L AGNEAU SPIRITUEL
Compris ? pas ?...
UN AUTRE AGNEAU
Radotage !
un troisième agneau (mécontent) Pourquoi bêler ainsi pour ne rien dire ?
plusieurs agneaux (en gaité)
Bis !
l'agneau spirituel (cherchant à étourdir ses jeunes amis, et avec volubilité)
Vieux bélier s'arcboutant sur tous ces alibis,
Notre archonte archaïque et débiteur d'arcane,
Arquebusier lâchant son arquebuse, cane
Et ne peut expliquer ce que fait Jeanne d'Arc.
Archer toujours sans flèche au carquois pour ton arc,
Marquis marquant des marquisats de fausse marque,
Polémarque, Tarquin, remarquable Aristarque
Narquois dans ton sarcasme et fier comme un Barca,
Qui jamais de la barque où le sort t'embarqua
N'as débarqué, toi qui, comme un roussin, démarques,
Marcassin d'Arcadie et qu'épargnent les Parques,
Chanteur de barcarolle asthmatique, car quand
Tu dis, on voit ton cou marqué par le carcan,
Architecte ignorant l'art d'arquer une arcade Et de marquer d'arceaux une arcature, fade Violonneux frottant l'archet sans arcanson, Parquier qui ne sait pas parquer parce que son Parc, indigne parquet, est impropre au parcage, Archétype des sots, monarque en bavardage, Au lieu de remarquer les tons marquants de l'arc- En ciel, que ne remarquais-tu que Jeanne d'Arc, Archéologue ignare, arcot marqué de fange, Patriarcalement cause avec un archange !
dix agneaux (à la fois, trépignant de plaisir) Bravo !
un agneau (gambadant)
Bê !
Bê !
Bis !
Bis !
un autre agneau (fou de gaité)
tous les agneaux (en chœur) Bravo !
une agnelle (précieuse) Sublime !
UNE AUTRE AGNELLE
Il parle d'or !
PLUSIEURS AGNEAUX (Ô la fois) VINGT AGNEAUX
un agneau (à son voisin) Ça mord.
un agneau (à l'Agneau spirituel) Tu mords ?
l'agneau spirituel (sérieusement) Je mords.
une brebis (que le chien de berger attrape au bord du champ)
Aïe ! Aïe ! il mord !
un vieux mouton (mécontent) Pas moyen de causer...
un agneau (au chien, avec indignation) Bélître !
l'agneau spirituel
Ce maroufle Vous escamote tous les moments où l'on souffle !
Cependant le troupeau en gaîté a envahi le champ
le chien de berger (furieux) Rangez-vous ! Hors du champ !
A un agneau qui s'est avancé davantage Attrape-toi !
A un autre, rageur,
Tiens, vlan !
un agneau (mordu) Aïe !
un autre AGNEAU (qui tente de fuir) Aïe !
tous (en se sauvant, pris de panique) A l'assassin !
Le troupeau cependant a quitté le champ et se remet à brouter.
l'agnelle-poète [demeurée seule au bord du champ)
Ils m'ont laissé en plan, Et puis-je maintenant m'essayer à la lyre ?
Elle aperçoit Jeanne qui s" avance au loin dans le sentier et qui revient vers son troupeau. D'un air inspiré,
Lorsque je songe à toi, bergère, je délire :
Car si tu viens avec ta suite d'angelots,
C'est la joie en mon cœur qui sonne ses grelots,
Et c'est le deuil, lorsque je crains que tu t'en ailles,
Qui me fait dans le cœur résonner ses sonnailles.
Ne t'en va pas tenter le sort du Roi-Berger
Délaissant ses agneaux et qui vit se changer
Sa houlette légère en un sceptre pesant !
Oh ! reste parmi nous, dans ton clos paysan,
Sans laisser l'avenir te tenter du grand rêve
Qui fit David guerrier, et sainte, Geneviève,
Qui leur donna renom et fortune à tous deux,
Mais qui ne sut jamais, jamais les rendre heureux !
Il te réserverait l'injure, l'anathème,
La mort, si tu quittais le cher troupeau qui t'aime !
O toi dont la houlette est si bonne aux moutons,
A l'agnelle candide, à l'agneau que tu tonds,
Quand tu les mènes aux succulents pâturages,
Toi qui protèges l'innocence et qui ménages
Une herbette plus tendre, un plus frais serpolet,
Un thym plus odorant au plus frêle agnelet,
O céleste pastoure, oh ! demeure avec celle
Dont la force devant les misères chancelle, Oh ! demeure avec elle, et protège des loups Le troupeau dont le pâtre étranger est jaloux, L'humhle troupeau qui ne demande que de suivre Ton geste qui soutient, qui garde, qui délivre t" Et qui conduit, le soir, les brebis que tu pais Jusqu'à la borgerie où l'on rumine en paix !