‹ Nos invisiblesChapitre 78 sur 203 · REUNION DES FRÈRES AIMÉS · texte numérisé non relu

REUNION DES FRÈRES AIMÉS

née elle-même. Et c’est ainsi que Jean avait trouvé la mort dans un accident de voiture, laissant seul, le désespoir dans l'âme, son frère très aimé!

Pendant longtemps, on crut que son second frère le suivrait de près dans la tombe.

Jacques paraissait incapable de vivre longtemps. Il resta morose, accablé, sans courage, puis la jeunesse et la vie reprirent leurs droits ; et ce fut à ce moment même que l'affreuse fièvre vint le frapper pour l'emmener à son tour dans les séjours où il n’y a plus de mort.

La chambre s'assombrissait de plus en plus. Les nymphes de Bouguereau elles-mêmes disparaissaient dans l'ombre, comme prises de pudeur devant l’irrévocable destin. Avec des mouvements très lents la garde alluma une lampe, et son reflet, tamisé par un abat-jour aux nuances pâles, vint jeter ses rayons adoucis sur le visage amaigri, brûlé de fièvre, sur les mains nerveuses pétrissant les draps.

Soudain une étrange scène vint à se passer au-dessus de la tête de Jacques. |

Au moment même où un soupir profond soulevait sa poitrine, son frère Jean, pleurant de joie, recevait dans ses bras la forme un peu indécise du corps astral de son bien-aimé frère. I] la serra jalousement comme un trésor que l’on craint de perdre, et s’en fut rapide à travers les espaces.

La vie terrestre de Jacques ne lui avait guère permis de songer à la mort. Il ne l'avait jamais envisagée que comme une loi fatale à laquelle on ne doit songer que le plus tard possible, Mais cette insouciance, presque toujours inhérente (il faut le dire) à la grande jeunesse, ne l'avait jamais empêché d’être profondément croyant et respectueux de l’idée spiritualiste. Et sa vie, quoique infiniment rapide, n'avait pas été stérile en bonnes actions.

Était-ce le résultat de son indifférence vis-à-vis de la mort? Toujours est-il qu'il dormit longtemps d’un lourd et accablant sommeil, avant de jouir des surprises de l’arrivée dans le monde immortel.

Durant cette période, Jean ne le quitta pas d’un instant. Après sa fuite rapide à travers l'espace, lorsqu'il eut emporté dans ses bras l’âme de son frère, il s était arrêté soudain. Il avait fixé son choix sur un hémisphère, assez près de la terre pour que Jacques ne souffrît pas d’un changement trop radical, et ne fût pas incommodé non plus par les effluves malsaines.

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Avec des précautions extrêmes, il allongea son frère dans une sorte d'agglomération de fluides, véritable éden de l’espace, et s'installa à ses côtés, ne voulant céder à qui que ce fut ce doux rôle de protecteur aupres de celui dont il n'avait même pas voulu se séparer pendant la courte incarnation terrestre.

Elle était, en effet, infiniment touchante l’histoire de ces deux âmes si fortement unies.

Ils s'étaient séparés une seule fois depuis qu'ils étaient hommes. Ils avaient vécu étrangers l’un à l’autre, n'avaient même pas habité le même pays. Mais cette vie leur avait été tellement pénible à tous deux, qu'ils s'étaient juré de ne jamais recommencer une pareille folie.

Tout le temps qu'avait duré cette existence, 1ls avaient éprouvé une telle lassitude, un tel dégoût de vivre, une antipathie si prononcée pour leurs sœurs, un chagrin si profond, que cette vie leur avait été véritablement odieuse, et qu'ils s'étaient promis, aussitôt de retour dans l’erracité, de ne jamais renouveler une pareille tentative.

Alors, avec un courage prodigieux, toujours dans l'unique but de ne pas se séparer, ils s'étaient incarnés à un an de distance chez des parents misérables qui les avaient élevés sans tendresse, puis chez d'autres un peu plus fortunés qui les avaient adorés, et qui s'étaient efforcés de leur épargner, dans la mesure du possible, toutes les épreuves, souffrances physiques et morales,

Enfin leur dernière incarnation avait eu lieu de nouveau chez les mêmes parents, où ils avaient voulu naître jumeaux, et où 1ls avaient accepté la richesse avec plus d’appréhension qu'ils n'avaient embrassé la pauvreté.

Ainsi qu’on le voit, par ce passé, les jumeaux étaient deux frères évolués.

Aussi lorsque Jacques, revenu enfin de sa longue torpeur, eut ouvert les yeux, la reconnaissance ne fut-elle pas longue.

Avec la rapidité que le cœur apporte dans tous ses mouvements, le nouveau désincarné se précipita dans les bras de Jean. Longtemps, les deux frères s étreignirent sans parole. Qu'avaient-ils besoin d'échanger des idées, puisqu'ils se comprenaient, puisque, du fond de leurs âmes, le même cri vibrant de délivrance et de tendresse s'élevait?

Dans l’azur tamisé de rose, le long des sentiers lumineux qui s'entre-croisent,

on les vit bientôt glisser lentement; mais leur démarche était ascensionnelle, et

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RÉUNION DES FRÈRES AIMÉS sprits, pris de respect, s'inclinaient, en voyant passer ces frères aimés, et

ais eux marchaient toujours, et, lorsque la terre ne fut plus pour eux qu'un

« Voici des pélerins qui s en retournent vers les hautes régions! »

M point minuscule dans l’espace, ils se retournèrent et lui envoyerent du fond du

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