DE L’'IMMENSITÉ DE DIEU
accusons en d’autres moments d'indifférence, s'intéresse prodigieusement à nous. Comment en serait-il autrement, puisque nous, ses créatures, ne sommes, en réalité qu'une partie intégrante de lui-même, ou, si on le préfère, une émanation partielle de sa personne? Nous ne sommes créés que pour lui. Qu’Il vienne à disparaître, Lui, la cause, et nous, les effets, disparaissons aussitôt. Nous sommes étroitement liés à Lui, comme Lui est lié à nous, car nous entrons dans le plan de sa formidable organisation créatrice, et Dieu cesserait d’être Dieu, s’il cessait d’être créateur. C’est pour cette raison que l’immortalité est notre lot. Que cette immortalité se manifeste de mille manières, qu’elle semble parfois sombrer dans un néant fictif, rien n’empêchera l’évolution ou le retour vers Celui qui projette sans cesse dans l’espace sa formidable vie, en orientant ensuite les êtres créés vers la sagesse qui est inhérente à ses autres qualités d’organisateur des mondes, de Justicier infaillible.
Si nous n'émanions pas ainsi de Dieu, nous serions forcément totalement ignorants de la signification du mot bonté. Pris dans toutes les tourmentes des vies successives, nous ne chercherions même pas à réagir contre le mal. Nous n’userions Jamais du libre arbitre qui nous a été donné pour nous diriger dans la vie universelle.
Au contraire, nous n'avons même pas besoin qu'on nous enseigne où est le bien pour que nous le démêlions. Dès le bas âge, l'enfant sait pertinemment lorsqu'il accomplit un acte mauvais ou un acte louable: il ne confondra jamais la méchanceté avec la bonté, et instinctivement il comprend combien la première est répréhensible.
C'est cette connaissance innée du bien et du mal qui est la preuve la plus certaine de la présence de Dieu en nous.
Cet être immense ne se contente pas de remplir les espaces. Il est au fond de tout être, sans qu'aucune puissance ou génie du mal puisse jamais l’anéantir.
Quoiqu’on puisse dire et faire, le triomphe final reste à la bonté, et s’il n’est pas possible aux humains de s'imaginer ce qu'est leur créateur, ils n'ont qu'à penser au Christ, ce Dieu de la terre, en lui prêtant en plus le pouvoir créateur
et l’infinité qui donne le vertige, mais nous fait pressentir l'éternité.
RENAN
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