‹ Nos invisiblesChapitre 58 sur 203 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

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Où marche-t-il cet Etre de bonté et de lumière qui s'appelle Jésus-Christ ?

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Dans quelle voie entraîna-t-1l ceux que sa voix exhortait au renoncement, à la

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bonté, à l'oubli des injures ?

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Pas un instant il ne daigna s'arrêter au seuil des palais. Les festins et les

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splendeurs mettaient en fuite sa haute sagesse. Les joies bruyantes des soi-disant

heureux de ce monde ne retenaient pas son attention. Infiniment compatissant et tendre, 1l ne se laissait rebuter n1 par la vue des plus affreuses plaies ni par le |

spectacle des plus atroces misères ; et lorsque son infinie bonté avait prodigué aux uns et aux autres quelques-unes de ces vertus guérissantes qui le rendaient presque divin à force d'être merveilleux, lorsque ses pieds errants après la dure Journée de marche se refusaient à aller plus loin, le Fils de l’homme (ainsi quil

| s'intitule lui-même), faisait observer aux siens qu’il n’avait même pas un oreiller pour reposer sa tête fatiguée.

Dans la vie des êtres les plus dépourvus de joies, les plus malheureux, il

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arrive une fois ou l’autre que le soleil luit pour eux, leur prodigue le rayonnement de ses ors, ne serait-ce que quelques secondes ; et, durant ces éphémères ins-

tants, le cœur des très las, des désespérés, se reprend à l'espoir, puise de nou-

veau quelques bribes de ce courage s1 indispensable pour poursuivre la vie et remplir les devoirs inhérents à chaque condition.

Le Christ ne connut même pas ces rayons de soleil. Ses souffrances et ses luttes ne firent que s'augmenter avec les années. Plus il avançait en àge, et plus il était à même de constater combien la noire ingratitude des hommes est prodigieuse, et plus encore sa nature affinée souffrait.

Puis ce fut l'effondrement général, l’insuccès final. Ce fut le sombre chaos de la débâcle de ses espoirs, ce fut l’aiguillon de la douleur physique parvenu au plus haut degré sur son corps délicat; et, sur le Golgotha, ce cri de souffrance retentit un jour :

«Mon Dieu, mon Dieu | pourquoi m’avez-vous abandonné ? »

Où pouvait donc le mener cette vie de ténèbres et d’obscurités, à quoi pouvait aboutir cette passion si justement nommée la folie de la croix ?

A la gloire. Oui à la gloire transcendante, sans la moindre tache, à la gloire pleine, entière, à celle qui est réservée sans exception à tous ceux qui ont marché dans les ténèbres de l'injustice, du malheur, des grandes épreuves, si profondes qu'elles vous font même douter de la bonté et de la Justice divines.

Telle qu'elle nous apparaît, la souffrance nous semble absolument incompréhensible. Il ne nous est pas possible de comprendre pourquoi, du moment où Dieu est tout-puissant, il n’a pas usé de cette toute-puissance pour attribuer à ses créatures cette perfection, cette rectitude dans leur jugement, qui eussent certainement fait leur bonheur ; et, en dépit de toutes les explications, malgré tout ce qu'il sera possible d’arguer, l’homme, même celui qui est le plus convaincu de la préexistence de l'âme et de son immortalité, l'homme, dis-je, restera toujours un peu troublé, et parfois même un peu révolté, devant cette loi inéluctable du progrès par le malheur et l'épreuve. |

Et cependant elle n'est pas dépourvue de grandeur cette souffrance. Rigide et austère, elle inspire le respect, elle donne à l’âme une dignité qui ne se rencontre jamais chez les âmes qui ont pu se dérober à ses coups, elle communique à tous ceux qu'elle touche un caractère de sublimité qui sera toujours ignoré de ceux qui n'auront eu que peu de contact avec elle,

Son utilité n’est pas discutable. Pour l’admettre sans révolte, il suffit de se souvenir qu'aucune loi d'exception n’a été promulguée vis-à-vis des ses coups.

Tel être qui parait dans un moment le plus heureux et le plus à l'abri des évé-

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