‹ Nos invisiblesChapitre 88 sur 203 · À à at rs · texte numérisé non relu

À à at rs

Lorsqu’enfin ces éprouvés, ces vieillards de la vie universelle, viennent pour une raison quelconque à la terre de souffrances, quoique subissant la loi commune qui les empêche de garder en eux le souvenir précis de leurs vies d'antan, il subsiste cependant au fond d'eux-mêmes une sorte de souvenir vague de l'époque où ils n’ont pu conserver un doute sur la réalité de l’immortalité. Ils croient alors sans effort, sans que leurs parents aient eu besoin de recourir pour cela au subterfuge ordinaire des récompenses, des punitions, des catéchismes mêmes.

Ils croient, et cette croyance est si simple, si innée, qu'on trouve qu'elle a quelque chose de surnaturel, tandis qu’en réalité elle n’est due qu'aux causes les plus naturelles. Car, là encore et toujours, c'est la vieille histoire de saint Thomas l’incrédule qui demande, de saint Thomas qui ne croira qu'après avoir touché de ses mains et vu de ses yeux les plaies glorieuses du Christ. Ce mot surnaturel est, du reste, dépourvü de sens. Tout ce qui arrive dans l'univers entier est naturel, parce que tout émane de la même cause, et que cette cause infiniment sage n’a qu’une loi : l'ordre, la raison en tout. Le surnaturel, ou hors nature, viendrait forcément démolir cette raison et cet ordre. C’est pourquoi, à vrai dire, 1l n'existe pas. La foi vivace est un don, mais n’emprunte rien à l'extraordinaire ; elle ne surprend que les ignorants, qui ne peuvent savoir que la vie ne se limite pas à la terre, et que le minime bagage des choses connues d'ici-bas est un atome imperceptible à côté de la masse imposante des vérités ignorées.

Qui dit foi ne veut nullement dire religion ; car, dans ce cas, il faudrait subdiviser celle-ci en la mutilant.

On peut être un parfait observateur des lois religieuses, parce que l’on est persuadé de leur utilité, et rester cependant, en même temps, un très piètre croyant de la grandeur, de la sagesse et de la sublimité de Dieu.

La foi, prise dans le sens élevé du mot, est infiniment plus imposante. Elle s'applique uniquement à l’idée de Dieu, Cause de toutes les causes, but suprême de tous les buts, justicier de toutes les justices.

Croire en Dieu c’est sentir vibrer en soi cet émoi profond qui saisit l'âme devant un splendide paysage, c’est éprouver cette admiration indéfinissable qui fait que, sans en comprendre le pourquoi, l'on se sent tout à coup meilleur, plus fort, plus décidé à la lutte, moins disposé à la révolte et à l'intolérance.

8 S y ° D ° ’ x e : , Avoir la foi c'est croire encore en l'efficacité de la prière bien faite; cest

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