EN VAGON
26 juin 1894.
ElN VA G ON
[D' Yfpniac à Saint-Brieuc)
FLOURY, canonnier breveté. — KERSAC, canonnier breveté, puis YVON, gabier breveté, beau-frère de Kersac.
FLOUP.Y.
Vlà qu' tu t' réveiirs, mon vieux Kersac.
KERSAC
Où qu' c'est qu'on est à c't' heur', vieux frère?
FLOURY
On vient d' passer d'vant Yfîiniac...
KERSAC
J' crèv' de soif! J' lamp'rais. bien un verre.
FLOURY
Oui, t' as c' matin la gueuF de bois. Hier tu t'es soùlé comme un' grive.
KERSAC
Quèqu' tu veux, mon vieux, moi, si j' bois, C'est pour me venger de c' qu'on m' prive.
FLOURY
J' crois qu' tu t' veng's ! car depuis Toulon Tu n'as pas désoûlé en route.
A Paris, près d' la gar' de Lyon, T'as soiffé pus d'un quart de goutte.
Et, hier soir, quand on a pris l' train D' huit heur', à la gar' Montparnasse, En bouffant ton lard et ton pain, T'as bu la moitié d' la vinasse.
Là-d'ssus t'as ronflé tout' la nuit.
Et quand j' somm' arrivés à Rennes,
KN VAGON 171
Dans la gar', comme yavait du bruit, Tu t'es foutu à m' fair' des scènes, M'accusant d* causer tout c' potin, Exprès, pour ne pas qu' tu sommeilles.
Puis tu t'es mis à licher 1' vin Qui restait dans les culs d' bouteilles...
KERSAC
Bon Dieu, V soleil me crèv' les yeux.
FLOURY
Viens d' mon bord voir le paysage...
Crois-tu qu' yen a des pomm's, mon vieux ?
KERSAC
Oui, j' voudrais bien être au village.
Pour lamper un coup au tonneau, Car je m' souviens qu' Tanné' dernière On a fabriqué V cid' sans eau, Tant yavait des pomm's pour le faire.
FLOURY
V'ià qu'on approch', c'est pas trop tôt !... On voit qu' c'est aujourd'hui dimanche, Tiens, r'garde un peu, mon vieux soûlaud, Not' payse, avec sa coëff' blanche,
Et r pèr' Floch qui travers' son champ, Gréé d' sa belF blous' neuv', tout' bleue. J' s'rons à la gar dans un instant, Car on n'en est pus qu'à un' lieue.
KERSÂG.
Enfin, j' m'en vas pouvoir bientôt
A mon ais' cuver ma biture,
Mais, d'ici c' temps-là, j' voudrais d' l'eau
Pour me débarbouiller la hure.
FLOURY
C'est pas la pein' ; ta femm' sait bien Qu' not' gueule est sal', quand on voyage, Puisqu'elle a son frèr' qu'est marin.
Tu t' briqu'ras F muff dans ton ménage... L' train s'arrét'.
(Voix du conducteur.)
Saint-Brieuc !
FLOURY
Voilà !
Démarrons d'ici et dar' dare...
KERSAC
Allons, zut, ma femnV n'est pas là !
È' d'v-ait pourtant v'nir à la gare.
ffj ___tu f
Oui, l'as c'matin la gucul' de bois.
Hier lu t'es soùlé comme un' grive.
Ah! v'ià son frère ! Bonjour, Yvon, Oùsqu'est Marie ?
YVON
Au lit, vieux frère.
KERSAC
Comment, au lit !
YVON
Oui, ya du bon !
D* puis deux heur' à matin t' es père.
KERSAC
Pèr' de quoi? D'un' fille ou d'un gas ?
YVON
D'un p'tit gas qu'est gras conune un' loche.
KERSAC
Alors, ça va bien, s'il est gras ;
Ma bourgeois' peut crier bonn' broche !
Mais eir va trop vit', nom de nom,
J'aurais voulu et' quartier-maître
Avant d' voir débarquer c' poupon
Qu' j'ai tout d' mêm' bonne envi' d' connaître.
EN VAGUN 17;
(A Floury.)
Yajust' neuf mois qirou est marié.
Crois-tu qu' ma femme est un' bonn' poule ?
FLOURY
N' t'en plains pas, tu l'as mérité.
Faut jamais s' plaind' quand on roucoule. Allons, arriv', mon vieux Kersac, Avec moi dans V truc des bagages, Pour en déhaler not' grand sac, Et rallions viv'ment nos villages.
REr.SAC.
Partons, mais viens c't' après-midi, Faire un tour chez nous, au baptême, Pour boire à la santé du p'tit, Et bouffer des frais's à la crème.
FLOURY
J'irai, mais 1' deux du mois prochain.
Si ta femme a fait ses relVailles, V'nez à ma noce, y aura d' bon vin Pour trinquer aux futur's marmailles !
Au Coininaiidaiit Thesmar.
PERMUTANTS
7 juillet 1893.
PERMUTANTS
[Gargote de la veuve Cotasse, à Brest.)
LA VEUVE COTASSE. — LAURENT, puis LARCHEP seconds-maîtres de timonerie.
LAURENT
Salut! bonjour, la mèr' Cotasse! Comment qu' ça va 1' commerc' ce soir?
LA VEUVE COTASSE.
Ça va bien, merci, mais j' suis lasse, Par c' temps d'orag' de n' pas m'asseoir.
LAURENT
V'ià c' que c'est qu' d'êt' grass' comme un' loche ' Faut suer dur par c' temps d' mois d'août...
Chouett'! j'ai cor cent sous dans ma poche. T'nez, servez-moi donc un vermout.
LA VEUVE COTASSE.
Où donc est-il, vot' camarade?
LAURENT
Il est embarqué d'puis c' matin
A bord du Bayard qu'est en rade.
Ça r canuF d'aller au Tonkin.
Le fait est, qu' pour lui, c'est pas drôle :
r largu' sa femme à Saint-Servan,
Avec deux mioch's qu'ont la rougeole,
Et un aut' qu'est en rouf sùr'ment.
LARCHER, entrant.
Bonjour tout l' mond' !
LAURENT
Te vlà, vieux frère ! J* parlions d' toi, y a pas un instant.
LARCHER
Oui, c'est ma division qu'est d' terre.
LAURENT, à la veuve Cotasse
La mèr', voyez donc qu'est-c' qu'F prend?
Avez-vous CDi-o un Ht, madame?
Oui donc, mon Dieu, i' n'<;a manqu' pas.
LA VEUVE COTASSE, à Larcher.
Monsieur, qu'esl-c' qu'i' faut que j' vous verse?