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AHIIONI Lorsque se dérobant aux enthousiasmes, aux ovations, aux clameurs, à l’admi-
NA ill ration, le Christ se dirigea vers le désert, pour se recueillir et y prier, ce fut en
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MEN pleine connaissance de cause. Cet être sublime à qui aucune douleur ne devait
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Le) être épargnée savait que, là comme ailleurs, la tristesse et la souffrance ne l'aban-
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TEE : FT , s és a AU Mais malgré cette prescience, que dis-je? cette certitude de l'avenir, la séré- | | an nité auguste n’abandonnait pas ses traits, et Jésus seul, sans témoins cette fois, AIRE | | | s LR marchait paisible vers le désert comme d’autres marchent radieux vers le bon- A TR EAN heur et la gloire.
qu | Durant quarante jours, sa prière fervente ne cessa de monter vers le ciel. Il | | qi eut tout à la fois cette force et cette volonté, presque impossible à pratiquer 1e1- | | {| il ; à, Si , à : ‘ \ À bas, de savoir jeter perpétuellement vers l'au-delà son cri de tendre suppli-
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| | | L Nettement, avec une précision poussée à l'extrême, les moindres épisodes de | LA : LE L | 4 (UE A | # L . . . , \ ati la fin de sa vie messianique défilèrent devant, ses yeux. Il connut par avance a DE | | fl |
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SÉRÉNITÉ 107 lingratitude atroce des hommes. Il sut qu’il suffirait de se proclamer son disciple pour être immédiatement en butte à la persécution la plus épouvantable; enfin il comprit que ce ne serait que vingt siècles plus tard que les hommes commenceraient à comprendre la réelle valeur et le sens véritable de ces paroles :
« Dieu veut être adoré en Esprit.et en Vérité ».
Mais, malgré tout, l’immuable sérénité n’abandonnait pas son âme, et ce fut sans appréhension qu'il vit s'approcher de lui le tentateur.
On à beaucoup discuté sur la puissance et la réalité du démon. Les théologiens même lui ont attribué une forme particulière, une couleur spéciale ; mais la vérité est tout à la fois plus simple et plus compréhensible.
Ce rôle si important de l'Esprit tentateur ne peut, en effet, être retranché de l'histoire du Christianisme. De tous temps la tentation a existé. Des quantités de voix aux insinuations malsaines ont toujours résonné aux oreilles des humains pour les inciter à faire ce qui était diamétralement opposé à l'intérêt de leurs àmes ; mais est-ce à dire pour cela qu’un seul personnage ou entité se soit tou-
jours chargé de ce rôle démoralisant qui, il faut le dire, le ravalerait au rôle d’un dieu malfaisant? Car comment expliquer ce pouvoir supra-naturel qui consisterait à s attaquer en même temps à des millions de gens, en leur présentant tout à la fois les tentations les plus diverses, les plus appropriées à leurs instincts mauvais? Une telle puissance ne pourrait être que le fait d’un dieu méchant, et nous retomberions forcément dans cette idée, préconisée du reste par certains peuples anciens, de deux volontés dirigeant le monde l’une vers le bien, l’autre vers le mal. |
Ce mot de « démon » ne peut être appliqué que comme un titre générique qui englobe tous les mauvais Esprits. Ceux-ci sont légion. Est-ce leur nombre mulüple qui leur donne tant d’audace ou simplement leur infériorité? Car il est à remarquer que l'être ignoble ne connaît pas la timidité. Il ose tout, a toutes les témérités, dont une des plus audacieuses assurément fut celle de tenter un Christ |!
Mais, dédaigneux de l'attaque, Jésus laissa parler le tentateur, et ce ne fut qu'au troisième assaut qu'il laissa tomber de ses lèvres augustes ces paroles qui foudroyèrent l’immonde personnage :
« Retire-toi, Satan, car il est écrit : tu ne tenteras pas le Seigneur ton
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Et l'Écriture ajoute ces simples paroles :
« Aussitôt après, les anges du Seigneur s’approchaient de Lui et le servalent, »
Jésus était, en effet, trop au-dessus des faiblesses humaines pour que la sainte assemblée qui l’entourait ait eu besoin de lui prêter main-forte. Esprit éminemment supérieur, venu d’une de ces mystérieuses régions qui avoisinent directement l'Éternel, il ne pouvait connaître ni la crainte de succomber, ni la déception ; mais, par contre, il savait que sa mort ne convertrait que d'une façon bien relative ce monde barbare et endurei, que le mal continuerait à triompher du bien, que l’ingratitude détrônerait la reconnaissance, que l'agitation et les bouleverse ments perpétuels empêcheraient les hommes d’accaparer à leur prolit l’immuable sérénité.
Celle-ci ne peut être, du reste, que le partage des êtres évolués et infiniment croyants. Pourquoi la vie, et comment la supporter, si l'espérance divine n est au bout? Si les grands initiés l’ont aussi pratiquée, c'est qu'ils savaient que le principe Justice est la caractéristique absolue d’une puissance qui doit tôt ou tard triompher, en effaçant par la même occasion les iniquités qui sont le lot de tous ceux qui ne font que débuter dans la vie.
Le tort de l’homme est justement de trop considérer ce début, et de ne pas franchir les limites de son horizon. Il faut de la prodigalité pour marcher dans la vie universelle ; il faut de l'ambition pour faire de rapides progrès. Au lieu donc de ramener toujours ses regards vers la terre, pourquoi ne pas les amener plutôt vers l’au-delà ? Pourquoi ne pas chercher à pénétrer le mystère de ces mondes qui scintillent comme autant de diamants sur la voûte azurée, et qui semblent dire perpétuellement :
« Nous t'attendons. La terre n’est pas plus une apogée, qu’elle ne peut être le cercueil de ton âme. Il y a plus, il y a mieux, ilest dans l'Univers des merveilles que tu ne soupçonnes pas, mais qui sont pour toi. Avance donc, marche toujours, ne te lasse pas, supporte avec calme et avec force les coups de la destinée, et demande au Christ, ce Dieu de ton triste monde, la force de repousser les tentations... »
Cette prière, croyez-le, n’est pas téméraire ; l'aide est toujours procuré à ceux qui connaissent la valeur de la prière, et qui savent s'imposer les sacrifices néces-
saires pour qu elle conserve toute son efficacité.
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SÉRÉNITÉ 109
Au milieu des occupations les plus pressantes, dans le tourbillon même du monde, l'homme possède un retrait inexpugnable qui s appelle son cœur et sa conscience, et tandis que son corps semble participer au mouvement qui l'entoure, il est surtout loisible à son âme de s’isoler presqu aussi complètement que le fit
Jésus dans le désert, pour se recueillir, examiner ses actes, prendre les résolu-
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tions saintes et généreuses, s'appliquer, en un mot, à posséder cette vaillance
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seule capable de nous procurer l’enviable sérénité.
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