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sentir trop vivement tout ce que peut contenir de décevant ce mot : aimer — pourtant le plus sublime du vocabulaire terrestre, — c’est de s'adonner à une tâche, à un labeur acharné, quotidien, interrompu seulement par les quelques heures de repos que la nature tyrannique exige.
Pour l'humanité vicieuse le travail est un correctif ; pour celle simplement honnête, c’est un délassement; pour celle qui aspire à plus haut, qui veut voir plus loin, c'est une joie à laquelle nulle autre ne peut être comparée.
Qu’elles sont rapides et captivantes ces heures de recherche patiente où le savant, penché sur ses cornues, s'ingénie à trouver la formule qui lui donnera le principe destiné à secouer l’'engourdissement et la routine ; où l'écrivain, qui dépeint les mœurs d’un certain milieu, se courbe sur son manuscrit, tandis que sa pensée fouille ce milieu afin d'en extraire consciencieusement tout ce qui s y passe et tout ce qui s'y pense ! Et que dire encore de cet auteur qui prépare une tragédie destinée à émouvoir jusqu au tréfonds de son être le public avide de sensations, de ce compositeur dont l'âme s’exhale en harmonies, de ce peintre qui la déverse en nuances idéalisées, de ce médecin qui s'évertue à trouver le moyen de faire reculer la mort !... |
Pas plus ni moins que le reste de l'humanité, les savants, les artistes et les écrivains ne sont exempts des journaliers soucis, des fréquentes épreuves, des menaces d'avenir. Leur énergie et leur volonté n'empêcheront ni la destinée de s’accomplir, ni leurs cœurs de souffrir de ses rigueurs. Mais, s'étant adonnés à une tâche particulière, poursuivant un but avec une inlassable patience, 1ls ne connaîtront pas comme les oisifs l’atroce appréhension du lendemain. Lorsque l'accident ou la catastrophe viendront troubler brusquement leurs heures laborieuses, leur âme pourra subir un désemparement momentané, mais cela ne les empêchera pas de demander, quelques jours plus tard, au travail réconfortant, l’apaisement et l'oubli.
A côté des joies procurées par le travail, il faut immédiatement placer celles qui rentrent dans le cadre familial. On ne songe guère, en général, à soutenir qu'il y en ait de plus grandes. Le foyer, animé par des enfants qui lancent un peu partout la fusée de leurs éclats de rire sonores, constitue certainement une des rares douceurs de lexistence. L'affection et la tendresse sont autant de trouées d'azur sur ce ciel chargé de nuages qui s'appelle la vie. Seul, isolé,
l'homme perd bientôt son entrain et sa force. Il devient facilement le misan-