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CHAPITRE XVI

Lorsque la vie déroule ses jours moroses aux accablantes rigueurs, lorsque l'ingratitude, la maladie, l'implacable mort, s’agitent dans une activité de forcenés pour porter aux quatre coins de la terre la laideur repoussante, la souffrance aiguë et les déchirements de cœur irréparables, l’homme mûr qui reste impuissant devant les rafales de l'épreuve se prend à soupirer en pensant au chemin qui lui reste à parcourir ; mais, en songeant que le terme approche, le vieillard sourit.

C'est à peine pourtant si ses membres tremblants ont la force de le porter vers les derniers sommets au haut desquels il pourra contempler à loisir le chemin parcouru. Derrière lui le passé se couvre de voiles, les flancs des rochers disparaissent sous des écharpes de brouillard, et le vieil homme monte toujours. Dans un effort désespéré ses jambes s’accrochent aux aspérités du roc ; nul ne lui tend la main, et le rocher surplombant au-dessus de sa tête lui cache l’'harmonieux panorama du repos qui va devenir le sien. En bas, tout en bas, c'est l’eau paisible qui coule, l’eau aux teintes de bonté. Mais elle est traîtresse, et, si l'homme faisait un mouvement pouvant le précipiter dans le vide, elle se refermerait sur lui et ne laisserait pas deviner sa proie.

Mais le vieillard continue la pénible montée.

Enfin 1l atteint le faîte du rocher ; ses jambes sont meurtries, ses mains écorchées, il est haletant, 1l n'en peut plus...

Une excavation creusée dans la pierre lui offre son abri; il s y laisse tomber, il paraît anéanti. Mais un souflle vivifiant vient soudain redresser son front penché. Une joie indicible s'empare de son être entier, une transformation miraculeuse s'opère sous ses yeux; les écorchures de ses membres ont disparu, le tremblement de ses mains a cessé, une clarté éblouissante lenvironne et lui fait comprendre qu'il n'appartient plus à la terre. Les cimes même où il vient de parvenir lui apparaissent peuplées, et, dans une extase grandissante, il voit des mains qui se tendent vers lui pour presser les siennes ; il entend des voix amies qui le félicitent, et, comme il s’attriste en pensant qu'il lui faudra peut-être redescendre la montagne, il entend une voix très lointaine qui lui dit ces mots :

« Reste dans la lumière et dans la quiétude parfaite, bon vieillard ; tu n’as pas reculé devant l’ascension douloureuse, ta décrépitude ne s’est pas épouvantée des duretés du chemin. A toi maintenant la gloire et la paix. Les gémissements ne peuvent plus t'atteindre, à chère âme ; ta place est dans les éthers radieux où doit s écouler ton éternelle vie. La mort est l'aube de cette vie. Ces rayons, dans lesquels tu baignes, c’est la clarté de Dieu; ils seront désormais ton atmosphère. Regarde cet horizon qui te paraît sans fin ; il est peuplé d'êtres de bonté. Les grands initiés t'attendent pour te donner le baiser de paix et pour t'apprendre à goûter la plénitude du bonheur, car des joies spéciales sont réservées à ceux qui ont beaucoup souffert, beaucoup peiné. Dans la divine Beauté révélée, donnée et possédée, tu verras, entendras et jouiras des beautés, des effusions qui sont l’éternelle réponse de ceux qui ont été abandonnés.

« Aie confiance. Hier tu disais : « je n'aurais Jamais cru qu'il fut possible

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de tant souffrir ». Aujourd'hui tu diras : « je n'aurais jamais supposé qu'on pût

être s1 heureux! »

« Voilà ta part, toi qui as souffert, toi qui as lutté, toi qui as connu les acca-

blements des croix, les rigueurs des longues agonies, toi qui as ressenti la

faim, éprouvé la soif.

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«Et maintenant, reste dans la lumière et dans la quiétude parfaite, vieillard ! »

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