‹ Nos matelotsChapitre 20 sur 34 · RÉCIT DE MER · texte numérisé non relu

RÉCIT DE MER

En v'ià core un rud' métier d' chien,

Qu' çui d' chauffeur ou d' mécanicien !

On y expose autant sa peau,

Que r gabier qui bourlingue en haut.

Térfioins ces maudits accidents

Qu' arrivant, comm' çui-ci, d' temps en temps.

L' Sarrazin faisait à Roch'fort, D'puis un mois ses esbéiis dans V port.

V sam'di treiz' janvier, d' bon malin, Il 'tait sorti les faire au loin,

Et s' trouvait tout près d' Chassiron , — Un' des point's de l'îl' d'Oléron, —

Lorsqu'un des cinq qui suaient en bas.

Prévint en haut qu'ça n' marchait pas.

Deux ingénieurs d' la Commission, Sans l'pus p'tit trac, quittèr'nt le pont,

Mais à pein' fur'nt-ils devant 1' feu.

Qu'un' terrible explosion eut lieu,

Remplissant la chautf ri' d' vapeur, Et d'atroc's hurlements d' douleur.

L'un après l'autre, on vit bientôt Les sept homm's sortir du panneau,

Leurs pauv's têt's bouilli's et leurs mains Gross's comm' des gants de spadassins.

Un' canonnièr' prit les blessés

Qui j'taient des cris pour et' pansés,

Quand i' fut l'soir à l'hôpital,

Voir les pauv's chiens qu'étaient bien mal.

Et r'gagna Tpcrt, dès qu* les médecins D'Tîrd'Aix, leur eur'nt donné des soins.

Plein d' sang-froid en fac' de c' malheur, L' commandant du p'tit torpilleur,

N'ayant pus qu'un' chaudièr' sur deux, En fit quand mêm' pousser les feux,

Et rallia, par ce seul moyen, L' post' qu'il avait quitté Y matin.

Quand i' fut 1' soir à l'hôpital,

Voir les pauv's chiens qu'étaient bien mal.

Un d'entre eux qui s' sentait perdu, Disait : « Yen a un qu'j'ai mordu

« Pour grimper avant lui su' T pont ;

« J' voudrais bien lui d'mander pardon. »

Six sur les sept ont tourné d' l'œil ! En v'ià cor des famill' en deuil î !

Bah! c't' accident n'empéch'ra pas, Ceux que V métier appelle en bas,

D' fair' leur dur servie' comme avant, Ainsi qu' ceux qui bourlingu'nt dans l' vent.

Un malheur vient, on gémit d'ssus, Quèqu's jours après on n'y pens' pus.

A Jean Aicard.

EN RADE DE TOULON

15 jiiii 1893.

EN RADE DE TOULON

(Sur un cuirassé de croisière qui vient de faire campagne.)

Un QUARTIER-MAITRE de manœuvre.

Une VIEILLE MARCHANDE de bord.

LE QUARTIER-MAITRE, au caporal d'armes de coupée.

Enfin, nous vlà core à Toulon !...

J' veux bien que Y feu de Dieu m'élingue, Si j'attends c* soir le coup d' canon. Pour me payer un' parti' d' bringue !

Faut qu' j'aill' voir si, ru' d' l'Arme-Dieu, Ya cor plan d' faire un' connaissance, Car moi c' que j' préfère au gros bleu, C'est un' petit' brun' de Provence.

V'ià nos marchand's qu' accost'nt à bord.

Tiens, mais j' la connais la pauv' vieille

Qui grimpe à la coupé' d' bâbord,

En s' cramponnant à la tir'veille !

C'est la tant' d'un d' mes vieux mat'lots,

Avec qui j'ai bourlingué mousse.

Et qu' est mort laissant trois marmots

A cett' pauv' bonn' femm' qui s' trimousse.

Faut qu' j' lui parF. Salut mèr' Monnier !

LA VIEILLE, très gaie.

Bonjour, petit !... Je suis heureuse !

LE QUARTIER-MAITRE

Larguez-moi porter vot' panier...

Quèqu' c'est qui vous rend si joyeuse ?

LA VIEILLE

Té, de vous voir, petit, c'est rien !

Croyez-vous donc que l'on oublie

mëMf^^

I ÎJiV

Larguez-moi porter vot' panier...

Quèqu' c'est qui vous rend si joyeuse?

Si vite, un camarade au mien?

Ah ! mon povre /je suis vieillie !

LE QUARTIER-MAITRE

Bougre non, d'puis vingt ans bientôt Qu' j' vous connais, v's êt's toujours la même Un' bonn' bougress' pour Jean 1' mat'lot ; Aussi, bon Dieu ! 1' mat'lot vous aime !... Et vos moutards, comment vont i's, D'puis huit ans ?

LA VIEILLE

Toute la famille Va bien, merci ! Les deux petits Sont aux mousses. Voici la fille.

LE QUARTIER-MAITRE

Comment, déjà si femm' que ça ?

C'est jamais la p'tite à Agasse !

Elle a vingt ans la d'moiselP là !

LA VIEILLE

Dix-sept ans. ça suffit, bagasse!

EN RADK DK TOUI ON If-"'

LE QUAIiTICK-MAITRE.

Eh ben vrai, s' i' r' venait 1' pauv' chien Et retrouvait sa fiU' si tentante, h' commandant n' s'rait pas son parrain. Elle est rud'ment appétissante !

LA VIEILLE

La petite a eu des malheurs !

LE QUARTIER-MAITRE

Quels malheurs donc ? Un' si helF fille !

LA VIEILLE

Nous en avons versé des pleurs.

Sur elle qu' était si gentille !

Elle avait dix an^ et dix mois Lorsqu'elle s'est cassé la jambe.

Elle a celle de gauche en bois, Et ça l'empêche d'être ingambe.

Ah ! monsieur, c'est un rude coup !

Pour elle, adieu le mariage...

Elle a du cœur pourtant, bocoup, Et sait vous tenir un ménage Comme pas une de Toulon.

Mais, j'aurai la povre petite Toute la vie à la maison, Pour sa jambe de Lois maudite.

LE QUARTIER-MArfRE.

Quéqu' ça fout, ça, un' quill' de bois ! T'nez, j'avou' qu' j'ai vingt ans d' pus qu'elle, Et qu'à terr' j' prends des cuit's quèqu' fois. Ben, j' vous la d'mand', vot' demoiselle. Ça vous va-t'i, Misé Monnier ?

LA VIEILLE, à sa petite nièce.

Réponds, ça te va-t'il, Pauline, Avec monsieur te marier ?...

(Au quartier-mai tre.)

Elle VOUS dit oui, la gamine !

LE QUARTIER-MAITRE

Alors, j' commenc' ma cour ce soir. Sitôt ma Division à terre,

EN RADE DE TOULON

Et dans un' quinzain', j'ai l'espoir Qu'on ira faire un tour chez 1' maire. D'ici là, s'i' vous faut quèqu's sous Pour lui avoir un' rob' meilleure, Ya pus à s' gêner entre nous, D'mandez-m'en, la mère... A t't à l'heure !

A mon ni/ii Marcel Batyé, Lieutenant de vaisseau.

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