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LES ÉTATS-UNIS ET LES FRANÇAIS DU CANADA

Les États-Unis ont pu s'étonner de l'attitude des Français dû Canada, en 1775 et en 1812. Lié par ses ser-

^ Revue des Deux-Mondes, novembre 1918. Article de M. Emile Boutroux sur le président Wilson.

2 Tout le monde sait que V Esprit des lois, ouvrage d'ailleurs très discutable, a été le vade-mecum de ceux qui ont rédigé la constitution américaine.

' Le premier message de compliments adressé à Guillaume de Prusse proclamé empereur d'Allemagne à Versailles, en 1871, venait du président des États-Unis.

ments de 1760, inquiet des imprudentes déclarations du Congrès de 1775 contre la religion catholique, ce peuple d'origine française ne voulut pas courir de risques : il protégea son territoire contre une agression qu'il n'avait pas provoquée. Et l'on peut se demander, à tout prendre, si les États-Unis n'ont pas gagné à rester dans les limites tracées par le traité de Paris, élargies plus tard par des concessions de la diplomatie anglaise. Assez de problèmes leur ont été imposés par leur immensité géographique. Du reste, le peuple américain a dû savoir, en 1914, que le peuple canadien d'origine française a chanté le Te Deum dans toutes ses églises, pour célébrer le centième anniversaire de la paix entre le Canada et les Etats-Unis. Ce fait en dit long. Un jour viendra où l'effet sera dissipé, d'une certaine propagande intéressée à décrier ces paysans français du Canada.

Quand la guerre mondiale éclata, les Canadiens français ne refusèrent pas d'y participer dans la mesure de leurs ressources. Mais ils se réservèrent sur le principe de leur intervention. Ils tinrent à ce que le Canada y entrât comme nation et non comme partie d'un empire européen. C'était s'en tenir à la lettre et à l'esprit de leur constitution. C'était de plus signifier qu'ils refusaient d'engager l'avenir de leur pays dans tous les conflits où cet empire pourrait entrer. En attendant que s'efface l'im pression produite par une campagne de presse habilement conduite, les Etats-Unis peuvent toujours admettre qu'ils n'ont pas à se plaindre du clergé, des hommes d'Etat, des juristes, des médecins, des hommes d'affaires, des ouvriers et des cultivateurs que l'élément français du Canada leur a fournis depuis soixante ans. Ils n'ont certainement pas à rougir des milliers de soldats de cette race qui se levèrent, au premier appel de 1917, pour soutenir la cause du pays, quand le gouvernement de ce pays, leur patrie, décida que les Etats-Unis comme nation, entraient dans le conflit sans s'engager du reste dans des alliances européennes qui hypothéqueraient le sang des générations futures. En résumé, dans le cours de son histoire — sauf au moment où la France en révolution envoyait ici des agents turbulents, comme Genest et Fauchet — l'Union

américaine n'a pas connu d'heure où il y eût danger à ce que l'élément français survécût en elle, et à ce que la pensée française authentique, faite d'esprit chrétien, de générosité, de fraternité, mais aussi de logique et de sens pratique, fût maintenue vivante au sein de cette race, avec la langue qui lui permet de conserver toutes les qualités de son âme. Non seulement il n'y a pas de danger, mais il y a intérêt. Pour l'établir, il n'est pas nécessaire d'invoquer l'entente que la guerre a raffermie entre ce pays et la France, avec l'échange moral et intellectuel qui va en résulter. Il est des raisons plus larges, plus permanentes et d'un ordre moins accidentel.

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