SCENE VI Les Mêmes, NARCISSE
NARCISSE, entrant par le fond, un plat à la main.
Madame est servie.
GASTON
Ab i ce n'est pas sans peine.
CLOTILDE, qui a prisplace à la table.
J'ai reçu ce matin une lettre de ton neveu ijérald...
GASTON
Ab! c'est à toi qu'il écrit maintenant?
CLOTILDE
Tu t'es montré si sévère pour lui.
On n*est jamais assez sévère en vers un neveu qui fait des sottises.. Et qu'est-ce qu'il t'a égit, mon neveu?, (suivant des
yeox Narcisse qui sort par le fond.) Non !. Levoilà parti. ReVÇHOnS
au bijoutier... Qui a pu te dire?.
CLOTILDE
Personne... Mais enfin... est-ce que je me trompe?
GASTON
Ma foi ! autant tout t'avouer !
CLOTILDE, inquiète.
Ah ! mon Dieu !
GASTON, tirant de sa poche nn médaillon.
> Tiens... regarde!..
CLOTILDE
Le beau médaillon !
GASTON
Je te Ta! choisi pour l'anniversaire de notre mariage... Il ne reste plus que ton chiffre à mettre.
CLOTILDE
Ah! mon ami, que je suis coupable!
GASTON
De quoi donc?
CLOTILDE
Je t'en prie, pardonne-moi ma jalousie.
Comment ! Tu as pu supposer? Ce n'est pas de toi-même,
i2 THÉÂTRE DES GENS DU MONDE
à coup sûr. Il faut que quelqu'un. . Ah ! si je connaisaaiB le ou la misérable. . .
GLOTILDSy aporcerant Narcisse qui rentre arec ua plat.
Narcisse!., f
GASTON, furieux.
Comment.. . c'est lui !.. .
^ G LOT IL DE, Tirement.
Qui rentre... Vois plutôt.. Eh! bien! tonneveu'consent à toutes les conditions que tu lui imposes.
GASTON, à part.
Ah! Il y a de la suite dans la conversation!
Narcisse change les assiettes et sert le second plat. CLOTILDE.
Il quittera le régiment.
GASTON
^ù il avait le talent rare de descendre en grade !
CLOTILDE
Il acceptera la place que tu lui feras obtenir dans l'administration.
Jusqu'à présent, il n'est pas bien à plaindre.. Mais la troisième condition ?
CLOTILDE
Celle-là était la plus difficile. .
GASTON
J'y tiens essentiellement, car tu comprends bien que s'il reste garçon, il continuera ses folies, je me verrai encore forcé de lui paver ses dettes. . .
NARCISSE, le servant.
Et ce qu'il coûte déjà ^ monsieur...
GASTON, le reprenant.
Plaît-il? -
NARCISSE, changeant de ton.
Filets de truites, sauce madère, monsieur accepte-t-il ?
GASTON
Non ! . (Se ravisant.) Si . . . ^
NARCISSE, à part.
Monsieur est bien désagréable ce.matin.
Il sort.
GASTON, qni Tasaivi des yenx.
Voyons, ma obère Clotilde, sois franche, qui a pu te donner l'idée d'être jalouse?
Personne. .. personne, mon ami.
GASTON, se rapprochant d'elle.
Me soupçonner, moi qui n'aime que toi, qui ne m'occupe que de toi! Ah! tu mériterais...
CLOTILDE
Oh^I non I Oh i non ! -
GASTON
Hou ! la vilaine petite jalouse !
Il va. ponr l'embrasser. — Narcisse parait au fond. CLOTILDE, l'apercevant en se reculant.
Narcisse! (virement.) Eh! bien! il consent à se marier.
^ GASTON, interdit.
Qui? Narcisse?
CLOTILDE
NonîGéraldî
GASTON» à part^ eo apercevant Narcisse.
Encore cet animal !
^ CLOTILDE
Et il me prie de lui trouver une femme.
GASTON, rageant.
Et s'il feut de bons domestiques, tu sais...
CLOTILDE
Amélie m*a parlé des Roncherolles qui veulent marier leur iQlle, charmante jeune personne, dot convenable... famille honorable.
GASTON
Et caetera,,., etcœtera... C'est toujours la même chose. Eh bien?
ClOTILDE.
Elle a dû tâterle terrain. Nous passerons aujourd'hui chez elle pour savoir le résultat de sa démarche ; et si, comme je Tespère, Gérald n'effraie pas trop...
Narcisse, qui a regardé si on avait besoin de Ini, se retire. GASTON, aussitôt qu'ilest sorti.
Nous voici seuls enfin I Ah ! ma foi, tant pis !..
Il embrasse sa femme.
NARCISSE, rentrant précipitamment.
Monsieur a sonnet
GASTON,' exaspéré.
Allez au diable !
NARCISSE
Il sort.
Monsieur, je n'ai rien vu !
GASTON
Gredin ! chenapan ! . misérable !
CLOTILDE
Ecoute donc, mon ami, tu te permets des choses à, table..,
GASTON
Est-ce que je n*en ai pas le droit? Est-ce que je ne suis pas chez moi ? Est-ce que ma femme n'est pas ma femme? S'il s*avise jamais! (L'apercevant qui rentre.) Eiicore lui!...
CLOTILDE effrayée.
Calme-toi ! je t'en prie.
NARCISSE
Monsieur, d'est une visite.
LA. BARONNE, paraissant au fond.
Mais non I ce n*est que moi.
CLOTILDE
Amélie!
. GASTON, à part.
Allons, je déjeunerai mal jusqu'à la fin.