‹ Nos invisiblesChapitre 39 sur 203 · TS CS · texte numérisé non relu

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tant dans les espaces azurés, ayant l'Univers à tes ordres, tu as moins besoin de ta servante ! »

Ce sont bien là les accents de l'amour sublime, celui dont nous parlerons en dernier, lorsque nous aurons étudié la pureté et la force de cet amour dans lequel les mondes et les êtres se meuvent depuis toujours, sans que jamais ce principe aux manifestations diverses puisse être morcelé et détruit.

Ce serait véritablement déraison que de vouloir comparer un seul instant ce qui se passe sur terre avec ce qui se passe dans l'Univers. C'est faire un trop grand honneur aux sens que de désigner sous le nom d'amour les impressions ressenties par l'être inférieur. Il y a un monde entre la tendresse universelle et l'affection charnelle, et pourtant nous restons plus attendris des voluptés qui nous environnent que de l'amour pur que nous concevons mal. La terre elle-même se fait la complice de nos sens. Il y a de la provocation dans ce bruit de feuilles qui s'agitent, comme le ferait un rire prolongé sous la caresse des brises. Il y a de sournoises invites sous ces couches d'herbes verdissant aux premières bouffées de printemps. Dans sa quiétude qui semble exclure toutes les vilenies terrestres, dans sa fécondation même, la nature rappelle perpétuellement les lois de la chair, le parfum des fleurs, le chant des oiseaux, les gouttelettes de rosée brillant d'un éclat très pur sur les corolles entr'ouvertes, les réveils attendris des aurores, lalanguissement des crépuscules, la force de la sève qui virilise la terre. Voilà plus qu'il n'en faut pour faire germer dans le cœur de lPhomme tout un feu de passion. D'abord admirateur respectueux des merveilles terrestres, qui lui donnent une faible idée de ce que peuvent être les merveilles de l'univers qui lui est inconnu, son sentiment dégénère, cède aux faiblesses de sa chair, et s1l tient dans sa main une main plus petite, restée jusqu'alors fraiche et douce comme tout ce qui est virginal, la main qui tient et celle qui est tenue sentent bientôt toutes deux passer en elles le frisson des fièvres malsaines.…

Telle est la loi terrestre à laquelle nul ne peut échapper. Dans le lieu des épreuves la pureté, qui fait l'apanage des êtres évolués, ne peut être qu'une hyperbole. Mais d'ores et déjà l'humanité (celle qui est suffisamment avancée) com-

prend cette loi de l'amour ; elle sait faire la différence existant entre la manifesta-

, tion admirable de la tendresse qui va jusqu'au dévouement sublime, labnégation la plus complète, et les satisfactions passagères de la nature. C'est pourquoi il

lui est possible de pressentir que l'amour des espaces est avant tout un amour

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