LES BESOINS DE LA DÉMOCRATIE
L'Union américaine est une grande démocratie. Or, de quoi a besoin ce régime pour obvier aux dangers qu'il comporte ? Il lui faut des citoyens chez qui le sens social et religieux soit assez vivace pour combattre l'égoïsme, l'inévitable péril de tous les régimes, en particulier d'un régime qui favorise toutes les initiatives privées, jusqu'à glorifier les succès de l'individualisme outrancier. C'est un danger pour le corps non moins que pour l'âme de la patrie.
Au plein épanouissement de la vie matérielle, du pays, l'égoïsme oppose, en haut de la soc-iété, les excès de la richesse portée à rechercher le luxe, les raffinements de la bonne chère, et à exploiter les sueurs du peuple sans songer à lui donner sa part des conforts honnêtes de la vie. Dans les classes pauvres, le même mal développe l'envie et les sourdes colères qui abuseront demain de la force du nombre, pour s'attaquer au droit même de la propriété.
Aux forces vives de l'âme, l'égoïsme, en pays démocratique, peut-être plus qu'en d'autres, oppose « le culte de l'incompétence. » . Il donne libre carrière au charlatanisme qui abuse de la bonne foi des gens, se fait une popularité suspecte et répand le paradoxe facile, au grand dam des principes les plus élémentaires de la vie de l'esprit.
Dans le monde des mœurs, il érige impunément en doctrine le divorce et l'infanticide, et tout ce que Roosevelt
dénonçait naguère comme un suicide national en ce pays même. L'égoïsme satisfait sourit aux pires abus, pourvu que le succès les innocente aux yeux du public. Newman a écrit que, dans la langue de son pays, le mot decency a pris toute la place que la religion et la vertu devraient y