‹ Nos invisiblesChapitre 23 sur 203 · Î LE · texte numérisé non relu

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l’'entendra. Malgré cela, et quoiqu'on lui enseigne très jeune cette infériorité

vis-à-vis d'elle, il ne s’accoutume pas à la servitude de sa venue, IT la repousse,

il en souffre par avance, et il se désespère lorsqu'il voit ses coups frapper à droite

et à gauche dans la phalange du groupe sympathique qui constitue sa famille de

cœur.

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RÉINCARNATION 25

Hélas ! mes chères enfants, contre ce déchirement de l’âme qui gémit hautement de voir partir ceux qu'elle aime, contre la douleur atroce des séparations, il n'y a pas de remède... Le croyant souffre, en pensant au temps problématique qui le sépare de l'être parti le premier pour la région de l’immortalité. L’incroyant soupire sur la tombe qui détruit tout, et ne rend rien; et, malgré toute l’éloquence entraïînante et persuasive des apôtres de la bonne parole, malgré la certitude profonde que possèdent un grand nombre d'êtres de la réalité de la survie, malgré la tendance si belle qu'ont certaines âmes à tout supporter en vue de la vie future, le déchirement subsiste parce que ce déchirement fait partie d’une loi immuable, qui veut que notre plus grande expiation soit dans la souffrance que nous apporte la mort.

Mis la loi inexorable... et juste, malgré toute la sévérité dont elle est empreinte, ne nous défend pas de rechercher l’adoucissement, Elle ne nous interdit pas le regard jeté sur les conséquences de la mort, et si nous savons regarder en face ces conséquences, nous ne pouvons tarder à ressentir, au milieu même de nos plus grandes souffrances morales, un apaisement, une sorte de calme bienfaisant qui, peu à peu, arrivent à rendre à l’âme un peu de cette force et de cette sérénité dont elle a besoin pour poursuivre le sillon aride de la vie.

Mais encore, direz-vous, âmes qui doutez, quelles peuvent être ces considérations adoucissantes? En quoi consistent-elles ? S'agit-il d'un ciel où 1l y aura beaucoup d’appelés mais peu d'élus, d’un ciel d’où seront exclus un grand nombre de ceux que nous aimons ?

O mes qui raisonnez ainsi, rassurez-vous et consolez-vous, car Dieu n’a pas localisé sa bonté, pétrifié ses dons, mais il les a, au contraire, étendus à son œuvre entière. Son royaume n’est pas une île isolée et inaccessible ; 1l embrasse tous les mondes, il comporte le vide même, les nébuleuses et les voies lactées, l'infini et l’insondable, le passé qui n’a pas de début et l'avenir qui ne se termine pas. Le mot mort n'est qu'un terme servant à désigner une période de transformation. De ce squelette même qui paraît à vos yeux le symbole du néant, des quantités d'êtres renaîtront, et, de même que le fumier produira la fleur, de même le corps de l’homme produira d’autres germes de vie destinés à s'ajouter à la couronne de perpétuelle gloire que forment à eux tous les êtres créés par Dieu — mystère.

Deux principes composent la personnalité de l’incarné. Ils s'appellent matière

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et âme. Si le premier revêt une forme grossière ; si la matière offre, lorsqu'elle n’est pas animée par l’âme, l'apparence de l'inertie, elle est cependant soumise, elle aussi, à une loi de transformation. Mais l'âme, qui émane de Dieu, lui reste toujours supérieure. Sa transformation toute morale est lente, et, s1 elle peut et doit arriver à ce résultat de modifier ses défauts, de les faire disparaître pour y substituer les qualités réputées à Juste titre comme étant les plus belles, elle n’en garde pas moins son entière individualité et personnalité ; elle ne devient pas, du fait de sa séparation d’avec le corps, une espèce de pensée flottante sans consistance, une sorte de corps sans organe qui s'appelle peresprit. L'enveloppe et l'esprit peuvent ainsi se montrer aux voyants sous les mêmes apparences que celles qui se manifestaient au cours de la vie terrestre.

Si le monde ne se composait que de médiums, cette joie si précieuse de voir les Esprits atténuerait pour eux dans une grande mesure tout ce que la séparation mortelle peut contenir de cruel. [l'est si doux ce don qui permet d'entrevoir dans un éclat modéré les âmes débarrassées du corps; mais ceux qui possèdent cette faculté formant l'exception, c’est à la majorité qu'il convient de dire :

Habituez-vous dès maintenant à vivre de la vie de l'âme, et à ne considérer le corps que comme un instrument qui s'associe à tous moments avec la matière. Ce corps peut être tour à tour infirme, beau ou repoussant, 1l peut une fois être du sexe masculin et dans une autre existence du sexe féminin, de même qu'il peut servir d’abri tantôt à une âme vile, tantôt à une âme sublime. Mais l’âme ne pourrait agir de même, Si elle se réfugie une fois dans un corps contrefait, une autre fois dans un corps droit, elle conserve toujours ses idées personnelles, ses talents acquis, ses qualités innées ou développées, Au milieu des réincarnations diverses elle n’annihile pas son individualité. C’est pourquoi elle seule peut être attachante, elle seule peut donner la force de supporter la mort puisqu'elle n'en est pas atteinte.

CURÉ D ARs.

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