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L'ÉTERNEL AMOUR OU L'AMOUR DANS L'ÉTERNITÉ 49
pur, dépourvu non seulement de toutes les sensualités, mais encore de toutes les craintes et de tous les calculs.
La peur de froisser celui ou celle qu'on aime en lui disant : « prends garde | tu n'as pas fait assez pour te corriger de tel défaut — tu es encore trop loin de cette perfection », — cette peur-là n'existe plus. L'âme aime trop purement pour ne pas viser avant tout le bien personnel de l’aimée ; — elle est prête à tous les sacrifices pour elle, et consentirait même encore à la séparation douloureuse. si cela était nécessaire pour lui assurer au plus vite le bonheur des éternités, c'est-à-dire la joie sans limites et sans lassitude.
C'est la pureté de cet amour dans l'éternité qui constitue toute sa force. Sans doute 1l'est infiniment doux et captivant cet inoubliable moment où, dans l’espace peuplé de tant d'êtres, au milieu de ces silhouettes innombrables qui vont et viennent, l'âme retrouve celui qu'elle cherche et qu'elle espère ne plus quitter. I faut renoncer à dépeindre ces effusions sous lesquelles elle défalle parfois de bonheur, ces entretiens où l’on se promet d'effectuer désormais le progrès ensemble, Le spectacle de ces Esprits tendrement unis est assez beau pour faire oublier tout ce qu'on a laissé de tristesse sur les mondes inférieurs, où la distribution de la souffrance n'a pas cessé hélas ! mais est allée simplement à d’autres passagers. Mais combien n'est-il pas encore plus touchant de voir l’un ou l’autre de ces couples s’arracher aux douceurs de la réunion en disant : « On pleure, on sanglote, on défaille là-bas. Ils ne peuvent vivre, s'ils ne sentent ma présence... jy cours, notre bonheur ne peut être fait que du bonheur des autres. I s’avilit s’1l devient égoïste. Courons tendre la main à ceux qui chancellent, et alors plus tard, seulement plus tard, lorsqu'ils nous auront rejoints, nous aurons le droit de ne plus nous quitter. »
Voilà bien l'amour dans toute sa force ; c’est l'amour des cœurs dévoués, des intrépides, de ceux que la vue de la douleur émeut plus que la voix vibrante des harpes éoliennes, le chuchotement de la course des éthers, la sollicitation des buissons d'azur. Peuvent-ils jouir, peuvent-ils s'aimer librement, si là-bas, sur la terre sinistre, les larmes des leurs viennent tomber abondantes ét pressées sur le sol?
L'amour dans l'éternité ne se restreint pas à quelques-uns, 1l s'étend à tous. Les préférences ou groupements d'êtres sympathiques existent, il est vrai, les diversités des caractères et des aptitudes ayant autorisé et même voulu ces grou-
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pements, mais l'intérêt et la compassion ne peuvent s’y limiter. C'est aimer que de savoir plaindre les indifférents, protéger les gens antipathiques, et c’est aimer encore que de savoir agir vis-à-vis d'eux comme s'ils n'étaient ni indifférents ni antipathiques.
Cette loi semble dure à mettre en pratique sur terre. Pourtant il est utile de s'exercer à l'accomplir, car c’est en s'y adonnant que l’homme peut recueillir cette force morale si précieuse durant sa vie terrestre et indispensable pour son progrès futur. L’amour divin s’est plu à englober tous les êtres. Répondons à cet amour en suivant le précepte de Jean, c'est-à-dire en nous aimant les uns les autres. Cela nous sera facile, si nous voulons bien considérer avec attention l'œuvre universelle de Dieu dans laquelle il s’est plu à prodiguer les trésors de sa tendresse infinie.
Nous ne parlerons pas ici de tous les embellissements qu'il a donnés à la cage de ce pauvre prisonnier qui s'appelle l'homme terrestre. Les parfums des prairies, la caresse du soleil, le passage frais des rivières, la grâce des saules qui les abritent, les sanctuaires de verdure où les chênes tortueux s'unissent aux frênes et aux bouleaux, les roches aux formes bizarres, les océans passionnés, sont autant de manifestations de sa sollicitude. Il a voulu que les yeux obscurcis par les pleurs se sèchent parfois en contemplant ces merveilles. Il a voulu que l'enthousiasme gonfle le cœur de l’artiste, et lui fasse oublier momentanément les fréquents déboires. Mais sa bonté ne s'arrête pas là. Ce que nous voyons sur terre n’en est que le complément, et c’est dans l'Univers qu'il faut chercher l’'entier.
Dans cet espace immense des millions de mondes se meuvent, cités colossales d'un Dieu qui l’est encore plus. Sans appui et sans contact, 1ls tournent, gravitent, s éclairent auprès des soleils aux éclats divers. Quelques-uns, plus privilégiés que la triste terre, sont éclairés tour à tour par plusieurs de ces flambeaux prodigieux. Une partie de la journée des habitants de ces mondes s'écoule sous une clarté rose, qui contient toutes les transparences idéales des boutons de la fleur terrestre au suave parfum. Puis la lueur pàlit, prend des teintes mourantes ; un bleu tendre lui succède, et un soleil d'azur vient répandre à son tour ses prodigalités sur ce monde. Plus loin, voici des globes inhabités, gigantesques agglomérations d'autant de molécules, destinées à servir tôt ou tard de prétexte
à l’inépuisable fécondation du Créateur :
: etenfin, entre ces mondes, ces satellites,
L'ÉTERNEL AMOUR OÙ L'AMOUR DANS L’ÉTERNITÉ ky
ces astres, voici un peuple, que dis-je ? des peuples qui s'agitent, évoluent sans effort à travers ce dédale des mondes ; 1ls causent, discutent, travaillent, et n’ont l'air d'être possédés que d’un désir et créés pour une unique cause : trouver Dieu et proclamer sa orandeur. Ils sont les produits de son amour comme l'Océan et la Montagne sont les manifestations de sa sollicitude, comme son œuvre entière n’est que le trop-plein de son cœur.
Pourtant on dit qu'il reste indéfinissable le prodigieux ouvrier de la Création, et à cette affirmation nous répondons : Non, sa conception est simple ; Il est amour; Îl aime et veut être aimé, mais Il veut aussi que cet amour ne soit pas contraint; Il veut que nous le lui donnions librement. C'est pourquoi Il nous a laissé la liberté avec laquelle, comme des enfants terribles, nous avons créé les chutes qui nous ont amené nos vies d'épreuves, bien courtes, 1l fauten convenir,
s1 nous les comparons à l'Eternité.
Et de tous les coins de l’espace, du sein même des mondes, elle redit son refrain, l'éternelle chanson d'amour ; elle devient la récompense sublime des àmes intrépides qui ont su aimer sans égoïsme, Pour celles-là la fatigue des errances est alors terminée. Le rire énervant laisse la place à la sérénité ineffable. Le mot séparation devient le terme d’un vocable passé. L'agonie de l'épreuve est
terminée. L'astral est un sol sans rudesses : sol mouvant et vibrant sous le frisson
de tendresse qui l'agite, sol de paix sur lequel glissent les âmes vêtues de soleil, escortées de tendresses symbolisées par les êtres qui composent la famille sans limite de l'Univers, famille d’où la dégénérescence est bannie, puisqu'elle sait vivre purement et aimer librement.
P£re Dion.
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