‹ Nos maîtres: scènes d'intérieurChapitre 11 sur 19 · GASTON, CLOTILDE · texte numérisé non relu

GASTON, CLOTILDE

CLOTILDE

Que faire? Quel parti prendre? Donne-moi ton avis au moins.

GASTON

Tu me le demandes ! Nous allons les mettre tous les deux à la porte.

Pourquoi nous défaire de deux bons serviteurs, quahd nous pouvons en garder un?

GASTON

Lequel ?

CLOTILDE

Je crois que nous remplacerons plus difficilement Clémence. C'est une fille tranquille, consciencieuse, honnête.... "^

GASTON

Tu feras ce que tu voudras; mais je crois que tu remplaceras Narcisse plus difficilement encore. Certes,^l a de grands défauts ; mais il est d'une probité indiscutable ; il fait très-bien ma chambre...

CLOTILDE

Je te reconnais bien là ! Ce matin, si je ne favais retenu, tu le renvoyais. .. Et maintenant, parce que je te demande d'en faire le sacrifice, tu prends sa* défense, tu veux le

conserver... et., et voila raiïecUon que tu prétends avoir pour moi !

^GASTON

OÙ diable vas-tu nicher mon affection? Mais tu patauges, ma chère Clotilde.... Je ne tiens pas plus à Narcisse qu'à Clémence. Du moment qu'il s'agit de renvoyer Tun des deux, j'ai cru devoir te faire une simple observation.

CLOTILDE, g'animant peu h peu.

Une observation!... à propos de ma maison! Mais c'est me dire que je ne sais pas la tenir, que je ne remplis pas mes devoirs,... que j'ai besoin d'apprendre encore...

GASTON

Bon Dieu! où allons-nous!.. Je n'ai rien dit... Tu es la . maîtresse. . . Tu remplis tes devoirs, et tu connais tes droits, Renvoie donc Narcisse, et garde Clémence.

CLOTILDE

Moi, garder Clémence, maintenant!... Afin qu'à, la première occasion, pour le plus léger prétexte, tu viennes me dire : « Eh bien ! je t'avais prévenue.. . . Si tu m'avais écouté »... Ah ! non, non...

' GASTON, k part.

Quelle patience! (Haut.) Eh! bien! renvoie Clémence,. et garde Narcisse.

CLOTILDE

Moi, renvoyer Clémence, afin que ma cousine me la ' prenne.. . Ah ! le ciel me préserve de lui donner jamais ce plaiFir.

GAStON, impatienté.

Ah! ce n'est pas toujours d'une gaîté folle l'intérieur d'une maison honnête 1

CLOTILDE

Qu*est-ce que tu dis?.. Qu'est-ce que tu'dis?

Je dis.. . (Plaisamment.) Je dis que tu auras bien de la peine à garder et à renvoyer Clémence tout à la fois.

CLOTILDE

Tu vois des difficultés dans tout.

GASTON

Je te trouve splendide.

CLOTILDE

Moque-toi de moi ; il ne manquait plus que cela !

GASTON

Non ! mais il serait si facile de les renvoyer tous les deux.

CLOTILDE

Je n'y consentira jamais.

GApTON, en riant.

Il ne reste plus alors qu'un parti à prendre. Laissons nos domestiques chez nous se dévorer entre eux ; et, tant qu'il en restera, demeurons au Grand-Hôtel .

CLOTILDE

Ah !.. si tu plaisantes. ...

GASTON, avec un sérienx comiqne.

Préfères-tu que nous tirions à la courte-paille à qui de nous deux s'en ira?

CLOTILDE, éclatant.

Ah ! voilà donc où tu voulais en venir !

GASTON

A quoi, grand Dieu ?

CLOTILDE

A te séparer de moi.

GASTON

Hein !... Comment !,.. une plaisanterie...

CLOTILDE

Oui, dans la forme ! Mais au fond, c'est très-sérieux ! Tu ne m'aimes pjus, tuas horreur de ton intérieur et tu cherches des prétextes pour t'en éloigner!.,.

GASTON

Moi! je....

CLOTILDE

Oh ! Je ne suis pas ta dupe, va !.. . Ta toilette de ce matin, ce n'est pas pour moi... Le médaillon que tu as dans ta poche, ce n'est pas pour moi. . . Tu as été forcé de me l'oflFrir avec mon chiffre, parce que je Tai découvert, et tu es furieux contre moi, parce que tu es obligé d'en acheter un second. ,

GASTON

Certes, mes domestiques m'ont donné bien des ennuis. Mais je ne prévoyais pas que ces gredins seraient la cause.... Chère amie, je te jure...

CLOTILDE

Laissez-moi, monsieur ! Vous désirez une séparation;je m'y résigne. Je ne veux pas être plus longtemps à votre charge. (Fondant en larmes.) Après Cinq ans de mariage! Oh ! ma mère ! ma mère !

GA.STON, furieux.

Ma belle-mère, maintenant... (Trè^gité.) Oh! mon foyer \ Oh ! ma maison !.. Antichambres de l'enfer !.. Eh bien ! moi aussi, je veux en sortir ; je demande mon compte.

- . , ^ CLOTILDE, plearant. -

Vous voyez bien ! vous voyez bien ! ^

GA-STON) aperceront Hector.

X A\i nom du ciel, ne pleurez* pas, au moins devant

notre Chef.

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