il en arrive à ne plus être
maître de lui-même ; il gâte sa vie et aussi celle des autres.
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l'est bien certain que sans amour la terre ne pourrait pas exister. Ce lieu de désolations et de deuils deviendrait absolument insoutenable ; le suicide aurait son excuse. Aussi n est-ce pas contre cet admirable palliatif de nos peines que nous nous élevons ; nous voudrions au contraire le rendre plus élevé, plus sublime, plus consolant si possible. Et c'est pourquoi nous souhaitons pour tous les malheureux habitants de ce triste séjour qu'il soit débarrassé de toutes les
scories qui atténuent sa pureté, de telle façon que l'on ne prononce jamais ce
mot sans se rappeler qu'il est en même temps synonyme de fidélité, de dévoue-
ment et d'abnégation.
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En le perfectionnant ainsi, l'homme arriverait fatalement à rendre cet amour à peu près semblable à celui pratiqué dans l'au-delà. Car 1l ne faut pas croire qu'il cesse avec la vie terrestre, qu'il s anéantisse avec le corps dans le froid du sépulcre.
Comme l’âme, comme le périsprit, l'amour est immortel. Il survit avec celleci, et les êtres qui se sont adorés 1ci-bas goûtent la Joie très douce de se retrouver dans les sphères de paix où elles jouissent doublement de cet amour, lorsqu'elles savent qu'aucune considération terrestre plus où moins mesquine ne viendra entraver la manifestation de leur tendresse.
Pourtant l'attirance spéciale des sexes n'existe plus. Ces mouvements de passion de la bête en rut sont réellement morts ; mais l'extase et l'ivresse existent
plus complètes, plus entières, en même temps qu'elles sont infiniment plus
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L'Esprit homme conserve la caractéristique de son caractère d'homme, c'est-
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à-dire plus de virilité, de force quasi-physique dans les manifestations de ses
actes. La femme ne perd rien de son charme particulier, de sa douceur, de sa
tendresse, et, en raison même de ces différences dans leur caractère, 1l peut y e ° r 2 r LP ch avoir attrait mutuel, les contrastes étant faits pour s attirer.
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